Haut-Katanga : quand le sol empoisonne la chaîne alimentaire

Haut-Katanga : quand le sol empoisonne la chaîne alimentaire

À Lubumbashi comme à Likasi, plusieurs études scientifiques révèlent une contamination préoccupante des sols par les métaux lourds. Pour le professeur Michel Mpundu, de la Faculté des sciences agronomiques de l’Université de Lubumbashi, cette pollution menace non seulement les terres agricoles, mais aussi l’eau, l’air et la chaîne alimentaire.

À Lubumbashi par exemple, des recherches publiées en 2023 ont analysé les sols, les eaux d’irrigation et les légumes de nombreux jardins maraîchers. Les résultats montrent une contamination par le cuivre, le cadmium, le plomb, le cobalt et le zinc. Dans certains sols, le cuivre atteignait 1 355 mg/kg, contre une valeur de référence de 100 mg/kg citée par les chercheurs. Le cadmium atteignait également 236 mg/kg, alors que la référence  est  de 2 mg/kg.

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Un autre cas concerne Likasi. Ici, les terres agricoles proches du drain de Kimpulande, dans la commune de Shituru sont souvent les plus touchées. Ce drain est utilisé depuis les années 1930 pour évacuer des eaux issues de l’industrie du cuivre et du cobalt de la Gécamines. Des chercheurs de l’Université de Lubumbashi y ont étudié la pollution des sols destinés à la production alimentaire.

Au cours d’une conférence animée à Lubumbashi sur la pollution des sols, le professeur Mpundu a identifié plusieurs défis. Il cite notamment les déchets plastiques, la déforestation, les activités minières, l’érosion et la pollution des eaux qui fragilisent les sols du Haut-Katanga.

Toutefois, cet expert met un accent particulier sur l’exploitation minière qui selon lui, reste au cœur des préoccupations.

Du sol à l’assiette

Pour le professeur Mpundu, le danger réside dans le transfert des polluants. « Lorsque le sol est contaminé, l’air sera contaminé, l’eau sera contaminée aussi », explique-t-il.

Celui-ci explique comment l’homme est souvent touché par cette impact de la pollution du sol. Ainsi , dit-il, les poussières peuvent être transportées par le vent. Les pluies peuvent entraîner les métaux vers les rivières et les nappes souterraines. Les plantes, elles, absorbent les éléments présents dans le sol.

Une étude menée le long de la rivière Lubumbashi a ainsi relevé jusqu’à 1 200 ppm de cuivre et 1 600 ppm de cobalt dans certains sols. Les chercheurs ont observé des effets négatifs sur la croissance des légumes cultivés.

Une autre étude publiée en 2024 confirme la persistance du problème. Elle indique des concentrations de cuivre comprises entre 204 et 1 355 mg/kg dans des sols agricoles de Lubumbashi. Les chercheurs soulignent également le transfert des métaux vers les légumes.

Une urgence agricole

Le problème touche donc directement la sécurité alimentaire. À Lubumbashi, des analyses ont montré que la quasi-totalité des légumes étudiés présentait du cuivre et du cobalt, avec des concentrations dépassant les références retenues pour la consommation humaine.

Pour le professeur Mpundu, protéger le sol n’est donc plus une simple question environnementale. C’est une nécessité pour protéger l’agriculture, l’eau, l’alimentation et la santé des populations du Haut-Katanga.