Lubumbashi: accord de Washington entre espoir et crainte

Lubumbashi: accord de Washington entre espoir et crainte

Une table ronde consacrée au partenariat stratégique entre la République démocratique du Congo et les États-Unis s’est tenue ce mardi 07 à Lubumbashi, à l’initiative de l’International Republican Institute (IRI). L’activité a réuni les femmes de la société civile, les professionnelles du secteur minier et les journalistes. Objectif était de décrypter les contours de cet accord encore peu connu du grand public, mais aux implications majeures pour le pays.

L’accord de Washington  s’inscrit dans une dynamique globale de recomposition géopolitique autour des minerais stratégiques, a indiqué Jibu Mamy, le consultant de IRI.
En effet, l’accord  est structuré en onze grands points. Parmi eux, le volet économique qui a été décrit comme « la clef de voûte du dispositif ». Il prévoit notamment une diversification des investissements, ainsi que le développement d’infrastructures structurantes. Dans le même temps, des accords bilatéraux impliquant la RDC, les États-Unis et le Rwanda ont été évoqués comme une « garantie américaine » pour la stabilité régionale.

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Des zones d’ombre

Par ailleurs, l’orateur a insisté sur les piliers du partenariat. Sur le plan minier, il est question d’un accès privilégié des entreprises américaines aux gisements de cuivre et de cobalt. Sur le plan sécuritaire, les États-Unis envisagent de former et d’équiper les Forces armées de la RDC, notamment face aux conflits persistants dans l’Est du pays. Enfin, sur le plan économique, l’ambition affichée est de stimuler la croissance à travers des investissements ciblés.

Cependant, des zones d’ombre subsistent. La question de la gouvernance interne à la RDC a été qualifiée « d’éléphant au milieu de la pièce ». Autrement dit, sans réformes structurelles et une meilleure gestion publique, les bénéfices attendus pourraient être compromis. De même, la realpolitik rwandaise, décrite comme fidèle à la doctrine du président Paul Kagame, suscite des interrogations sur les équilibres régionaux.
Au-delà des aspects techniques, l’accord répond aussi à des enjeux stratégiques plus larges. Pour la RDC, il s’agit de valoriser ses ressources en dehors du circuit chinois, tout en cherchant une réponse à la crise sécuritaire dans l’Est. Pour les États-Unis, l’objectif c’est de sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques nécessaires aux nouvelles technologies.

Des réactions contrastées au sein de la société civile

Après l’exposé, plusieurs questions ont émergé, notamment sur les risques et les opportunités liés à cet accord.
Dorothée Mase, présidente de WIM RDC s’est montrée prudente. « Si c’est pour la paix, connaît-on réellement les causes de la guerre en RDC ? », s’est-t-elle interrogée. Elle a mis en garde contre une approche superficielle. « Il ne faudrait pas couper les branches du mal en laissant les racines », a-t-elle insisté. Elle a également soulevé la question de l’inclusivité, regrettant que les communautés locales, les jeunes et les femmes n’aient pas été suffisamment impliqués. Pour elle, le risque majeur reste celui d’une « nouvelle forme de colonisation ».

De son côté, Odile Kalala, coordonnatrice de la fondation chrétienne pour le développement du terroir, a relevé des opportunités économiques. Elle évoque notamment la création d’emplois et la relance industrielle. « Nous espérons revoir des usines installées chez nous comme par le passé », a-t-elle déclaré. Toutefois, elle pointe aussi des zones floues, en particulier concernant certains avantages accordés au Rwanda. Elle insiste enfin sur un défi interne, celui de la gouvernance. « La corruption peut faire capoter cet accord », prévient-elle.

Enfin, Arlette Baswa, assistante à l’ONG OEARSE, a mis en avant les potentiels bénéfices sociaux , notamment en matière d’emploi et de sécurité. Mais elle alerte aussi sur le risque d’instabilité politique si la population ne comprend pas les enjeux de l’accord. Elle redoute également une « paix sans justice ». Sa crainte est de voir que les responsables des violences à l’Est de la RDC ne soient pas inquiétés.

Les recommandations

Ainsi, quelques recommandations ont été formulées. Il s’agit  entre autre de l’appui des Etats-Unis sur la recherche géologique et minière en vue de mettre en evidence les nouveaux gisements miniers. En outre, les participants recommandent de traduire l’accord en plusieurs langues pour faciliter la compréhension. De plus, mettre ensemble les parties prenantes et les communautés locales impactées par l’exploitation minière en vue d’élaborer une vision minière et un plan d’action opérationnel.

Il faut noter que cette table ronde aura permis d’ouvrir le débat sur un partenariat aux multiples facettes. Entre espoir de développement et craintes de dérives, les participantes appellent à plus de transparence, d’inclusivité et de vigilance.