RDC : qu’en est-il de l’enseignant et de son enseignement ?

 RDC : qu’en est-il de l’enseignant et de son enseignement ?

Un sage chinois, a dit il y a de cela plusieurs siècles, à son empereur : » Si vous voulez détruire un pays, inutile de faire une sanglante guerre qui pourrait durer des décennies et coûter cher en vies humaines. Il suffit de détruire son système éducatif et de généraliser la corruption. Ensuite, il faut attendre 20 ans et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigé par des voleurs. Il vous sera facile de les vaincre.

Ceci est d’autant plus vrai pour un pays comme la RDC ou l’enseignant et surtout l’enseignement ont perdu leur place dans la société.  Ainsi l’enseignant  a depuis plusieurs décennies été privés  de ses droits. Salaire dérisoire, traitement  de  misère. Ainsi ils ont réussi à déposséder  l’enseignant de toute sa dignité, ils l’ont poussé à ne plus donner un bon rendement de lui-même. Rien de moins que la cinquième roue du carrosse.

L’écrivain YASMINA KHADRA sur l’enseignant sud-coréen : » Vous savez quel est le fonctionnaire le mieux payé en Corée du Sud ? C’est l’enseignant. Et c’est comme ça que la Corée, en espace d’une génération, elle est sortie de l’abîme et elle est devenue une lumière. Parce que tout commence à l’école. Il faut rendre l’autorité à l’enseignant. L’État a dépossédé l’enseignant de son autorité sur les élèves. De mon temps, de ma génération regarder le professeur dans les yeux, c’était une profanation. Aujourd’hui, le professeur il ne peut rien faire à l’élève et c’est l’élève qui le bât. C’est lui qui va se plaindre parce qu’il a été agressé par ses élèves.

 De mon temps, l’école, que des bons souvenirs

Je me souviens de l’ambiance qui régnait pendant cette période de la rentrée scolaire… Des retrouvailles avec les anciens condisciples, des histoires qui se sont passées pendant les vacances, des opportunités de se faire des nouveaux amis, de découvrir des nouveaux visages des enseignants et surtout les nouvelles salles des classes ou écoles.

La rentrée scolaire rimait toujours avec l’enseignant, car tout le monde souhaitait avoir un enseignant moins sévère… À notre époque, nous avions un respect total envers nos enseignants. Car ils étaient dignes, et c’est même la raison pour laquelle nous assimilions très bien nos matières.

 

Qu’en est-il devenu ?

L’histoire  de l’enseignement de notre cher pays nous permet de comprendre le pourquoi du déclin du système éducatif de notre nation. Le système éducatif que nous avons aujourd’hui, est l’héritage de l’État Indépendant du Congo donc l’œuvre du roi des Belges Léopold II, qui veut dire un bien public.

Dans  l’E.I.C, ce sont surtout les missionnaires catholiques, qui ont bénéficié de l’autorisation spéciale élargissant la tutelle des pupilles de l’État aux associations religieuses.

C’est la convention de 1906 entre Vatican et l’E.I.C qui mettra en place la base du développement scolaire catholique en liant l’octroi de terres (à titre gratuit et propriété perpétuelle), un revenu aux missionnaires et la fondation d’écoles par les missions catholiques. Les quelques écoles publiques fondées sous l’E.I.C et dirigées par les personnels laïcs, seront toutes transférées dès 1908, à congrégations enseignantes belges. S’installe ainsi la formule de l' »enseignement officiel » au Congo-Belge, les religieux-enseignants y sont considérés comme des instituteurs par l’État qui assume toutes les charges scolaires. Alphabétisation, évangélisation et civilisation ne font qu’un.

Des évolutions

Dans les années 1920, le régime de subventions est entièrement formalisé. Les écoles libres catholiques et subventionnées étaient pleinement considérées comme relevant du domaine public par le gouvernement colonial alors que l’administration publique n’y exerçait qu’un contrôle lointain.

