USA-RDC: Kinshasa fait une offre minière juteuse à Washington
A la suite des accords USA-RDC sur la transformation économique signés à Washington en décembre dernier, la RDC vient de faire une proposition juteuse aux investisseurs américains. Kinshasa leur propose les actifs publics dans six projets miniers. Selon l’agence Reuters, les discussions sont en cours à Washington. Pendant ce temps, les réactions au sein de la société civile Congolaise se multiplient.
La RDC passe à une vitesse supérieure dans ses accords économiques avec les USA. En effet, le pays a déjà sélectionné des actifs miniers stratégiques à proposer aux investisseurs américains. Ces actifs sont tirés des entreprises publiques minières et para-publiques. C’est notamment le permis d’exploitation du manganèse, de l’or et de la cassitérite de la société Kisenge Manganèse. Ensuite, il y a la mine non encore exploitée de Mutoshi à Kolwezi. Déjà la Gécamines se dit prête à racheter cette mine de l’entreprise Chemaf pour la proposer aux investisseurs américains.
D’autres actifs miniers que Kinshasa met sur la table sont le permis de la société STL sur l’extraction du Germanium, celui d’exploitation de la SOKIMO société de Kilo moto qui extrait de l’or et ainsi que celui de la Sakima à Bukavu. De plus, la Gécamines a déjà signé un contrat avec la Société américaine de financement du développement un accord pour la vente de 100 000 tonnes de cuivre. Cette quantité représente ainsi sa participation dans l’entreprise TFM.
Une proposition qui soulève des questions
Au sein de la société civile Congolaise, la proposition de Kinshasa faite aux investisseurs Américains suscitent des réactions.
« CASMIA est très préoccupée par toutes ces offres que la RDC est en train de faire aux investisseurs américains « , déclare maitre Shadrack Mukad, directeur de cette organisation. Et cette structure citoyenne se demande » Que devient la RDC? » Dans d’autres nations, dit-il, le pays a sa propre politique de gestion de ses minerais. « Cependant, en RDC, on brade tout. Où est notre souveraineté si toutes nos ressources ne sont exploitées que par des étrangers, » s’interroge-t-il. L’ONG CASMIA ne comprends pas que la RDC ne cherche à n’avoir que le rôle d’un collecteur d’impôts et de redevances.
Pour maitre Donat Kambola, un gisement qui n’est pas exploité ne profite pas au pays. Cependant, le directeur de l’ONG IBDG soulève une question qu’il juge fondamentale, celle de la vision de la RDC sur ses minerais. « Qu’est ce que le pays gagne en mettant sur la table ses ressources minières ? «
D’autres chercheurs comme maitre Joseph Dunia, ancien bâtonnier au barreau de Goma estiment que la recherche de la paix devrait primer sur l’exploitation des ressources naturelles. » Céder ou vendre des actifs miniers alors que le pays est en guerre , la démarche est biaisée« , estime maitre Joseph Dunia. « Ceux qui veulent les minerais du Congo devraient d’abord aider le pays à recouvrer sa stabilité« , insiste-t-il.
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La RDC coincée entre la chine et les États Unis?
Depuis ces dernières décennies, la chine est devenue la première puissance mondiale dans le secteur minier. En effet, ce pays a atteint ce sommet grâce aux minerais exploités en RDC. La chine contrôle tous les gros gisements Congolais du cuivre, du cobalt et même du lithium. Face à cette situation, les États Unis cherchent à se défaire de la dépendance vis à vis de la Chine. Le pays de Trump veut à son tour se constituer des réserves en minerais critiques. Ainsi, la carte se joue en RDC, pays aux potentialités immenses en ressources naturelles.
« Aujourd’hui, les Américains veulent aussi se tailler leur part du gâteau Congolais. Où est la part de la RDC ? s’indigne maitre Shadrack Mukad , directeur de l’ONG CASMIA.
Cette organisation basée à Kolwezi estime qu’entre les deux puissances mondiales, la RDC doit trouver sa place. La république devrait plutôt encourager ses entreprises minières publiques à lever des fonds afin qu’elles se relèvent, indique-t-elle. Ainsi ces sociétés publiques auront des moyens pour exploiter les ressources naturelles congolaises. « C’est de cette manière que le développement d’un pays est garanti« , soutient maitre Shadrack Mukad.
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Partenariat USA-RDC sans participation citoyenne ?
Alors que la question sur la proposition de Kinshasa à Washington fait débat, les discussions sur la mise en œuvre du partenariat économique USA-RDC se tiennent dans la capitale Américaines. Selon l’agence Reuters, la délégation congolaise est composée du vice premier ministre en charge de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, ainsi que les ministres des Affaires étrangères, des Mines et des Finances.
Pour l’ONG IBDGH, cette démarche ne devrait pas être portée uniquement par la présidence et le gouvernement Congolais. Étant une question de souveraineté, la participation citoyenne s’avère importante, indique maitre Donat Kambola. » Il faut un débat citoyen et un débat national autour de cette question. Mais on a l’impression que le pouvoir actuel tient uniquement à la stabilité de son régime plutôt qu’au développement du pays », dit-il.
De son coté, Maitre Joseph Dunia pense que le business USA-RDC se fait uniquement au profit de l’élite Congolaise. « Ce partenariat n’inclue pas les volets infrastructures ainsi que l’amélioration des conditions de vie socio économiques de la population. Pourtant, c’est là qu’il y a urgence » indique-t-il
Pendant ce temps, un collectif d’avocats Congolais et de défenseurs des droits humains a saisi la cour constitutionnelle. Ils sollicitent l’annulation de l’accord de partenariat stratégique USA-RDC car selon eux, cet accord viole les dispositions constitutionnelles. En outre, ce groupe des citoyens allègue que cet accord viole le principe d’approbation du peule soit par la voie parlementaire soit par référendum.

