Culture: la comédienne Odette Ndeji, Une vocation née par hasard

Culture: la comédienne Odette Ndeji, Une vocation née par hasard

Dans le monde de la comédie, il existe des femmes de conviction. À Lubumbashi, Odette Ndeji Chapongwe incarne une trajectoire singulière. Elle est comédienne, conteuse et encadreuse d’enfants. Depuis plus de deux décennies, elle vit pour la scène et par la scène. Son parcours, fait de passion et de persévérance, raconte les défis du théâtre congolais. Mais surtout, il porte une lutte : celle contre les violences faites aux femmes.

Tout commence en 2001. À l’époque, Odette est étudiante à l’Institut supérieur des statistiques. Un jour, pendant une pause, elle découvre par hasard une répétition théâtrale. D’abord, elle observe. Ensuite, elle critique. Puis, elle ose. Le metteur en scène lui tend un texte. Elle joue. Le déclic est immédiat.
« Je ne savais pas que le théâtre était en moi. C’est ce jour-là que tout a commencé », confie-t-elle.
Très vite, repérée pour son talent, elle rejoint la compagnie théâtrale Rubil Africa de Yvon Mwanza Kibawa. De 2001 à 2008, elle y forge son expérience. Elle enchaîne les rôles. Progressivement, elle s’impose. Sa première consécration arrive avec la pièce  »Un monde sans barrières », présentée à Lubumbashi, notamment au Festival International de Lubumbashi et au Festival Temps du Théâtre. Grâce à cette œuvre, elle décroche le prix de meilleure actrice. Par la suite, la même pièce la propulse à Kinshasa, lors du festival Joukotej.
En 2008, elle franchit un nouveau cap. À Kinshasa, face à des troupes venues du Cameroun et du Burkina Faso, elle obtient une reconnaissance internationale. Une victoire marquante, récompensée par un trophée et une enveloppe de 600 dollars.

Une voix contre les violences faites aux femmes

En 2009, elle tourne une page importante. Avec d’anciens collègues, elle fonde la compagnie Mulao Théâtre, dont elle devient présidente. Dès lors, Odette multiplie les créations. Parmi elles, Tour de contrôle de Célestin Kassongo, ou encore La fenêtre.
Cette dernière, jouée entre 2021 et 2022 après le confinement, se révèle particulièrement marquante. Elle dénonce les violences conjugales avec force. Dans la même dynamique, elle propose la performance Ailleurs. Une marche artistique entre l’avenue du 30 Juin et l’espace culturel Makutano. Le visage maquillé, le corps habité, elle incarne une femme battue. Elle dénonce. Elle interpelle.
« La scène, c’est ma vie. Quand je ne joue pas, je me sens malade », dit-elle.

Ainsi, son art prend une direction claire : dénoncer les violences basées sur le genre. Sur scène, Odette transforme la douleur en message. Elle provoque le débat et pousse à la prise de conscience.
« Pourquoi battre une femme, alors qu’elle est ta partenaire, ton amie, celle avec qui tu partages tout ? », s’interroge-t-elle.
À travers la pièce La fenêtre et ses performances publiques, elle met en lumière des réalités souvent tues : les coups, les humiliations, le silence imposé à une femme victime de violence. Son objectif est simple : briser ce silence.

Des obstacles

Pour la comédienne, le théâtre n’est pas seulement un divertissement. Au contraire, c’est un outil de transformation sociale.
« Le théâtre permet de dire tout haut ce que la société cache. C’est là que je me sens utile », explique-t-elle.

Cependant, son parcours est aussi jalonné de difficultés. Notamment, le manque de financement, l’absence de mécènes et le faible intérêt du public.
« Le gouvernement ne soutient pas le théâtre. Pourtant, nous portons des messages forts pour la société », regrette-t-elle.
À ces défis s’ajoutent les préjugés. Être femme et comédienne reste un combat. Le regard des autres pèse. Les incompréhensions persistent. Malgré tout, elle tient bon. Elle avance. Parallèlement, elle élève ses quatre enfants, deux filles et deux garçons, dans un équilibre constant entre vie artistique et familiale.

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Transmettre aux enfants, une autre scène

Depuis quatre ans, Odette Ndeji anime des activités pour enfants à la médiathèque de la Halle de l’Étoile. Chaque samedi, une vingtaine d’enfants se rassemblent. Elle lit des contes et organise des ateliers de bricolage.
« À travers les contes, je transmets des valeurs. Et je prépare une nouvelle génération à aimer la culture », explique-t-elle.

Les enfants viennent de tous les horizons. L’accès se fait via un abonnement annuel. Peu à peu, l’initiative attire de plus en plus de familles.
Ce travail, discret mais constant, complète sa carrière artistique. Il lui permet aussi de continuer à vivre de son art.

Aujourd’hui, Odette Ndeji reste debout. Sur scène, comme en dehors. Une voix engagée, qui refuse de se taire face aux violences faites aux femmes.