Alphonsine Tshilefe, la voix des femmes dans les mines artisanales

Alphonsine Tshilefe, la voix des femmes dans les mines artisanales

Dans les zones minières du grand Katanga, où l’exploitation artisanale reste largement dominée par les hommes, Alphonsine Tshilefe s’impose comme l’une des voix qui plaident pour la reconnaissance des femmes dans ce secteur stratégique. Entre discriminations, traditions et obstacles économiques, cette entrepreneure minière mène depuis plusieurs années un combat pour défendre la place des femmes sur les sites d’exploitation artisanale.

Alphonsine Tshilefe Muvuloka est une femme entrepreneure dans les mines artisanales pendant plus de trois décennies. Elle travail dans la malachite et autres pierres minéralogiques. Selon elle, la présence féminine dans les carrières reste encore largement contestée. Dans plusieurs sites artisanaux, la présence féminine est encore rejetée pour des raisons coutumières ou mystiques. « La femme n’est pas toujours acceptée sur les sites. Dans certains endroits, on évoque même des croyances selon lesquelles l’esprit de la mine n’accepterait pas sa présence », explique l’entrepreneure.

En dehors des cultures Alphonsine soulève un autre point. Celui-ci n’est autre qu’une lecture ambiguë de la législation minière, estime Alphonsine. « Le code minier parle de la femme enceinte et de l’enfant qui ne peuvent pas se retrouver sur les sites. Mais il ne dit pas clairement que la femme ne peut pas travailler dans les mines ». Pour Tshilefe, cette interprétation contribue à renforcer une discrimination persistante, et pourtant le code du travail ne pas discriminatoire. « La femme est souvent marginalisée, que ce soit dans l’accès au site ou dans l’exercice de l’activité.» Pourtant, dit-elle, les femmes ont longtemps été actives dans ce secteur. « Avant, nous descendions même dans les carrières. Certaines femmes ont dirigé des sites miniers ».

Alphonsine se lance dans le combat

De ce fait, cette entrepreneure s’est lancée dans le combat pour lutter pour le droit des femmes dans les mines.  Elle a crée une organisation féminine baptisée FEMIAC (Femmes entrepreneurs dans les mines, l’agro-pastoral et divers secteurs au Congo). Cette structure vise à fédérer les femmes impliquées directement ou indirectement dans l’économie minière. « Nous nous sommes dit qu’il était important de créer une structure féminine pour défendre nos droits et soutenir les femmes actives dans ce secteur ». Car, au-delà de l’extraction elle-même, de nombreuses femmes vivent des activités liées aux mines. C’est notamment la restauration, la vente d’outils, le commerce de nourriture ou de boissons autour des sites. « Toutes ces activités sont connexes aux mines. Elles permettent aux femmes de survivre économiquement », souligne -t-elle.

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Plaidoyer pour un secteur artisanal mieux encadré

Malgré les obstacles, Alphonsine Tshilefe dit rester motivée par sa passion pour les minerais du Lualaba, notamment la malachite.
« Je suis passionnée par cette pierre verdâtre. Je suis née à Kolwezi, et dans mes veines coule la malachite et le cobalt ». Selon elle, l’avenir de l’exploitation artisanale dépendra surtout d’une meilleure organisation du secteur et de la reconnaissance des communautés locales. A cet effet, l’entrepreneure plaide pour la création effective de zones d’exploitation minière artisanale, afin de réduire les tensions entre les mineurs artisanaux et les entreprises industrielles. L’exploitation artisanale représenterait déjà une part importante de la production nationale.

« L’artisanat produit plus de 30 % du cuivre et du cobalt exportés », affirme-t-elle.

Dans ce contexte, Alphonsine Tshilefe insiste sur la nécessité d’inclure les femmes dans la transformation du secteur. « Cette activité fait vivre des milliers de familles. Il faut simplement encadrer les travailleurs et leur permettre d’exercer dignement ».
Pour cette entrepreneure minière, la bataille pour la reconnaissance des femmes dans les mines artisanales ne fait que commencer