Lubumbashi : Jacky Mbuyi, symboles d’autonomisation
Aujourd’hui, l’autonomisation des femmes est au cœur de nombreuses sensibilisations. Si certaines estiment qu’elle passe par un emploi en entreprise, d’autres misent sur de petites activités génératrices de revenus. Bien avant cette prise de conscience, certaines femmes avaient déjà franchi le pas. C’est le cas de Jacky Mbuyi, vendeuse de légumes depuis plus de 40 ans au marché maramba situé au quartier Bel-Air dans la commune Kampemba.
Assise sur une chaise en plastique bleue, madame Jacky Mbuyi ajuste ses légumes. Devant elle, une petite table. Dessus, des tomates, des oignons, du céleri, du piment, mais aussi de l’huile de palme et de l’huile végétale. Une routine bien rodée. Cela fait plus de quatre décennies qu’elle vit de ce commerce.
« J’ai commencé cette activité depuis 1983. Je vends des légumes, des tomates, des oignons, de l’huile végétale, de l’huile de palme… tous les légumes », raconte-t-elle, d’une voix posée.
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Une autonomie construite dans la durée
En effet, pour Mme Mbuyi, l’autonomisation n’est pas un concept abstrait. C’est une réalité quotidienne. Mariée à un agent de l’État confronté à des mois impayés, elle a choisi d’agir.
« Comme nous sommes de la SNCC, vous connaissez qu’il y a plusieurs mois d’impayement. C’est grâce à ce travail que mon mari est épaulé. Même s’il n’est pas payé, moi je vends et il est satisfait », explique-t-elle.
Au fil du temps, son activité a évolué. Mais les réalités économiques ont changé. Avant, un capital de 100 dollars suffisait. Aujourd’hui, il faut au moins quatre fois plus.
« Maintenant, pour vendre de l’huile de palme, de l’huile végétale, des tomates, il faut au moins 400 dollars », précise-t-elle.
Malgré cela, les efforts paient. Chaque jour, lorsqu’elle dispose de toute la marchandise, elle peut réaliser des ventes importantes.
« Par jour, si tu as toute la marchandise, tu peux vendre jusqu’à 80 000 francs », dit-elle.
Grâce à ces revenus, elle a pu subvenir aux besoins de sa famille de huit enfants.
« On vend et on garde un peu d’argent pour payer la scolarité des enfants. Il y en a qui ont déjà terminé l’université, d’autres y sont encore », confie-t-elle.
Mieux encore, le couple a investi dans l’immobilier.
« Nous avons déjà acheté une parcelle grâce aux économies. C’est un grand souvenir », ajoute-t-elle, avec fierté.
Entre difficultés et détermination
Cependant, tout n’est pas simple. Au marché Maramba, la concurrence s’intensifie. Les vendeuses sont de plus en plus nombreuses. Les produits, parfois rares.
« Avant, je vendais bien parce qu’il n’y avait pas beaucoup de gens. Aujourd’hui, tu peux arriver au marché et ne rien trouver. Il faut aller chercher », déplore Jacky Mbuyi.
En parallèle, les journées sont longues. Jacky commence avant l’aube. Elle termine en fin de journée. Et une autre tâche l’attend à la maison. « Je me réveille à 4h ou 5h. Je fais le ménage, je prépare. On commence à 7h au marché. Et à 17h, j’arrête pour aller préparer à manger à mon mari », explique-t-elle.
Malgré la fatigue, elle garde une conviction forte, celle du travail. « La femme ne doit pas rester attendre son mari les jambes allongées. Dans la conjoncture actuelle, le salaire ne suffit pas. Il faut se battre », insiste-t-elle.
De son côté, Candide Mwenze, expert à la division du Genre, Famille et Enfant, souligne l’importance de cette dynamique.
« Cette autonomisation doit commencer par l’esprit. La femme doit se libérer des limites que la société lui impose », affirme-t-il.
Selon lui, le travail des femmes, souvent invisible, mérite d’être reconnu.
« Quand une femme s’occupe du ménage, c’est un travail. Pourtant, on ne le calcule pas dans l’économie », regrette-t-il.

