Vaccin BCG : administration sans cicatrisation, doit-on s’inquiéter ? (enquête)

Vaccin BCG : administration sans cicatrisation, doit-on s’inquiéter ? (enquête)

Le vaccin BCG figure parmi ceux administrés aux nouveaux nés juste après la naissance. Contrairement à certains vaccins, le BCG laisse une cicatrice sur le bras. Cependant, à Lubumbashi, chez certains enfants, la cicatrice n’est pas visible. S’agit-il d’une réaction normale de l’enfant au vaccin ou d’une conséquence de la mauvaise administration ? 

Le BCG est en effet utilisé pour protéger le nouveau-né contre la tuberculose.  L’Organisation Mondiale de la Santé, recommande le vaccin BCG pour prévenir les formes graves de la tuberculose.

L’OMS indique que la dose standard du vaccin BCG est de 0,05 ml de vaccin pour les nourrissons âgés de moins d’un an. Tandis que ceux âgés de plus d’un an reçoivent une dose de 0,1 ml. Le vaccin BCG peut être administré en toute sécurité en même temps que d’autres vaccins. Toutefois, le meilleur moment pour protéger l’enfant contre la tuberculose, c’est à la naissance, soutient Florence Mujinga, vaccinatrice à l’hôpital Hakika de la commune Ruashi à Lubumbashi. « Administrer le BCG à un enfant de plus d’une année, le produit n’aura pas d’efficacité comme à la naissance », dit-elle.

Au cours de ces cinq dernières années, la République démocratique du Congo a connu plusieurs cas de rupture du stock du vaccin BCG et des seringues. Par exemple, en 2023 et début 2024, plusieurs provinces, y compris le Haut-Katanga, n’étaient pas approvisionnées. Au cours d’un briefing organisé en 2025, le docteur Blaise Kalenga du PEV avait déclaré que la couverture vaccinale était faible, soit un taux de 38 % sur l’ensemble du pays. La province du Haut-Katanga a enregistré un taux de 33 % d’enfants vaccinés en 2023, soulignait-il.

 

Processus de la vaccination du BCG

Le vaccin BCG est administré strictement par voie intradermique à la naissance du nourrisson. D’après Florence Mujinga, infirmière de 22 ans de carrière dans la vaccination, l’injection du BCG nécessite l’usage d’une aiguille courte et fine (26 G, 15 mm). Cette dernière est insérée presque à plat juste sous la surface de la peau sur la partie intérieure de l’avant-bras gauche. Le but est de créer une papule blanche (effet peau d’orange) de 5-8 mm. La procédure veut aussi que le vaccinateur tienne la seringue à un angle de 5 à 15 degrés par rapport au point d’injection, explique-t-elle encore.

Florence Mujinga souligne que lors de l’injection de la solution, le prestataire de santé doit sentir une certaine résistance. Il doit également s’assurer de l’apparition d’une petite surélévation de la peau ou d’une petite bulle. C’est ce qui indiquera que le liquide a bien été injecté dans le derme. Ainsi, ce vaccin ne doit pas être injecté dans la chair ou le nerf de l’enfant.

D’après le docteur Blaise Kalenga du programme élargi de vaccination, PEV, lorsque le BCG est mal administré, il y a des conséquences. C’est notamment le gonflement ou l’apparition d’une plaie sur la peau.

BCG et la cicatrisation

Susanne Banza a 9 enfants, parmi lesquels un bébé de 8 mois. Tous ses enfants ont reçu le vaccin BCG.  Cependant, aucun d’entre eux n’a de trace sur le bras alors qu’elle sait que ce vaccin laisse une cicatrice. Cette mère s’inquiète pour la santé de ses enfants. « Mes enfants attrapent toutes sortes de maladies. En tout cas je crois que c’est à cause du vaccin BCG qui a été mal administré à mes enfants. »

Même inquiétude pour Isabelle Kisula. Son deuxième enfant n’a pas de cicatrice du vaccin BCG. « On l’avait vaccinée à la naissance mais sans cicatrisation. Trois mois après, on a refait la vaccination, mais la cicatrice n’est jamais apparue. Je crois qu’il fallait que je change de vaccinateur. »

Selon le PEV, la cicatrisation après l’injection du vaccin BCG constitue un résultat qui montre que l’immunité se met en place. Ainsi, le processus de la cicatrisation commence par l’apparition d’un petit bouton, une ulcération, puis une cicatrice. Ce que soutient aussi Florence Mujinga, vaccinatrice à Lubumbashi.  « La cicatrisation est très importante et obligatoire. C’est le signe qui montre que le vaccin a été bien administré et qu’il a fait son effet dans le corps de l’enfant. »

Refaire la vaccination ou non ?

Au cas où la cicatrisation n’apparait pas, il est recommandé aux parents de revenir avec le nourrisson à l’hôpital, insiste cette vaccinatrice. « Après la vaccination du BCG, les parents doivent observer attentivement le bébé. Si au bout de trois mois, la cicatrice n’apparait pas, ils  doivent ramener l’enfant pour une nouvelle vaccination du BCG. »

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Pour sa part, le docteur Justin Kalume, médecin généraliste à Lubumbashi, nuance sur la cicatrisation ou non. « Si les parents ne voient pas la cicatrice, ils doivent faire le test sur l’effectivité de l’administration du BCG. Cet examen s’appelle la « tuberculine », dit-il. Et d’ajouter : « Cet examen permet d’examiner l’immunité de l’enfant face à la tuberculose. Il permet de s’assurer que le vaccin a été bien fait malgré l’absence de la cicatrice. »

Les formations sur les techniques de vaccination

Par ailleurs, le docteur Justin Kalume a soulevé le problème de la formation des vaccinateurs. Pour lui, il est nécessaire d’organiser les formations de remise à niveau des infirmiers. Et ces formations doivent être axées sur les techniques de vaccinations, singulièrement celle du BCG. Ainsi, seront résolus les dérapages observés ces derniers temps, estime-t-il.

De son côté, le docteur Blaise de PEV dans le Haut-Katanga indique qu’à chaque introduction d’un nouveau vaccin, on prévoit aussi des formations des formateurs.  « Nous formons les équipes de bureaux centraux des zones de santé. C’est à ces derniers que revient la charge de former les infirmiers.

« Effectivement, confirme Delile Lumbala, médecin-chef de zone de santé Ruashi. « Lorsqu’il y a un nouveau vaccin, nous commençons par former les prestataires. Ainsi, ils peuvent prendre connaissance du vaccin, de l’antigène qui le compose, de la voie d’administration et de la conservation. »

Toutefois, l’OMS estime aussi qu’il est important que les prestataires de santé soient formés à l’administration du vaccin BCG.