RDC : Félix Tshisekedi accuse le Rwanda de violer l’accord de paix fraîchement signé

RDC : Félix Tshisekedi accuse le Rwanda de violer l’accord de paix fraîchement signé

Le président de la République démocratique du Congo Félix Tshisekedi a livré, ce lundi 8 décembre, un discours devant la Nation.  Il y a dénoncé ce qu’il qualifie de violation immédiate de l’accord de paix signé à Washington et ratifié le 4 décembre entre la RDC et le Rwanda. Une prise de parole qui marque un tournant dans une séquence diplomatique déjà fragile.

Felix Tshisekedi a rappelé le contenu des engagements pris à Washington. Il s’agit notamment du retrait total des forces rwandaises, du démantèlement des groupes armés étrangers, y compris les FDLR, et de la mise en place d’un mécanisme conjoint chargé de superviser l’exécution de l’accord. Cet acte, selon lui, devait ouvrir « un chemin nouveau, exigeant certes, parfois difficile, mais un chemin où la paix est à nouveau à portée de main ».

Pour le gouvernement congolais, cet accord ne représente ni une concession ni une fragilisation de la souveraineté nationale. Tshisekedi a insisté.  « Ces accords ne consacrent aucune forme de partage de notre souveraineté. Ils ne valident ni les prétentions territoriales de qui que ce soit », a-t-il martelé.

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Félix Tshisekedi accuse Kigali d’avoir brisé le cessez-le-feu.

Très vite, le ton change. Le président congolais affirme que, dès le lendemain de la signature, des unités des Forces de défense du Rwanda auraient mené ou appuyé des attaques depuis Bougarama, en territoire rwandais. Il évoque des tirs à l’arme lourde visant Kaziba, Katogota et Lubarika, au Sud-Kivu. Selon lui, ces offensives ont causé des « dégâts humains et matériels » importants et ont rompu le cessez-le-feu.

Felix Tshisekedi rappelle que deux rapports du Groupe d’experts des Nations Unies, publiés les 23 juin et 19 septembre 2025, concluent que les RDF « exercent la direction et le contrôle effectif des opérations de l’AFC/M23 ». Une affirmation lourde de conséquences puisqu’elle engage directement la responsabilité de l’État rwandais.

Face à cette situation explosive, Tshisekedi a réaffirmé quatre priorités : obtenir le retrait total et vérifiable de toutes les forces étrangères, couper les circuits financiers de la guerre, notamment l’exploitation illicite des ressources, protéger les civils, en particulier les femmes et les enfants, ancrer une paix durable grâce à la restauration de l’autorité de l’État et au développement local.

Dans son discours, il a également détaillé les efforts militaires engagés. C’est notamment la réorganisation des commandements, le renforcement du renseignement et la lutte contre les réseaux de contrebande. Une manière de rappeler que la paix ne dépend pas uniquement des accords. « La paix véritable ne viendra ni du seul rapport de force militaire, ni des seules signatures diplomatiques. Elle prendra corps dans le quotidien retrouvé […] lorsque l’autorité publique se réinstalle. »

Entre diplomatie et fermeté

Malgré les tensions, le Président assure maintenir le cap diplomatique. « La République démocratique du Congo […] privilégiera la voie diplomatique mais ne renonce ni à sa souveraineté ni à la sécurité de ses citoyens. ». Le message est clair : Kinshasa ne tournera pas le dos aux accords, mais n’acceptera pas qu’ils soient vidés de leur sens par des violations répétées.

En accusant le Rwanda d’avoir rompu le cessez-le-feu quelques heures après la ratification de l’accord, Félix Tshisekedi rappelle l’extrême fragilité de la situation à l’Est. La dynamique diplomatique engagée depuis avril reste intacte, mais elle se heurte déjà à une réalité brutale : la persistance du conflit sur le terrain. Pour l’instant, Kinshasa dit rester engagée. Mais la confiance, quant à elle, vacille.