RDC : une raffinerie d’or aux ambitions irréalisables?

RDC : une raffinerie d’or aux ambitions irréalisables?

Il y a une dizaine de jours, la RDC a inauguré dans la ville de Kalemie, en province du Tanganyika , sa toute première affinerie d’or. La DRC GOLD Refinery S.A. est issue d’un partenariat entre l’entreprise publique DRC GOLD TRADING S.A. et la société LUNGA MINING. Selon ses responsables, cette raffinerie a une capacité de 500 à 600 kilogrammes d’or par mois. Cependant, cette ambition de la RDC à procéder à la transformation locale de ses minerais soulève plusieurs questions, estiment les acteurs de la société civile.

La première question porte sur les sources d’approvisionnement de la raffinerie d’or de Kalemie. En effet, selon les études géologiques datant de l’époque coloniale, la province du Tanganyika ne dispose pas d’un gros gisement d’or. Cependant, ce métal jaune se retrouve dans différents territoires de la province.

Il existe des carrières d’or dans les territoires de Nyunzu, Kabalo, Moba et récemment à Kongolo. Et cette activité aurifère date des années 30 avant l’indépendance’‘, explique Jules Mulya, président de la fédération des entreprises du Congo dans la province du Tanganyika. Ainsi, la DRC Gold Refinery sera essentiellement approvisionnée par des carrières artisanales de ces territoires.

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Une raffinerie d’or avec quelle production locale ?

La raffinerie a une capacité de production estimée entre 500 et 600 kilogrammes d’or par mois. Le processus couvre l’ensemble de la chaîne de valeur. Il part de l’achat de l’or jusqu’à son raffinage et la production de lingots. Certains analystes estiment en revanche que les ambitions de cette unité de production dépasseraient les réalités locales. En effet, sans un gros gisement d’or, le président de la FEC Tanganyika pense qu’il est difficile d’atteindre cet objectif.

Faisant référence aux statistiques du musée de Tervuren, Jules Mulya rappelle qu’entre 1933 et 1957, la région du Tanganyika n’avait produit que 5 tonnes d’or. Ce qui représente une production de 5 000 kg en 20 ans, soit une moyenne de 250 tonnes par an. Cet opérateur économique ne croit pas beaucoup à une production mensuelle de la raffinerie de 500 à 600 kg. « Moi je m’attends plutôt à une production mensuelle allant de 100 à 150 kg . C’est la moyenne même si on arrive à éliminer complètement la fraude dans le secteur « , dit-il.

Quid de la formalisation et de la gouvernance du secteur ?

Du côté de la société civile, les acteurs se disent préoccupés par les questions de formalisation et de gouvernance de l’exploitation artisanale de l’or. Créer une raffinerie, c’est une très bonne chose pour la RDC, estime Fabien Mayani, chargé du programme au centre Carter. Cependant, il rappelle qu’en amont, le pays n’a pas pris en compte certains paramètres, notamment de formalisation. Ce qui risque une nouvelle fois d’entacher l’or produit par cette unité.

L’exploitation artisanale se déroule de manière informelle. Il n’existe pas de zones d’exploitation artisanale. Donc l’État devait d’abord penser à la création de ces zones. De ce fait la raffinerie sera approvisionnée par l’or qui provient des zones légales, indique Fabien Mayani.

De plus, cet acteur de la société civile attire l’attention sur les conditions de travail des orpailleurs ainsi que sur leur sécurité. Aussi, l’État devrait penser à harmoniser avec les exploitants et les coopératives la question du prix ainsi que de la teneur. Enfin, la protection de l’environnement dans les zones d’exploitation d’or doit être prise en compte.

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Pour les acteurs de la société civile, toutes ces préoccupations liées à la chaine d’approvisionnement n’ont pas encore de réponses. Pendant ce temps, la raffinerie, elle, est déjà installée au quartier Filtisaf de Kalemie.