RDC: un plaidoyer pour sécuriser les services vitaux de santé sexuelle
La RDC fait face à une crise humanitaire persistante. Elle affecte directement la santé et la sécurité des femmes et des filles. Dans ce contexte, plusieurs organisations humanitaires et partenaires du secteur de la santé appellent à sécuriser les services vitaux de santé sexuelle et reproductive. Ce plaidoyer s’inscrit dans le cadre du Plan de Réponse et des Besoins Humanitaires (HNRP) 2026, qui met en évidence l’ampleur des besoins et la nécessité d’une mobilisation urgente de ressources pour protéger la vie des femmes et des adolescentes.
Selon le HNRP 2026, près de 14,9 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire en RDC. Pour répondre à ces besoins, les acteurs humanitaires estiment qu’un financement global de 1,4 milliard de dollars est nécessaire. Dans le secteur de la santé, environ 7,5 millions de personnes présentent des besoins importants pourtant la réponse prévoit d’assister 2,5 millions de personnes. Parmi ces bénéficiaires, près de 425 000 femmes en âge de procréer nécessitent un accès urgent aux services de santé sexuelle et reproductive.
Cependant, l’accès à ces services demeure fortement limité, en particulier dans les provinces touchées par les conflits armés. Dans l’Est du pays notamment au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri les populations rencontrent de nombreuses difficultés pour accéder aux soins. Au Tanganyika et au Maniema et dans certaines zones du Grand Bandundu la situation est similaire. Les coûts élevés des services, les longues distances vers les structures sanitaires freinent l’accès aux soins. La dégradation de la qualité des soins constitue aussi un obstacle majeur pour les femmes enceintes et les jeunes filles.
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La mortalité maternelle en hausse en RDC
De plus, pour les organisations humanitaires tels que UNFPA Cluster Santé, cette situation contribue directement à l’augmentation des décès maternels. Les données de l’enquête démographique et de Santé 2023-2024 indiquent que le ratio de mortalité maternelle en RDC a atteint 746 décès pour 100 000 naissances vivantes. La majorité de ces décès survient dans les 48 heures suivant l’accouchement. Cette période est particulièrement critique. Elle nécessite la présence de personnel qualifié et l’accès rapide à des soins obstétricaux d’urgence.
En outre, la situation sécuritaire continue d’exposer les femmes et les filles à un niveau élevé de violence sexuelle. Les organisations humanitaires rapportent que plus de 80 000 cas de violences sexuelles ont été documentés entre janvier et septembre 2025. Malgré l’ampleur de ce phénomène, l’accès aux services de prise en charge clinique du viol reste très limité dans plusieurs zones affectées par les conflits.
Investir dans la santé sexuelle des adolescents et intégrer le soutien mentale
Les organismes mettent en évidence la nécessité d’investir davantage dans la santé sexuelle des adolescents. Dans plusieurs provinces de l’Est du pays, les grossesses précoces constituent un facteur important de mortalité maternelle. Les données disponibles indiquent qu’environ une adolescente sur cinq âgée de 15 à 19 ans a déjà été enceinte. Au Nord-Kivu, le taux de natalité chez les adolescentes atteint 73 pour mille. Cette situation est souvent liée à la violence sexuelle, au manque d’information et à l’accès limité aux services de planification familiale.
Par ailleurs, les organisations humanitaires soulignent l’importance d’intégrer le soutien en santé mentale dans les services de santé sexuelle et reproductive. Selon un rapport de l’OMS la RDC ne compte qu’environ 0,01 psychologue pour 100 000 habitants. Cette réalité révèle un déficit important de soutien psychosocial pour les survivantes de violences sexuelles.
105,3 millions de dollars sont nécessaires pour assurer les services essentiels
Les partenaires du secteur de la santé alertent également sur l’impact des réductions de financement sur la capacité du système sanitaire à répondre aux besoins. Selon le Groupe de travail sur la santé sexuelle et reproductive, la suspension d’un financement international majeur en 2025 a entraîné une baisse d’environ 36 % du financement global du secteur de la santé. Ce phénomène a provoqué la perturbation ou la suspension temporaire de plus de la moitié des interventions de santé sexuelle et reproductive dans plusieurs régions du pays.
C’est dans ce contexte que les partenaires humanitaires plaident pour une mobilisation urgente des ressources nécessaires. Afin de permette la mise en œuvre de la réponse sanitaire prévue dans le HNRP 2026. Les organismes estiment que 105,3 millions de dollars sont nécessaires pour assurer les services essentiels. C’est notamment les soins maternels et reproductifs, la prise en charge des violences basées sur le genre. Il va aussi faciliter la continuité des traitements pour les personnes vivant avec le VIH.
Ainsi, les organisations humanitaires rappellent que garantir l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive constitue un élément essentiel pour sauver des vies. Et ceci permet de protéger les droits des femmes et des filles en RDC. Sans un financement adéquat et une coordination renforcée entre les partenaires la crise actuelle risque d’aggraver davantage la vulnérabilité des populations les plus exposées indiquent elles.

