Un conflit armé aux mobiles économiques à l’Est de la RDC

Le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et son partenaire Ebuteli ont publié un rapport sur les racines de cette violence qui se vit dans l’Est de la RDC. Dans ce dernier rapport publié en ce mois de juin 2022, GEC explique les interactions entre la politique, la violence et l’économie politique à l’Est de la RDC.
Depuis deux décennies, l’Est de la RDC est en proie à des troubles armés. En novembre 2021, la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) , chassé en 2013 par les FARDC, a resurgi. Il a relancé des attaques contre le gouvernement congolais dans la zone située à l’ouest des frontières ougandaise et rwandaise. Mais , ces attaques se sont intensifiées en mai 2022. Et c’est lorsque la rébellion a pris Rumangabo, le plus grand camp militaire du Nord-Kivu. Selon ce rapport, des indices crédibles suggèrent que le gouvernement rwandais soutient l’offensive du M23.
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Des intérêts économiques ougandaises
Pour ce rapport, l’un de facteur qui a fait dégénérer la situation est le déploiement des Forces de défense populaires de l’Ouganda (UPDF). Ceux-ci avaient pour but de mener des opérations aux côtés de l’armée congolaise dans deux provinces. Il s’agissait de la province du Nord Kivu et de l’Ituri. Selon le gouvernement ougandais, ces opérations ont été lancées afin de démanteler les Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé islamiste.
Le rapport révèle que cette opération militaire a visé aussi à protéger les gisements de pétrole. Mais aussi de protéger les infrastructures de l’Ouganda autour du lac Albert,. Et également construire des routes pour développer un marché pour les exportations ougandaises. En effet, selon ce rapport, tout porte à croire que tant le gouvernement ougandais que des entreprises privées, tous tirent profit des opérations militaires. Principalement, elles permettent à Dott Services, une entreprise de construction ougandaise, et à Total Energies, une compagnie pétrolière française, de promouvoir leurs intérêts.
Museveni et son commerce
Le président Yoweri Museveni a fait du commerce et du pétrole la pierre angulaire de sa stratégie économique et politique. Avec une population jeune en perpétuelle augmentation, la croissance économique est essentielle pour son gouvernement. L’intervention ougandaise a déjà eu des répercussions géopolitiques de grande ampleur. L’opération a irrité le Rwanda . Ainsi, ce pays a réactivé la rébellion du M23.
Depuis le lancement des opérations, le gouvernement ougandais les présente comme un succès. De même, le porte-parole des FARDC, le général de division Kasonga, a affirmé le 27 mars que « tous les sanctuaires, tous les quartiers généraux, toutes les places fortes des ADF ont été détruits et les environs pacifiés ». Selon ce dernier, ceux qui sont restés constituent une fraction des « criminels », rescapés des frappes.
Bien que le nombre d’attaques des ADF ait diminué, la violence , elle, persiste depuis février 2022.
Le Rwanda sent la menace
À peu près au même moment , le gouvernement congolais a également fermé les yeux sur l’entrée de troupes burundaises . Celles-ci prétendaient mener des opérations ciblées contre les rebelles burundais du RED-Tabara. Cette opération ²a commencé en décembre 2021 et s’est poursuivie jusqu’en 2022.
En effet, alors que l’Ouganda et le Burundi ont pu mener des opérations militaires en RDC, ce n’était pas le cas du Rwanda. En conséquence, le Rwanda s’est senti marginalisé. Et a même perçu les interventions de son voisin comme une menace. À ce propos, le président Kagame a exprimé à de nombreuses reprises son inquiétude ainsi que sa déception de ne pas être inclus dans l’opération militaire contre les ADF. Il a souligné la nécessité d’une collaboration. Il a surtout expliqué qu’il existe un lien direct entre les ADF, les FDLR et d’autres groupes armés.
Un sommet pour rien ?
Le sommet de Nairobi du mois d’ avril 2022 peut être considéré comme un moyen de résoudre ces tensions. Dans une déclaration conjointe, la RD Congo, le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda et le Kenya ont annoncé des négociations politiques ainsi qu’une action militaire contre les groupes armés en RD Congo. D’un commun accord, ces pays ont exigé que « tous les groupes armés étrangers en RDC désarmé. Et leur ont demandé de retourner sans condition et immédiatement dans leurs pays d’origine respectifs ».
Le groupe d’Étude sur le Congo a démontré que les tensions entre le Rwanda et l’Ouganda remontent en 1999 et 2000. Pendant cette période, ces deux guerres au cours desquelles ces pays se sont affrontés sur le sol congolais. Bien qu’il y ait eu un rapprochement récent, avec la réouverture du poste frontière de Gatuna fin janvier 2022, l’état des relations entre Kigali et Kampala reste difficile à évaluer.
Les projets de construction de routes, en particulier la route de Rutshuru à Goma, sont également soupçonnés de constituer une menace pour la sphère d’influence du Rwanda dans l’est de la RDC. Un certain nombre de diplomates et d’analystes ont expliqué que cette route est considérée comme une ligne rouge par les