Alternative DRC Mining Week : les communautés minières pour plus de retombées et le respect des droits humains

Alternative DRC Mining Week : les communautés minières pour plus de retombées et le respect des droits humains

Pendant que les investisseurs, les entreprises minières et les autorités se retrouvent à la DRC Mining Week, d’autres voix ont tenté de se faire entendre. Celles des communautés qui vivent au quotidien avec les conséquences de l’exploitation minière.

Réunis à l’initiative d’International Alert, du Centre Carter et de Justicia ASBL à Lubumbashi, des représentants communautaires, des acteurs de la société civile et des autorités ont échangé ce jeudi 18 juin lors d’une matinée baptisée “Alternative Mining Week”. Une occasion pour les communautés d’exprimer leurs préoccupations, mais aussi leurs attentes.
Nous voulons que ce soient les communautés qui parlent”, a résumé Timothée Mbuya, directeur exécutif de Justicia ASBL.
Selon lui, cette rencontre offre un espace rarement accessible aux habitants des zones minières. Un espace où ils peuvent raconter leur réalité, loin des chiffres de production et des annonces d’investissements.

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Des millions de dollars annoncés, mais peu de résultats visibles

La première partie des échanges a porté sur les mécanismes censés améliorer les conditions de vie des populations. Il s’agit notamment de la dotation minière pour le développement communautaire, de la redevance minière et des cahiers des charges.
Le chef de division des Mines du Haut-Katanga a indiqué que 43 cahiers des charges ont déjà été signés dans la province. Au Lualaba, leur nombre atteint 30 pour une valeur estimée à 176 millions de dollars.
Pourtant, sur le terrain, le changement tarde à se matérialiser.

Les participants ont pointé plusieurs blocages. Alida Munkwa du centre Carter a évoqué dans son intervention l’absence de règles claires pour calculer les cahiers des charges.  Elle a également pointé du doigt les rapports de force souvent défavorables aux communautés. Elle a aussi épinglé  certaines interférences dans le processus de négociation.

Ngoie Moise, président de Dotation de Chemaf,  a quant à lui dénoncé la lenteur dans la prise des décisions. Il a aussi relevé les difficultés entourant la gestion des fonds issus de la dotation minière.
Pour Maître Fabien Mayani du Centre Carter, le constat reste préoccupant.
“Le bilan est mitigé parce que les dispositions prévues pour le développement des communautés ne sont pas totalement mises en œuvre “, a-t-il expliqué.

Pollution, conflits et violations des droits

Les discussions ont ensuite pris une tournure plus sensible. Le deuxième panel s’est penché sur les Principes volontaires des droits de l’homme.  Ainsi, Timothée Mbuya a évoqué les problèmes qui persistent dans les zones minières. C’est notamment la pollution des cours d’eau, le manque d’accès aux services sociaux de base, les conflits entre exploitants artisanaux et entreprises industrielles.

La question sécuritaire a également occupé une place importante. Timothée Mbuya a rappelé que les sites miniers sont souvent surveillés par la police ou l’armée. Une situation qui suscite régulièrement des tensions.

Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a insisté sur la nécessité d’agir avant que les violations ne surviennent.
« Il faut prévenir les violations avant qu’elles ne se produisent », a rappelé son représentant.

Le message est clair. Les communautés ne doivent plus être considérées comme de simples spectateurs du développement minier. “Il faut changer. “Ce n’est pas une fatalité”, a-t-il ajouté.
Pour sa part, le commissaire supérieur Mbayo, chargé du service juridique de la Police nationale congolaise, a défendu le rôle des forces de l’ordre. Selon lui, leur présence vise avant tout à protéger les ressources naturelles. Il vise aussi  à maintenir la sécurité autour des sites d’exploitation.
Mais pour plusieurs organisations présentes, les préoccupations demeurent.
« Nous avons constaté des violations des droits humains ainsi que la présence de personnes non éligibles dans les sites miniers, notamment l’armée », a souligné Timothée Mbuya.

Intégrer les communautés dans la prise des décisions

Au-delà des débats techniques, le message envoyé par les communautés était simple.
Elles veulent être associées aux décisions qui concernent leurs terres et leurs ressources. Elles veulent voir les bénéfices de l’exploitation minière se traduire par des écoles, des centres de santé, des routes et des emplois.
Pour Timothée Mbuya, c’est d’ailleurs l’un des principaux enseignements de cette matinée. “Les communautés veulent faire entendre leur point de vue et être davantage intégrées dans toutes les discussions sur la gouvernance minière”, a-t-il affirmé.