RDC-secteur minier : entre Congolais et expatriés, un grade, deux salaires
En République démocratique du Congo, dans le secteur minier, les disparités salariales sont frappantes entre travailleurs congolais et expatriés. Même grade et parfois un même poste, mais des fiches de paie qui n’ont rien de comparable. Là où certains touchent moins, d’autres reçoivent le triple, voire le quintuple. Le rapport de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) 2023 met en lumière cette triste réalité.
Effectivement, les employés congolais et expatriés ne sont pas logés à la même enseigne. La plupart des entreprises minières ne rémunèrent pas de la même manière ces employés locaux et étrangers. Par exemple, pour le même grade, Kamoto Copper Company (KCC) renseigne une enveloppe annuelle salariale de 22 852 719 USD pour 176 cadres supérieurs congolais. Ceci équivaut à un salaire moyen de 10 820 USD par mois. En même temps, la même entreprise renseigne pour ses trois cadres supérieurs expatriés une enveloppe de 2 347 399 USD. Selon ces données, leur salaire mensuel est de 65 202 USD, soit six fois de plus que ce que touche un cadre supérieur congolais.
KCC n’est pas la seule entreprise à appliquer cette politique. D’autres entreprises comme Kamoa, Rwashi Mining, Chemaf ou même Kinsevere usent de la même politique salariale. Ces disparités sont enregistrées à tous les niveaux. Selon le rapport ITIE, l’enveloppe salariale de Rwashi Mining pour ses 220 techniciens et ouvriers qualifiés est de 10 437 854 982 CDF. Ce qui donne un salaire moyen de 1412 USD par agent. En revanche, selon les mêmes données, la masse salariale des 12 techniciens étrangers du meme grade est de 5 343 841 311 CDF. Ce qui donne un salaire moyen de 13 253 USD.
Une discrimination ?
Pour certains travailleurs du secteur, cette disparité constitue une discrimination. « Ce n’est pas normal », lâche un cadre supérieur qui travaille à KCC. « Il s’agit bien d’une discrimination. Car parfois nous avons les mêmes qualifications« , dit-il encore, amère. Ce cadre s’indigne du fait que cette politique n’est pas appliquée dans d’autres pays. « Moi j’ai travaillé en Afrique du Sud et mon salaire ne pouvait pas dépasser celui d’un Sud-Africain », raconte-t-il encore.
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Ce point de vue est également partagé par DUC Mbuyi. Celui-ci est membre du mouvement citoyen Lutte pour le Changement LUCHA. « Cela aurait dû être l’inverse de la situation actuelle« , dit-il pour sa part. Pour lui cette situation résulte de la faiblesse de la gouvernance en RDC.
Toutefois, les entreprises minières, lors de différents forums miniers, comme à l’Expo Beton Beton tenue à Lubumbashi en 2025, indiquent qu’elles recourent à la main-d’œuvre étrangère par manque d’expertise locale.

