RDC: l’école s’arrête-t-elle encore pour les filles enceintes ?
Depuis le 14 juillet 2025, le ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté a exigé le maintien des filles enceintes dans le circuit scolaire. Pour la circulaire numéro 1245, l’école ne devrait pas s’arrêter avec une grossesse. Sur le terrain, les filles ont parfois du mal à réintégrer l’école pendant ou après leur grossesse.
Mamy* (le nom a été changé), à peine âgée de 16 ans, est élève en deuxième secondaire dans une école située au quartier Tabacongo dans la ville de Lubumbashi. Sa famille a placé tous ses espoirs en elle. Car c’est elle l’aînée d’une fratrie de six enfants. En mars dernier, ses parents découvrent qu’elle est enceinte. « J’étais effondrée. « J’en ai pleuré toutes les larmes de mon cœur », raconte sa mère Justine Nyota avec amertume.
La vie de Mamy a basculé du jour au lendemain. “Pour moi, ma scolarité s’est achevée en mars 2025, je n’ai plus d’avenir”, raconte Mamy avec désespoir. Car ses parents ont décidé de la placer dans la famille du jeune homme auteur de la grossesse et ont exigé la dot ainsi qu’un remboursement de tous les frais scolaires.
Scolarité abandonnée
Le 5 septembre, jour de la rentrée scolaire, Mamy n’a pas repris le chemin de l’école. Sa scolarité s’est effectivement arrêtée avec sa grossesse. « Désormais, je dois prendre soin de mon bébé », raconte-t-elle entre larmes et joie. Elles sont nombreuses ces filles qui arrêtent leur scolarité suite à une grossesse. Une récente analyse publiée sur ResearchGate indique qu’en 2023, 28 % des adolescentes congolaises ont connu une grossesse avant leurs 18 ans.
Une autre étude menée en 2020 par Boyoma Bwana Masala et Celestin Muleka indique que 52,6 % de filles ont arrêté leur scolarité à cause de leur grossesse. Les chercheurs ont alerté sur les conséquences de cette situation. « Cette rupture n’était pas seulement scolaire mais aussi sociale car la grossesse précoce était un phénomène qui, si l’on n’y prenait garde, enfonçait le clou dans les inégalités sociales », indique cette étude.
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Regards des autres
Certains enseignants et dirigeants d’école interrogés sont d’avis qu’il faut maintenir des filles à l’école malgré leur état. Cependant ces responsables indiquent que depuis le début de cette année scolaire, ils n’ont pas reçu de cas de filles enceintes.
C’est le cas à l’école La Soumission, située dans la commune de Kamalondo. « Ici chez nous les portes sont grandement ouvertes », explique la directrice d’école à Kamalondo. “Même si nous n’avons pas enregistré ces cas, je crois que ce sont les filles elles-mêmes qui auront du mal à revenir.
Noella Kisimba, une adolescente qui vient d’avoir son diplôme d’État, partage le même avis. “Je crois que même si c’est permis, la fille elle-même aura peur du regard des autres”, dit-elle. Les chercheurs de cette étude publiée sur Researchgate semblent partager ce point de vue. « Ces jeunes filles sont régulièrement contraintes d’abandonner l’école, soit par pression familiale, soit par décision des chefs d’établissement, ou encore à cause du poids d’une société fortement patriarcale où la maternité précoce est perçue comme un échec moral plutôt qu’un défi social à prendre en charge collectivement », dit l’étude. À Lubumbashi, certains parents confirment cette hypothèse. « Moi, en tant que parent, je ne me vois pas envoyer ma fille enceinte à l’école », explique Henriette Kisimba, une mère d’une adolescente.
La culture
Le ministère de l’Éducation nationale, à travers cette disposition, veut à tout prix maintenir les filles dans le cursus scolaire. Cependant rien ne se passe comme l’auraient voulu les autorités congolaises. Et selon la même étude publiée dans ResearchGate, la mesure prise par les autorités dans le secteur ne va pas réellement changer les choses. « Si cette mesure marque une avancée symbolique en faveur de l’éducation inclusive, elle reste cependant insuffisante face aux résistances culturelles et religieuses, à l’absence de cadre juridique contraignant, et au manque de dispositifs d’accompagnement adéquats », indiquent les chercheurs.
Kanay Mushid est membre du Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (Cafco). Pour elle, la culture congolaise ne permet pas aux parents d’amener leurs filles enceintes à l’école. « D’abord c’est une honte pour les parents dans la culture congolaise. Ce qui fait qu’ils ne ramènent pas les enfants à l’école », dit-elle.
La religion joue également un rôle majeur dans l’application de cette mesure. La coordination des écoles conventionnées catholiques avait rejeté cette décision. En juillet 2025, dans un document rendu public le 16 juillet, la coordination indiquait que la circulaire est contraire à l’article 5 et à l’article 17. Pour l’inspection de l’éducation, certes la mesure a été mise en place, cependant, il n’y a pas encore de mesures d’accompagnement.
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Pas des mesures d’accompagnement
Sur le papier, la mesure est salutaire. Car, selon le rapport semestriel du ministère de l’Éducation nationale publié en ce mois de septembre, cette circulaire vise la protection de la poursuite de la scolarité des élèves enceintes. Ce rapport indique que des milliers de filles ne poursuivent pas le secondaire. Selon ce rapport, il y a au moins 47 % de filles à l’école. À l’inverse, seules 45 % poursuivent le secondaire.
Jusqu’à là le ministère de l’Éducation nationale n’a pas encore donné de statistiques sur les résultats de cette décision. Toutefois à Lubumbashi des sources à l’inspection de l’éducation nationale indiquent que jusque-là il n’y a encore de mesures d’accompagnement pour maintenir ces filles à l’école.

