Procès des magistrats : un signal fort contre l’impunité judiciaire
Le procès en flagrance ouvert à Lubumbashi contre trois hauts magistrats de la cour d’appel du Tanganyika marque un tournant important dans l’appareil judiciaire en RDC. Il a suscité des réactions positives sur la toile et au sein des ONG de promotion des droits de l’homme. Maître Jean-Claude Katende, sur sa page X ce lundi, a tweeté que cette affaire démontre que la page de l’impunité au sein de la magistrature commence, enfin, à se tourner.
La cour d’appel de Lubumbashi a rendu ce lundi son verdict dans le procès qui oppose le ministère public à trois juges de la cour d’appel du Tanganyika. Les juges Hervé Zandoko et Christophe Mbele sont condamnés à 3 ans de prison. Ils doivent également payer chacun une amende de 400 000 CDF. Tandis que le juge Raphaël Asanga écope lui de 15 mois de servitude pénale et à une amende de 200 000 CDF. Le commerçant Kafwimbi Kiwele quant à lui, est condamné à 2 ans de prison et à une amende de 200 000 CDF.
Par ailleurs, les quatre prévenus sont également privés du droit à la libération conditionnelle, du droit de vote et du droit d’être éligibles pendant 5 ans. Ils ne peuvent pas non plus exercer certaines professions de la fonction publique. C’est entre autres celle de banquier, de cambiste ou d’importateur.
Les trois hauts magistrats étaient accusés des faits présumés de corruption dans un dossier de tentative de viol impliquant le commerçant Kafwimbi Kiwele de Kalemie. En effet, le procès en flagrance contre l’inculpé Kafwimbi Kiwele s’est déroulé en décembre 2025 à Kalemie. A l’issue de ce procès, le ministère public a estimé que l’arrêt rendu par les trois juges de la cour d’appel du Tanganyika était insuffisamment coercitif au regard des prescrits de la loi. Il a ainsi saisi la cour d’appel du Haut Katanga pour statuer sur le dossier.
Un procès symbolique
Cela fait des décennies qu’en RDC des hauts magistrats sont interpellés par la justice. Pendant longtemps, ils ont été perçus comme des intouchables. Aujourd’hui, la justice semble vouloir se juger elle-même. Un fait rare mais, nécessaire. Cependant, Maître Jean-Claude Katende nuance cet optimisme. « Certes, l’initiative est salutaire. Mais elle reste insuffisante. » Car, selon lui, la corruption judiciaire demeure très visible, surtout dans les grandes villes. C’est notamment à Kinshasa, à Lubumbashi et à Kolwezi. C’est là, insiste-t-il, qu’il faut frapper le plus fort.
Dans le même esprit, le Groupe d’Action Non-Violence Évangélique (GANVE) a salué la tenue de ce procès. Cette organisation de défense des droits humains, basée à Lubumbashi, estime qu’il s’agit d’un pas important dans la lutte contre la corruption en République démocratique du Congo. En outre, le GANVE rappelle que les plaintes des justiciables sont quotidiennes. Elles portent principalement sur les dysfonctionnements et les décisions injustes prises par les instances judiciaires . Pour cette structure, l’appareil judiciaire congolais traverse une crise profonde de confiance de la population. Ainsi, l’organisation de ce procès devient le seul rempart contre l’arbitraire, indique l’ong GANVE.
Aller au-delà du simple procès
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Face à cette situation, le GANVE formule plusieurs recommandations. D’une part, il demande au Conseil supérieur de la magistrature de se désolidariser publiquement des magistrats poursuivis. D’autre part, il exhorte la presse congolaise à médiatiser largement ce procès, compte tenu de sa portée pédagogique. Enfin, il invite la population à se mobiliser pacifiquement pour dénoncer toutes les pratiques corruptives dans les cours et tribunaux.
À noter que, ce procès constitue un test majeur pour la justice congolaise. Lutter contre la corruption judiciaire ne doit pas être une exception. Cela doit devenir la règle, estiment les ONG.

