Accueil Éditorial L’Afrique « désafricanisée »

L’Afrique « désafricanisée »

L’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, se démarque par  de violences xénophobes. Une  résurgence  de brutalité vient d’être vécue ;  elle fait suite aux émeutes xénophobes vécues successivement en 2008 et 2015. Selon certaines observations, ces violences seraient  tributaires du  taux de chômage estimé à 29 % et la pauvreté.

Pour  Amnesty International, cette nouvelle vague de violences est le résultat « d’années d’impunité pour les crimes xénophobes  » perpétrés ces dernières années en République Sud Africaine.  Dirigées contre les étrangers,  ces violences ont fait tout naturellement et malheureusement des morts et des victimes avec des blessures morales non cicatrisables.  Des dizaines de magasins ont été détruits et des camions soupçonnés d’être conduits par des étrangers ont également été brûlés.

Le vrai problème : les hommes politiques utilisent les étrangers pour détourner l’attention des vrais sujets comme le chômage ou le manque de services publics.

Cette flambée  des violences xénophobes  a suscité colère et inquiétude dans plusieurs pays du continent. Au Nigeria, en Zambie, au  Zimbabwe, au Botswana  et en République Démocratique du Congo avant  que la situation  ne se normalise progressivement  après que les dégâts  soient constatés lâchement. Pour protester contre  ces attaques xénophobes, le Nigeria autant que d’autres pays ont  boycotté  le Forum économique mondial sur l’Afrique qui s’est ouvert mercredi au Cap, la capitale parlementaire sud-africaine. La solidarité africaine a été mise en mal.

Le géant sud-africain MTN, leader des télécommunications en Afrique, a annoncé la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » de toutes ses agences au Nigeria, son plus grand marché avec 190 millions d’habitants, après une série d’attaques de ses magasins. L’Afrique du Sud a également « fermé temporairement » ses missions diplomatiques au Nigeria, à la suite de « menaces ».

En Zambie, des étudiants ont manifesté et ont mis  le feu au panneau de la mission diplomatique. Dans des termes très forts, le président zambien Edgar Lungu a appelé Pretoria à « mettre fin au carnage » avant que « cette xénophobie ne dégénère en un génocide à grande échelle ».

La condamnation de ces violences cruelles  a été très tardive, sans fermeté et sans actions concrètes. Le gouvernement Sud Africain aurait pu faire beaucoup plus pour atténuer ces agressions. Sa rhétorique a  été moins autoritaire et pas très compatissante envers les victimes ni leurs familles. Complicité ou lâcheté?

Par rapport aux  autres continents, l’Afrique a toujours affiché  le tableau d’un continent uni. Le complot de sa répartition à la Conférence de Berlin est l’un des éléments qui renforce cette unité renforcé par le sort subi.

Certaines  réalités  traduisent mieux cette valeur et surtout celles liées au respect de la vie.  Le mot  « ubuntu »  issu de langues bantoues du sud de l’Afrique désigne une notion proche des concepts d’humanité et de fraternité que ce vieux continent a toujours incarnés.

En Afrique du Sud particulièrement , ce terme a été employé, notamment par les prix Nobel de la paix décerné à Nelson Mandela et Desmond Tutu, pour dépeindre un idéal de société opposé à la ségrégation durant l’Apartheid, puis pour promouvoir la réconciliation nationaleBarack Obama le traduit si bien  dans son discours d’hommage à Nelson Mandela : « Mon humanité est inextricablement liée à ce qu’est la vôtre ».

Selon l’archevêque Desmond Tutu,  quelqu’un d’  » ubuntu » est ouvert et disponible pour les autres » car il a conscience d’appartenir à quelque chose de plus grand.

Pour toutes les autres cultures qui utilisent ce concept, une définition commune en donne pour sens « la qualité inhérente au fait d’être une personne parmi d’autres personnes » autrement dit, et d’une façon littérale, « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous ».

L’Afrique du Sud a la mémoire courte qui lui fait oublier les sombres périodes de l’apartheid,  période pendant laquelle la population noire du pays arc-en-ciel a bénéficié de l’indéfectible soutien des autres africains. Faut-il avoir une mémoire courte pour oublier la contribution des autres pays à ce qu’est devenu la RSA ce jour ?

 

 

 

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