8 mars: les femmes au foyer entre valorisation et frustration

8 mars: les femmes au foyer entre valorisation et frustration

Après plus de cinq décennies, le 8 mars demeure une date consacrée à la sensibilisation sur les droits des femmes, À Lubumbashi, cette journée renvoie cependant à des réalités diverses pour les femmes au foyer. Entre celles qui comprennent les enjeux de la promotion des droits des femmes et celles qui n’en savent pas grand-chose, toutes se préparent à célébrer cette journée.

Lorsqu’on parle aux femmes au foyer de la célébration du 8 mars, un mot revient avec insistance. Il s’agit de « l’honneur« , en lieu et place du droit. Pour plusieurs d’entre elles, le 08 mars est avant tout une occasion de mettre la femme à l’honneur. Elles estiment mériter cette reconnaissance au regard du rôle central qu’elles jouent au sein du ménage.

Mymy Tshabu, rencontrée à son domicile en train de laver les uniformes de ses enfants, voit dans cette date un moment de considération. Selon elle, la femme au foyer assume l’essentiel des charges domestiques, l’éducation des enfants et, bien souvent, la gestion du budget familial. Un travail invisible et non rémunéré, qui mérite d’être reconnu publiquement.
« Les maris doivent nous acheter les pagnes pour que nous puissions fêter. Nous jouons un grand rôle dans nos ménages », affirme-t-elle. Une autre jeune femme soutient que le 08 mars, il faut à tout prix mettre une nouvelle tenue.  Son pagne est déjà chez le couturier. « C’est la journée des mamans. C’est obligatoire de mettre un nouveau pagne« , dit-elle aisément.

08 mars, une frustration pour certaines

Dans la commune de la Ruashi, toutes les femmes au foyer ne partagent toutefois pas cet enthousiasme. Certaines estiment que cette célébration reste symbolique, limitée aux pagnes et aux discours, sans impact réel sur leur quotidien.

Justine Monga, mère de huit enfants, rencontrée dans sa cuisine, considère que cette journée valorise surtout les femmes travailleuses. Pour les femmes au foyer, dit-elle, rien ne change concrètement sur la reconnaissance de leurs droits.
Elle confie vivre le 08 mars dans la discrétion. Son époux, explique-t-elle, refuse toute idée d’émancipation féminine. Malgré les réformes légales intervenues en RDC, son mari reste attaché aux pratiques traditionnelles.
« Je subis beaucoup de violences verbales. Si je parle du 8 mars, mon mari devient furieux. Ce qu’on dit à la télévision sur les droits des femmes ne signifie rien pour lui », déplore-t-elle.
Pour Justine, l’esprit du 08 mars devrait se vivre au quotidien, à travers le respect, l’équité et une réelle valorisation du rôle des femmes au foyer.

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D’autres constatent un changement

D’autres voix se montrent plus optimistes. Isabelle Kabika considère le 8 mars comme un temps de réflexion. Selon elle, cette date ouvre le débat dans les foyers et les communautés sur le partage des responsabilités domestiques et la lutte contre les violences conjugales.
Elle affirme observer une évolution progressive des mentalités. « J’ai constaté un changement dans le comportement de mon mari depuis que son entreprise les sensibilise aux droits et aux valeurs des femmes », témoigne-t-elle.

De son côté, Dorcas Kazadi, facilitatrice dans la promotion des droits des femmes, annonce l’organisation prochaine de séances de sensibilisation sur les droits des femmes. Ces activités, prévues dans des églises et relayées par les médias, visent également les femmes au foyer. En attendant cette célébration, des centaines de femmes travailleuses et celles au foyer se préparent. Certaines s’organisent en groupe pour passer cette journée ensemble. Par contre les structures féminines, elles, prévoient plusieurs activités sur la promotion des droits des femmes. Pour le Haut-Katanga, le lancement officiel des activités du mois de mars aura lieu lundi le 09 dans la ville de Kasumbalesa;