Kimilolo, un poumon rescapé de Lubumbashi

Kimilolo, un poumon rescapé de Lubumbashi

Kimilolo est un des anciens sites de captage d’eau situé au sud-ouest de Lubumbashi. Il alimente en eau les quartiers de la commune Annexe. Son périmètre de protection a été envahi. Sa déforestation a causé la baisse du niveau souterrain de la nappe aquifère avec comme conséquence la carence d’eau potable à Lubumbashi. Ce site subsiste grâce au projet Lubumbashi 2030, financé à 75% par l’association internationale des maires francophones, AIMF. Reportage de Concilie Kalombo
Il est 6heures d’un lundi au quartier Kisanga de la commune Annexe à Lubumbashi. Enfants, jeunes et vieux, parcourent les rues avec des bidons jaunes recherchant l’eau pour des fins domestiques. Ils se bousculent devant un puits foré dans la parcelle. « Ici, un bidon de 20litres se vend à 200 franc congolais. Chacun veut avoir de l’eau en premier avant de se rendre les uns à l’école, les autres au campus, d’autres encore à leurs lieux de service» raconte Gaylor, un jeune de 22ans, aux biceps ressortis, fatigué de se livrer chaque matin à une bataille de l’eau avant se rendre à l’université. Il ajoute d’un ton nerveux : « J’arrive toujours en retard parce que l’eau ne coule plus régulièrement du robinet de notre parcelle. Pour toute notre famille de 7personnes, nous dépensons au moins 3000 francs par jour pour avoir de l’eau suffisante à tous nos besoins essentiels ».
Trouver de l’eau coulant régulièrement des robinets à Lubumbashi est devenu un miracle. Cette carence est la conséquence de la baisse du niveau souterrain de l’eau de la nappe phréatique de la station de pompage de Kimilolo.

Mme Micheline Mpoyi, une septuagénaire et ancienne cadre de la Régideso, société nationale de distribution d’eau gérant la station de Kimilolo que nous rencontrons dans sa cours, contemplant la tuyauterie rouillée de sa parcelle raconte : « Il y a 20ans, le lotissement au sud-ouest de Lubumbashi se limitait à 4km du site Kimilolo. Kimilolo a été couvert de différents types d’arbres de la forêt de Miombo. C’est un poumon qui a longtemps desservi les ménages en eau potable. L’eau qui coulait des robinets provenait de Kimilolo. Elle était potable. Nous ne souffrions pas des maladies telles le choléra. Elle coulait 24heures sur 24. Aujourd’hui, nos robinets sont secs. L’eau coule rarement, soit deux fois par semaine ».


Lubumbashi a connu une montée démographique vertigineuse. En 2015, elle compte environs 5millions d’habitants. Mardi 9heures dans son bureau, vêtu d’un costume en pagne, le chef de division provinciale de l’environnement, Jean-Pierre Ilunga Ngwej, nous accorde un entretien. D’une voix un peu basse, explique la situation que subit le site Kimilolo. « Les maisons d’habitation avancent à grand pas. Elles envahissent le périmètre de protection de cette station. Cette occupation illicite entraine une coupe incontrôlée d’arbres. Le déboisement causé expose la nappe d’eau à un assèchement accéléré. Le tarissement de la nappe phréatique s’ensuit, avec conséquence la baisse du niveau d’eau. La station ne pompe plus une quantité d’eau suffisante. La Regideso fournit alors de l’eau à moins de 30% de la population de Lubumbashi ».
La végétalisation de Kimololo, une action salvatrice de sa nappe aquifère
La végétalisation de Kimilolo sauve la nappe aquifère de ce site. Des plantes sont mises en terre. Jean-Pierre Ilunga, d’un air reflétant de l’espoir avec un sourire aux lèvres, ajoute : « La végétalisation maintient un niveau souterrain élevé de l’eau. A cet effet, elle garantit l’accès actuel et futur à l’eau potable à la population Lubumbashi. Grâce au budget global de 375 000 Euros, dont 300 000 de l’AIMF et 75 000 de la mairie de Lubumbashi et d’autres partenaires, le projet de protection des sites de captage d’eau de Lubumbashi en général, et de Kimilolo en particulier, atténue le risque de crise d’eau à Lubumbashi».
Le directeur de l’observatoire régional du changement climatique, Jean-Pierre Djibu, nous a reçu à son bureau pour parler des réalisations du projet Lubumbashi 2030. D’un air radieux avec sa petite voix, il relate : « Ce projet a permis le reboisement de Kimilolo. Il a stoppé la spoliation du périmètre de protection qui, avant le lancement du projet en 2016, a été de moins de 500mètres. Les 1050 arbres plantés sur deux hectares jusqu’en 2019 absorbent le CO2. Ils contribuent aux efforts globaux d’atténuation des effets du changement climatique ». Le site de Kimilolo a retrouvé sa verdure et sa végétation d’entant.
Quant à Mamie Ndaya, chercheuse en environnement, elle estime que la population doit être sensibilisée à l’importance de la protection des sites de captage d’eau, car la protection de son périmètre demeure un défi permanent face au non-respect des normes de lotissement de Lubumbashi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *