Haut-Katanga : réglementer la tenue vestimentaire des dames dans la fonction publique, simple mesure ou discrimination?

Haut-Katanga : réglementer la tenue vestimentaire des dames dans la fonction publique, simple mesure ou discrimination?

Depuis une semaine, la division provinciale de la Fonction publique dans le Haut-Katanga a signé une note circulaire portant sur la réglementation de la tenue  vestimentaire des dames en milieu professionnel. Le port du pantalon  des minijupes et des bodys « sexy » pour les femmes est interdit sous peine de sanctions. Cette mesure relance le  débat sur la place des normes culturelles dans l’espace professionnel et de leur compatibilité avec les principes d’égalité.

Dans la cour du bâtiment Cadastre qui accueille des dizaines de services publics à Lubumbashi, les dames sont toutes habillées soit en robe longue, en pagne ou en jupe longue. En effet, depuis une semaine, une note interne rappelant les règles vestimentaires a été rendue publique par le chef de la division provinciale de la fonction publique. Cette note prévoit des sanctions disciplinaires pour les fonctionnaires dames qui porteraient le pantalon ou la jupe courte.

Officiellement, il s’agit d’une question de discipline et d’image d’un agent de la fonction publique. Célestin Katolo Mulobe, le chef de la division, fait référence au code de bonne conduite de l’agent de la fonction publique.

Des fonctionnaires dénoncent une inégalité

Du côté des femmes, agents de la fonction publique, le ressenti est tout autre. Les unes voient en cette décision, une manière de remettre de l’ordre. « C’est important car certaines d’entre nous exagèrent dans leur manière de s’habiller, déclare une dame sous anonymat. D’autres par contre parlent d’une mesure injuste. Cependant, la plupart hésitent à se prononcer sur la question par peur des sanctions. D’autres trouvent tout de même des mots pour exprimer leur revolte.

« Je trouve cette note discriminatoire, sexiste et restrictive des libertés. Elle renforce les stéréotypes en milieu professionnel », déplore Tytyne Kakese. D’après elle, la priorité dans la fonction publique n’est pas l’accoutrement des dames.

« Le chef de division devrait plutôt se focaliser sur l’amélioration des conditions de travail des agents, redynamiser le système, assurer la formation continue, organiser des évaluations annuelles et réfléchir à la modernisation du service, au lieu de réglementer l’apparence des femmes. » Elle soutient que la dignité de la femme ne se négocie pas.

A lire aussi, Lualaba : Interdiction du port des pantalons aux femmes, une discrimination

Une position soutenue par certains hommes. Le professeur Didier Makal, enseignant à l’université de Lubumbashi, dénonce une note de service illégale, surtout qu’elle contient aussi des menaces de révocation.

 » Soyons sérieux. Il ne pourra renvoyer personne. Nulle part, dans les dispositions qu’il évoque, on mentionne la tenue sexy et le body« , dit-il d’un ton sec. Narcise Mapenzi Yake, un journaliste soutient

Les défenseurs des droits des femmes montent au créneau

Pour leur part, les organisations féministes voient dans cette directive, un symbole d’inégalités persistantes. En effet, l’article 14 de la constitution de la RDC garantit la promotion des droits de la femme. « Les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits. »  Et pourtant, le chef de la fonction publique en province pose des actes contraires à cette disposition constitutionnelle. « Comment la fonction publique peut-elle entretenir de la discrimination envers la femme ?« , s’interroge Dorcas Kazadi de l’ONG Rien sans la femme.

L’honorable Liliane Komba, vice-présidente de l’assemblée provinciale du Haut-Katanga, déplore que « cette mesure porte atteinte aux libertés individuelles ». Cette élue de Kambove rappelle qu’il n’existe pas en RDC de lois réglementant la tenue vestimentaire, notamment celle de la femme.

« L’administration publique doit promouvoir les compétences, l’éthique et la performance » indique pour sa part l’honorable Benathar. Cette élue provinciale de Lubumbashi appelle plutôt la fonction publique à s’attaquer aux défis auxquels elle fait face . C’est notamment les mauvaises conditions de travail, les détournements, la corruption, le non-respect des règles établies…

A lire aussi, Monument de la femme katangaise : une histoire de bravoure oubliée

Au-delà de la question du vêtement dans la fonction publique

Les ONG des droits des femmes, voient par ailleurs dans la décision un signe révélateur des défis plus larges liés à la condition des femmes dans l’administration publique. Il s’agit de l’accès des femmes aux responsabilités, de la reconnaissance professionnelle et même de l’ égalité des droits.  « Arrêtons de voir la femme rien que sous l’angle sexuel », interpelle Narcisse Mapenzi Yake, un professionnel des médias.

L’ONG Rien sans la Femme rappelle que la représentativité des femmes dans la fonction publique est déjà faible. En outre, très peu occupent des postes de responsabilité. « Aujourd’hui, ce qui nous importe, c’est l’accès à l’emploi de façon égalitaire et inclusive, soutient Dorcas Kazadi.

En l’absence de clarification officielle, la question reste ouverte : s’agit-il d’une simple règle interne de discipline ou d’un symbole d’inégalités persistantes ? Dans tous les cas, la députée provinciale Liliane Komba s’est engagée à porter la question à l’assemblée provinciale du Haut-Katanga.