RDC-hôpital : la charge mentale invisible des garde-malades

RDC-hôpital : la charge mentale invisible des garde-malades

Dans les chambres d’hospitalisation dans la plupart des hôpitaux en RDC, ils sont présents. Ils ne portent pas de blouses. Ils ne figurent sur aucune liste officielle. Pourtant, ils sont là jour et nuit. Dans ces hôpitaux, les garde-malades tiennent debout un système déjà fragile. Ils veillent. Ils courent, ils s’épuisent. La charge mentale est lourde, très lourde. 

Dans un centre de santé situé dans la commune de Kamalondo dans la ville de Lubumbashi, Irene (le nom a été changé), 20 ans, est la garde de sa mère qui a subi une chirurgie. “C’est insupportable de voir maman dans cet état”, raconte-t-elle.  Mais Irene doit également être forte. Car elle est l’aînée de sa famille, elle doit rassurer les autres. Elle ne doit pas flancher. “C’est un peu compliqué et difficile à gérer”, finit-elle par avouer. 

En effet la situation d’Irene n’est pas singulière. C’est le cas de beaucoup de garde-malades. Dès l’admission du patient, la charge mentale commence. Il faut assister le malade mais en même temps, il faut fortifier les autres membres de la famille. Ça ne s’arrête pas à cela. Il faut penser à tout. Il faut acheter les médicaments. De plus, il faut payer les examens.   Il faut aussi surveiller la perfusion, appeler l’infirmier quand l’état se dégrade.

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La charge mentale du garde-malade est encore plus lourde. car il doit réfléchir à tout. Que faire si l’argent manque ? À qui demander de l’aide ? Quel service contacter en urgence ? La tête ne s’arrête jamais. Même quand le corps lâche.

La nuit, le poids devient encore plus lourd. Car, la nuit, l’hôpital change de visage. Les couloirs se vident. Les voix se taisent. Mais le garde-malade reste éveillé. Il écoute la respiration du patient. Il redoute le silence. À tout moment, il craint le pire.

Une responsabilité sans statut

 

S’endormir serait prendre un risque. je passe des nuits blanches. Je ne peux pas me permettre de dormir, explique Angel (le nom a été changé), dont la soeur a fait un AVC et se trouve dans un centre hospitalier de Kinshasa. 

Il faut dire que le garde-malade a une responsabilité sans statut. Officiellement, le garde-malade n’existe pas. Mais dans les faits, il fait tout. Il nettoie, il nourrit, il soutient moralement, il transmet les informations.

Parfois, il paie même pour des gestes qui devraient être gratuits. Ainsi, la fatigue s’ajoute à la frustration. Et l’angoisse s’installe.

Le plus dur encore, c’est répondre aux questions de ceux qui sont dehors. Qui s’attendent à des miracles. Qui ne veulent entendre que des bonnes nouvelles. Alors, il doit porter la charge des autres, les rassurer alors que lui aussi a besoin de réconfort.

Un fardeau surtout féminin

Dans la majorité des cas, ce sont des femmes, des mères, des sœurs ainsi que des épouses. Par exemple au centre le Rocher, situé dans la commune de Mongafula, l’ensemble des gardes-malades sont des femmes. Dans le centre de santé de Kamalondo, les trois gardes-malades interrogées, toutes sont également des femmes. 

Elles cumulent les rôles, à l’hôpital, à la maison et au travail, quand il y en a un. Leur santé mentale se fissure. Mais personne ne leur pose la question. À tout instant les garde-malades peuvent craquer. Si cela arrive, tout s’effondre, le patient aussi.