RDC-culture: les photos de Boma de retour, un pas vers la restitution?
Depuis une semaine, la ville de Boma située au bord du fleuve Congo à l’ouest de la RDC accueille une exposition photos. Celle-ci présente pour la première fois, les photographies prises dans cette ville il y a un siècle. Ce projet intitulé BOMACAPITALE est réalisé en partenariat entre l’Université Président Kasa-Vubu , l’Université de Kinshasa et le Musée royal de l’Afrique centrale , MRAC, avec le soutien de la Coopération belge au développement. Peut on parler d’ un début du processus de la restitution ? La question reste posée.
Le parc située en face de la mairie de Boma dans la province du Kongo central abrite une exposition en plein air. En effet, 70 photographies de la ville , première capitale de l’État indépendant du Congo, puis du Congo belge ont été imprimée sur des bâches. Le public vient admirer ces photos prises entre 1880 à 1930 . Elles sont tirées des archives du Musée Royal d’Afrique centrale en Belgique. D’autres proviennent du musée du KADOC dans la ville de Leuven toujours en Belgique.
L’exposition retrace ainsi la transformation de Boma au fil des années. Cette bourgade est passée d’un ensemble de villages à un centre politique, administratif et économique, indique le MRAC dans son communiqué. A travers ces photos prises à l’époque coloniale , l’on peut lire les motivations, les émotions et le message que voulaient faire passer les photographes Européens de l’époque.
Patrimoine partagé
L’exposition de Boma permet au public Congolais d’entrer en contact avec une partie de son patrimoine qui est conservée au MRAC. Pour le Musée royal , ce projet traduit ainsi la volonté de partager un patrimoine commun entre la Belgique et la RDC, a déclaré Hein Vanhee, coordinateur du projet pour le MRAC.
« Tout comme la notion même de “patrimoine”, son caractère “partagé” ne peut que résulter d’un processus. Celui-ci commence par la restitution visuelle de ces images photographiques anciennes à Boma. Il se poursuit dans la lecture critique et collective qu’en proposent ses habitants ».
Cette démarche, pousse néanmoins à la réflexion du coté Congolais. Patrick Mudekereza, chercheur Congolais sur des questions de restitution estime que c’est tout de même une avancée .
» On peut dire que le Congo a décidé de s’engager dans une démarche de reconstitution du patrimoine. Donc , dit-il, ce projet qui permet de discuter sur le patrimoine national est important.
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Vers une restitution du patrimoine culturel ?
Si le MRAC continue à soutenir l’idée du partage du patrimoine entre la RDC et la Belgique, certains acteurs culturels et chercheurs Congolais militent plutôt pour une restitution physique de certains objets du patrimoine. Pour, une restitution visuelle ne suffit pas.
Je pense qu’on peut difficilement parler de « restitution » dans ce cas, soutient Patrick Mudekereza. Il craint par ailleurs que le mot » Restitution » prenne un sens figuré. » Mon avis personnel est que certains adjectifs qu’on ajoute au mot restitution change complètement le contexte. Quand on parle de restitution numérique/digital, ce n’est pas une restitution. C’est plutôt une amélioration de l’accès aux objets culturels.
Pour lui, la position de la Belgique et même du MRAC doit être clair. Les communautés africaines et Congolaises ont le droit de possession sur leurs objets culturels. » Soit on restitue, et on accepte de perdre la propriété et la garde pour les accorder à l’ayant-droit, dit- il encore.
Patrick Mudekereza estime par ailleurs que l’expression « patrimoine partagé »est soulève des questions. Qui partage avec qui? Qui décide de la valeur, de l’accès, de la limitation pour raison de conservation? »C’est assez difficile de partager lorsque les conditions ne sont pas équitables », indique cet acteur culturel.
Il faut noter que l’exposition photos sur la ville de Boma est une première étape d’un processus plus vaste. En 2026, BOMACAPITALE lancera un programme de science participative, invitant les habitants de Boma à enrichir les archives de ces photographiques. Il s’agira en effet de identification de lieux, de la transmission de récits familiaux et des interprétations communautaires. Ce travail renforcera le lien entre patrimoine visuel, mémoire locale et recherche scientifique, indique le MRAC.

