Les femmes albinos appelées à changer la perception de leur état

Les femmes albinos appelées à changer la perception de leur état

La coordination provinciale du programme d’appui aux albinos au Congo, en partenariat avec le Bureau de développement communautaire anglican (BDC Anglican), a organisé ce 31 mars une conférence de sensibilisation. Celle-ci était centrée sur le thème : « Tous pour la promotion et le respect de la dignité de la femme albinos pour une meilleure inclusion. » L’activité s’inscrit dans le cadre du mois dédié aux droits des femmes. Elle a réuni les femmes albinos, les autorités locales, les activistes des droits de l’homme et les journalistes. 

Selon Agnès Asumani, coordonnatrice provinciale du programme d’appui aux albinos, cette activité répond à une urgence sociale. « Nous avons voulu organiser cette conférence pour sensibiliser les femmes albinos à ne plus s’autodisciminer. Elle doit se considérer comme toutes les femmes. La couleur de leur peau ne doit pas être une barrière pour elles », a-t-elle expliqué. Par ailleurs, elle a souligné l’importance de multiplier ces actions. Ceci en vue d’atteindre un large public et de provoquer un changement durable des mentalités. À ce sujet, Agnès a lancé un message fort : « L’albinisme n’est pas une vulnérabilité qui empêche d’atteindre ses objectifs. »

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Droit, justice et action

Ainsi, plusieurs intervenants étaient invités. Parmi eux figure maître Gaston Nyembwe de BCNUDH. Celui-ci a développé le thème « Droit, justice et action ». Il a parlé des droits de la première et de la troisième génération. Gaston Nyembwe a indiqué que la femme albinos a aussi les droits socio-économiques. À savoir, l’accès aux soins de santé, à la gynécologie, et à la dermatologie. Ces soins de santé coûtent cher, explique-t-il. Ils nécessitent un accompagnement du gouvernement.

Parlant de la justice, le juriste a souligné les obstacles qui empêchent les femmes en général de jouir de leurs droits. D’après l’orateur, il faut mettre sur pied une justice équitable. Et comme action à mener, Maître Gaston a encouragé les femmes albinos à faire du plaidoyer et à organiser des activités de sensibilisation sur les droits des femmes.    Car, selon lui, « un droit n’est réel que lorsqu’il est revendiqué ».

Déconstruire les stéréotypes sur la femme

Pour sa part, Rémy Pamphile, pasteur au sein de l’aumônerie protestante, est intervenu pour élargir la réflexion autour de la place de la femme dans la société. Selon cet orateur, il y a deux sortes de femmes. À savoir, la femme créée et la femme formée. Ce type de femme, c’est celle qui se reconnait à travers le sexe, et la norme établie par ma société. « Ce sont des femmes qu’on identifie à travers l’apparence physique. L’accoutrement, les cheveux, la maternité… Et pourtant, aujourd’hui il y a des hommes transformés en femmes. »

Par contre le premier type de femme, c’est un état d’esprit. Il s’agit des femmes qui ont une mission à accomplir et non de celles qui se définissent par l’image que la société donne à la femme. Ces genres de femmes, lorsqu’elles veulent émerger, les hommes leur rappellent que leur place c’est à la cuisine et c’est là que commencent les stéréotypes, explique Remy.

Il a insisté sur la nécessité de déconstruire les stéréotypes qui limitent les femmes dans leur épanouissement. « L’objectif est d’amener chaque femme à se définir au-delà de l’image que la société lui impose », a-t-il déclaré.

Son intervention s’est par ailleurs appuyée sur une lecture sociale et même spirituelle du rôle de la femme. Il a expliqué que la femme ne doit pas être réduite à la maternité ou à son rôle d’épouse. Bien au contraire, elle est appelée à jouer un rôle actif dans tous les secteurs de la société. « La femme est appelée à se réaliser et à s’accomplir au-delà des étiquettes », a-t-il ajouté.

Un appel à la prise de conscience

Dans cette perspective, Rémy Pamphile a encouragé les femmes à investir les espaces de décision. Il a évoqué l’importance de l’entrepreneuriat et du leadership féminin. Pour lui, la femme a la capacité de penser, de créer et de diriger. Elle peut ainsi contribuer pleinement au développement économique et social. Cette vision rejoint les objectifs de la conférence, notamment en matière d’inclusion des femmes atteintes d’albinisme.

Ainsi, il a été demandé aux femmes albinos de ne plus se considérer comme des vulnérables.  Mais, à exploiter les potentialités cachées en elle pour devenir utile à la société.