Odile Kalala, l’incarnation d’une génération de femmes debout

Odile Kalala, l’incarnation d’une génération de femmes debout

À Lubumbashi, Odile Kalala est acteur communautaire membre de la plate forme Women in Mining. Elle se consacre à l’accompagnement des femmes, en particulier les plus vulnérables. Son action repose sur trois axes majeurs à savoir, informer, sensibiliser et défendre les droits des femmes. L’objectif est de permettre aux femmes de mieux connaître leurs droits et d’assumer pleinement leurs responsabilités au sein de la société.

Odile Kalala évolue au sein de la plateforme Women in Mining (WIM), où elle est secrétaire de la représentation RDC depuis environ quatre ans. Cette structure regroupe des femmes impactées par le secteur minier, des maraîchères aux travailleuses artisanales. Grâce à cette structure, Odile  organise des rencontre des femmes, notamment des conférences et des formations. Le but est d’offrir des alternatives économiques aux femmes exposées aux risques des mines.

Cependant, le chemin est loin d’être facile. Les résistances culturelles persistent. Les mentalités évoluent lentement. « Changer la mentalité d’une personne, c’est vraiment difficile », reconnaît-elle. Malgré cela, elle continue. Avec conviction. « Nous sommes là pour accompagner les femmes et les sensibiliser pour qu’elles connaissent leurs droits, mais aussi leurs obligations », explique-t-elle. Concrètement, elle intervient sur des questions sensibles. Il s’agit de divorce, héritage et autonomisation. Des domaines où beaucoup de femmes restent encore mal informées.

Des résultats concrets malgré les obstacles

Malgré les difficultés, les résultats sont visibles et encourageants. Des femmes quittent progressivement les carrières minières, dit-elle. D’autres lancent des activités génératrices de revenus.
Ainsi, à Fungurume, une femme autrefois active dans les mines est aujourd’hui maraîchère, avant d’intégrer une institution comme agente de nettoyage. Une progression significative. À Lubumbashi également, des veuves formées deviennent indépendantes grâce à des activités artisanales.

En parallèle, des formations en transformation de produits locaux sont organisées. Les femmes apprennent à produire de la farine panifiable ou encore de la confiture.
Autre action majeure, c’est l’encadrement des enfants vulnérables à Fungurume. À travers la Fondation chrétienne pour le développement du terroir (FCDT), une école a été créée pour accueillir des orphelins et enfants démunis. Certains y étudient gratuitement, grâce à un système de parrainage. Face à l’augmentation des effectifs, une demande a été introduite auprès de Tenke Fungurume Mining (TFM). Résultat ,  la construction de six salles de classe équipées, un appui concret pour la communauté.

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Un parcours professionnel forgé dans la détermination

Avant cet engagement communautaire, le parcours de Odile Kalala est dense. Elle débute à 21 ans comme hôtesse de l’air chez African Air Charter (AAC) à Kinshasa. Une première expérience marquante.
Ensuite, elle travaille pendant 2 ans à l’Agence Tropique, une agence de voyage. Puis, elle passe 1 an à la PLZ de Lusanga, dans le Bandundu, dans la production d’huile de palme. De retour à Kinshasa, elle enchaîne avec la société de transport Transmac où elle exerce pendant 4 ans comme secrétaire de direction.
Elle poursuit ensuite au sein du groupe Orgaman, notamment dans la société agricole Cibo, où elle travaille 3 ans, avec des responsabilités élargies incluant la gestion du personnel.

Par la suite, elle intègre l’ONG internationale CRS (Catholic Relief Services). Engagée comme adjointe au secrétariat de direction, elle devient assistante administrative seulement deux semaines après son recrutement. Elle y reste 6 ans.
Elle rejoint ensuite Pharmaciens Sans Frontières, au sein de la structure locale FEDECAM, comme logisticienne. Une fonction rarement occupée par des femmes à l’époque.
Entre 2006 et 2009, elle travaille à l’ambassade de la RDC au Zimbabwe comme secrétaire. Parallèlement, elle enseigne le français dans une école réputée d’Harare, le Spaces College.

Cependant, son parcours n’a pas été sans obstacles. Dans un environnement dominé par les hommes, elle doit constamment prouver ses capacités. « Je n’ai pas gravi les échelons parce que je sortais avec le boss. Je les ai gravis par ma compétence », insiste-t-elle. Face aux préjugés, elle reste ferme : « On n’a pas engagé une femme, on a engagé un agent ».
De retour en RDC en 2013, elle s’oriente définitivement vers le travail communautaire dès 2016, entre Fungurume et Lubumbashi.
Aujourd’hui, même retraitée du secteur formel, elle reste active sur le terrain. Son parcours envoie un message fort. La détermination, le travail et l’engagement peuvent transformer des vies.