La Société Civile au cœur du combat pour la transparence minière
En RDC, la question de la transparence dans la gestion de l’exploitation minière reste un enjeu majeur. De ce fait, plusieurs problèmes persistent. Ainsi, du 5 au 6 mars à Lubumbashi, les acteurs de la société civile à Lubumbashi réfléchissent sur leur rôle dans la lutte pour la transparence dans ce secteur. Cette réflexion se fait dans une formation organisée par l’International Republican Institute (IRI).
La transparence dans le secteur minier repose avant tout sur la traçabilité, explique Germain Kuna enseignant à l’université de Kinshasa, consultant au sein de IRI. D’après lui, « il est essentiel de savoir qui exploite les ressources. En outre, il est important de savoir combien les entreprises payent à l’État et quels bénéfices reviennent aux communautés locales. »
Selon ce facilitateur, toutes les étapes de l’exploitation minière doivent être clairement documentées. Cela concerne notamment l’exploration, les études géologiques, l’extraction des minerais, leur traitement ainsi que leur commercialisation. De plus, la gestion des revenus générés par ces activités doit également être transparente.
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Cependant, la réalité sur le terrain reste complexe, indique Germain Kuna. La corruption demeure l’un des principaux obstacles. « Dans plusieurs cas, certains acteurs du secteur minier recourent à des pratiques irrégulières afin d’obtenir des avantages financiers. Il y a aussi certaines entreprises minières qui ne respectent pas toujours leurs engagements sociaux. C’est notamment les projets destinés aux communautés riveraines, confie-t-il encore.
Des écarts dans la gestion des revenus
Par ailleurs, la transparence dans la gestion des recettes minières soulève également des préoccupations. Selon les rapports 2023-2024 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-RDC), le pays a obtenu un score de 85,5 points dans l’évaluation de la transparence.
Cependant, des écarts sont parfois observés entre les montants déclarés par les entreprises et ceux que l’État affirme avoir reçus, déplore cet enseignant de l’université de Kinshasa. « Cette situation complique la réconciliation des comptes et alimente les soupçons d’opacité dans la gestion des fonds publics. »
En outre, les communautés locales subissent souvent les conséquences environnementales de l’exploitation minière. La pollution de l’eau, la dégradation de la qualité de l’air ou encore l’apparition de certaines maladies figurent parmi les problèmes fréquemment signalés dans les zones minières. De plus, le manque d’information constitue un autre problème important, indique le professeur. « Une grande partie de la population ne dispose pas de données fiables sur la gestion du secteur minier. » Par conséquent, de nombreuses communautés ignorent leurs droits et restent vulnérables face à certaines formes d’exploitation abusive.
Les acteurs de la société civile appelés à jouer leur rôle
Face aux nombreux problèmes qui affectent la transparence dans la gestion de l’exploitation minière, la société civile apparaît comme un acteur essentiel. Pour ce faire, elle doit s’imposer et jouer un rôle central. Elle doit assurer une fonction de surveillance. La société civile est chargée de suivre les activités des entreprises minières et de vérifier le respect des obligations légales. Selon le professeur Germain Kuna, cette mission est essentielle pour renforcer la gouvernance du secteur.
« La société civile doit observer, documenter et signaler les irrégularités. C’est un acteur clé pour promouvoir la transparence », explique-t-il.
Sa mission consiste également à diffuser des données sur la gestion des ressources minières et à expliquer aux communautés leurs droits.
La société civile, quant à elle, affirme mener des actions de plaidoyer. Elle interpelle les autorités publiques et les entreprises sur la gestion des revenus issus de l’exploitation minière. Elle lance également des alertes en cas d’abus ou de violations des engagements sociaux.
Mais ces actions sont quelques fois suivies de menaces, surtout lorsqu’il s’agit de dénonciation. « J’avais fui la ville, pour revenir quelque temps après », témoigne une journaliste. Elle a subi des menaces d’une entreprise minière à Lubumbashi après avoir publié un article sur la pollution.
De ce fait, Germain Kuna, consultant au sein d’IRI a exhorté les acteurs de la société civile à travailler en synergie en vue de leur sécurité.