Dans les années 1940, leur autonomie est en effet très grande : elles gèrent et inspectent leurs propres écoles, aucun diplôme et qualification spécifiques ne sont exigés aux missionnaires pour l’enseignement, aux prêtres pour l’inspection.

La guerre entre les catholiques et, les libéraux et socialistes métropolitains va pousser l’enseignement catholique à négocier efficacement la relativisation de son hégémonie absolue.

Il apprend à surmonter ses divisions en créant en outre, « le bureau de l’enseignement catholique qui deviendra l’interlocuteur du gouvernement et quasi-ministère de l’Éducation nationale jusqu’aujourd’hui.

La constitution de 1964 consacrera la liberté d’enseignement et pluralisme scolaire dans le secteur subventionné comme dans le secteur non subventionné. Au-delà de l’uniformisation du programme et d’une inspection officielle, l’enseignement catholique et protestant mais dans une moindre mesure, est largement reconnu, et subventionné par l’État, y compris la prise en charge des salaires des enseignants.

Le Mouvement Populaire de la Révolution décrétera en 1971, l’étatisation complète de l’éducation et la nationalisation des équipements scolaires. Laïcité de l’État et authenticité sont proclamées.

L’enseignement décrété national au début des années 1960 (75% à 80% des effectifs dans le secteur catholique) doit désormais appartenir à l’État !

Les réseaux doivent être dissouts.

S’estimant menacée par le MPR, l’Église catholique refuse la collaboration de ses personnels. En 1977, le régime cède et restitue les écoles aux églises. Elles confirment que le pouvoir organisateur et responsable unique de l’enseignement primaire reste l’État qui confie aux églises la gestion de leurs églises. L’enseignement primaire congolais sera donc composé désormais de deux secteurs, le secteur public et le secteur privé. L’enseignement public national dont le pouvoir organisateur est l’État, s’appuiera sur 5 réseaux, l’un géré par lui-même, les 4 autres, dits conventionnés qui ont une origine religieuse, seront gérés par les églises.

 

En l’absence d’une loi sanctionnant les termes des conventions, la confiance s’effiloche.

Les pratiques comblent les lacunes juridiques jusqu’à aujourd’hui car la loi qui n’interviendra que 10 ans plus tard en 1986, ne réglera rien. Sa particularité est plutôt d’ouvrir le champ scolaire à l’initiative privée.

En 1992, après les pillages et les embargos qu’avaient subis le Zaïre, l’État ne savait plus payer les fonctionnaires, suite à une grève illimitée des enseignants non payés, la conférence épiscopale du Zaïre et l’Association Nationale des Parents d’Élève (ANAPE) entérinent  la prise en charge des enseignants par les parents dans le réseau catholique sous forme d’une prime de motivation. La formule s’installe, prolifère et s’institutionnalise dans l’ensemble des réseaux jusqu’à l’arrivée de la gratuité de l’enseignement.

.

Ils ont appauvri le côté charismatique du professeur à l’école.

C’est tout. Il faut tout simplement rendre au professeur ce qui fait de lui un professeur, c’est-à-dire  un PHARE, quelqu’un qui oriente une jeunesse vers quelque chose de merveilleux. «Cette rentrée scolaire est un autre  fiasco, car certaines écoles notamment celles conventionnées catholiques bien qu’ayant ouvert leurs portes, les enseignants observent une grevé. Et pour cause, ils réclament les arriérés des salaires et le second pallié et la paie des nouvelles unités.

Les politiques en RDC doivent comprendre que le pays a besoin des enseignants. Le pays est ce qu’il est aujourd’hui  grâce aux enseignants auxquels nous devons encore et toujours un grand respect. Nous leurs devons une éternelle gratitude. Arrêtons et surtout évitons de pousser nos enseignants à devenir  ANTI-SCOLAIRE !!!!

Par Madimba Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé.