ADF : ADF : une chronologie de violences sanglantes en RDC

ADF : ADF : une chronologie de violences sanglantes en RDC

Depuis près de trois décennies, les Forces démocratiques alliées (ADF) sèment la terreur dans l’est de la République démocratique du Congo. Nées en 1995 en Ouganda, ces rebelles islamistes ont progressivement transformé leur lutte armée en une campagne de massacres systématiques contre les civils. Le dernier rapport du l’institut congolais de recherche Ebuteli publier jeudi 29 janvier 2026, dresse un constat glaçant sur leur irruption dans les territoires d’Irumu, de Mambasa et de Lubero.

Au départ, les ADF sont une rébellion ougandaise. Leur objectif est clair. Renverser le pouvoir à Kampala. Dès 1996, ils se replient dans l’est de la RDC, principalement dans le territoire de Beni. Pendant plusieurs années, leur présence reste relativement discrète. Les relations avec certaines communautés locales sont même cordiales. Mais tout change à partir de 2013.
Sous pression des opérations militaires congolaises, les ADF adoptent une nouvelle stratégie. La violence devient centrale. Les civils deviennent des cibles. Les massacres s’intensifient dans le coin. Entre 2013 et 2021, des milliers de personnes sont tuées à Beni. Selon les estimations reprises par Ebuteli, les ADF figurent parmi les groupes armés les plus meurtriers du pays.

Novembre 2021, un tournant militaire

En novembre 2021, le gouvernement congolais a lancé une opération conjointe majeure. Elle réunit les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise (UPDF). Elle s’appelle « opération Shujaa. » Son objectif affiché, c’est détruire les bastions historiques des ADF à Beni. Militairement, le rapport parle de bombardement de certains camps des rebelles, de leur démantèlement, ainsi que de leurs combattants tués. Mais le rapport d’Ebuteli est clair. La pression militaire ne fait pas disparaître les ADF. Elle les pousse à fuir et surtout, à s’adapter.
À partir de fin 2019, et de manière accélérée après novembre 2021, les ADF se déplacent en direction de l’Ituri et le sud du Nord-Kivu.
Ils commencent d’abord à Irumu, ensuite à Mambasa et enfin à Lubero. Ce déplacement est rapide, progressif, et extrêmement violent selon la description faite dans le rapport.
Les ADF arrivent en Ituri avec une réputation déjà établie. Celle des « tueurs de Beni ». Dans ces nouveaux territoires, ils ne cherchent pas un ancrage social durable. Ils imposent la peur, frappent fort et vite.

Irumu : un ancrage difficile, mais sanglant

Dans le territoire d’Irumu, les ADF peinent à tisser des liens. Les communautés locales, notamment Lese et Bira, sont méfiantes. Pourtant, les massacres se multiplient. Les attaques sont quasi continues à partir de 2020. Les ADF enlèvent et tuent la population. Ils pillent et ils recrutent de force. Selon Ebuteli, Irumu devient un prolongement du théâtre de violence de Beni.

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Les civils paient le prix fort.

À Mambasa, la stratégie change encore. La forêt dense devient un sanctuaire. Les ADF s’y installent. Ils y créent des camps mobiles et exploitent les ressources. Il s’agit du cacao, du bois et de l’or. Les attaques visent les villages isolés, les agriculteurs, les axes de circulation. Entre 2022 et 2024, des centaines de civils sont tués. Des dizaines de villages sont désertés. La collaboration forcée apparaît. Certains civils sont contraints de ravitailler les combattants. D’autres sont exécutés pour l’exemple. À partir de 2024, le centre de gravité de la violence se déplace encore. Lubero devient le nouveau foyer.

Les chiffres sont alarmants.

Selon les données compilées par Ebuteli, au moins 650 civils ont été tués dans ce territoire en 2024. Ces exécutions ont été effectués au cours d’environ 124 incidents attribués aux ADF. Le seul mois de juin 2024 aurait enregistré plus de 200 morts. On parle des villages incendiés, des champs abandonnés, et des Structures de santé fermées. Plus de la moitié des localités du secteur de Bapere sont vidées de leurs habitants.

Le rapport est formel. Ces massacres ne sont pas aléatoires, ils répondent à une logique précise. Punir les populations accusées de collaborer avec l’État, terroriser pour contrôler, recruter par la force. En plus, alimenter la propagande jihadiste, notamment depuis l’allégeance des ADF à l’État islamique en 2017. Face aux bombardements, le groupe compense par la violence contre les civils.

Trente ans après leur création, les ADF restent une menace majeure. Leur capacité d’adaptation est au cœur du problème. Chassées de Beni, elles ont exporté la violence vers Irumu, Mambasa et Lubero. Le rapport d’Ebuteli le souligne. Sans protection effective des civils et sans présence durable de l’État, les opérations militaires risquent surtout de déplacer la terreur et non de l’arrêter.