Lubumbashi: 2e jour de sit-in des déplacés devant le gouvernorat
Les centaines de déplacés de guerre poursuivent leur sit-in devant le gouvernorat de la province du Haut-Katanga. Des hommes, des femmes et des enfants ont passé la nuit à la belle étoile à l’entrée de cette institution provinciale sans que leur voix ne soit entendue. Ces déplacés internes sollicitent l’aide du gouvernement car ils vivent dans une grande précarité.
Il est 14h30 ce mercredi. Le ciel est couvert, il menace de pleuvoir. À l’entrée du gouvernorat de la province à Lubumbashi, plusieurs centaines de déplacés sont assis à même le sol. Les plus jeunes, surtout les enfants, sont allongés, d’autres visiblement très fatigués et affamés, s’endorment. En effet, ces familles sont arrivées ce mardi vers 10 heures devant le siège des institutions provinciales dans l’espoir de rencontrer l’autorité, mais sans succès. Ils ont ensuite décidé d’y rester jusqu’à ce que leur voix soit entendue.
Nous n’avons ni abri, ni nourriture, ni soins de santé. Les maisonnettes qui nous abritaient se sont écroulées à la suite de grosses pluies de ces derniers temps. Presque toutes les familles passent la nuit dehors. Nous venons ici voir les autorités afin qu’elles nous assistent, déclare Paul Byamungu, le président du comité des déplacés.
Un peu plus tôt dans la journée, un officier de la police de circulation routière qui se rendait à son bureau, s’est arrêté devant cette foule. Il a ensuite sorti de sa voiture environ 10 paquets d’eau et des boissons sucrées. « Vous pouvez distribuer aux enfants« , a-t-il dit en s’adressant au président du comité. Après ce geste, une vive discussion entre les déplacés s’en est suivie, chacun cherchant à être servi. Cependant, des jeunes en charge de la sécurité du groupe sont intervenus pour ramener le calme.
Pas d’abri
Ces ménages qui ont fui la guerre au Nord et au Sud Kivu sont éparpillés dans différents quartiers de la ville. Appoline Alexine, mère de quatre enfants, vient d’Uvira. Sa famille est divisée. Son mari est resté à Uvira tandis que ses deux enfants ont trouvé refuge à Bujumbura. Elle est arrivée à Lubumbashi avec deux autres enfants. Avec une centaine d’autres personnes, cette mère qui attend un nouveau bébé,vit dans une église méthodiste au quartier Kasapa.
L’église qui abrite suinte sérieusement. Nous y sommes malgré nous et c’est dur, dit-elle. D’autres familles sont exposées aux intempéries, indique Paul Byamungu, le président du comité des déplacés. « Presque toutes ces familles sont actuellement dehors. Les abris qui nous ont été cédés ici à Lubumbashi, se sont écroulés à la suite de grosses pluies, dit-il.
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Exacerbée par la misère, Destinée Riziki, venue de Bukavu s’écrie d’un ton nerveux : « Que le gouvernement voie comment nous loger. S’il faut monter un camp des déplacés, qu’il le fasse car nous souffrons beaucoup. »
Quid des fonds de prise en charge des déplacés ?
Les déplacés internes qui ont trouvé refuge à Lubumbashi seraient plus 3 000 indique le président du comité. Cependant, il faut une identification pour avoir des chiffres réels. Entretemps, d’autres continuent d’arriver, fuyant les affrontements de ces derniers jours aux environs d’Uvira.
Depuis quelques semaines, ils demandent une assistance humanitaire sans succès. Mais certaines sources dans la fonction publique indiquent que le gouvernement central affecte mensuellement aux provinces, un budget pour leur prise en charge. Contactée, la ministre provinciale des Affaires humanitaires et Affaires sociales, Valérienne Mumba était très réservée. « Nous avons déposé au bureau du gouverneur une note technique sur cette situation. Nous attendons la suite car c’est l’autorité provinciale qui décide. »
Pour sa part, maître Hubert Tshiswaka, directeur de l’IRDH se dit choqué par l’attitude qu’affiche l’État en province.
« Ce laissé- aller prouve que l’État est complètement en faillite. Les gens ont fui la guerre. En outre, ils n’ont rien, ils demandent de l’aide… Et l’État les abandonne dans la rue et en pleine ville, devant le bureau du gouverneur…. C’est choquant. »
En attendant une probable réaction de l’autorité en province, ces déplacés internes appellent à l’aide. » Ces centaines de familles sont entre la vie et la mort. La faim, le manque des soins et de nourriture risquent d’exterminer ces gens qui avaient déjà échappé à la mort par balles. Venez à notre secours, lance par ailleurs Paul Byamungu.

