Lubumbashi : la qualité de l’eau d’arrosage au cœur de la sécurité sanitaire des aliments
À Lubumbashi, les légumes issus de la culture maraîchère occupent une place importante dans l’alimentation des ménages. Cependant, la qualité de l’eau utilisée pour leur arrosage soulève des inquiétudes. Entre risques de contamination et manque de contrôle, des nutritionnistes appellent à renforcer les bonnes pratiques afin de protéger la santé des consommateurs.
Dans plusieurs zones maraîchères de Lubumbashi, les producteurs utilisent différentes sources d’eau pour arroser leurs cultures. Certaines proviennent de canaux ou de cours d’eau exposés aux rejets domestiques et à diverses formes de pollution.
C’est notamment le cas de la culture maraîchère pratiquée le long du canal Naviundu, dans la commune de Kampemba. Le matin du mardi, la journaliste du magazine La Guardia a visité plusieurs champs aménagés sur les berges de ce cours d’eau. Sur place, les parcelles regorgent de légumes destinés à l’approvisionnement des marchés de la ville. On y cultive notamment des choux pommés, des choux de Chine, des amarantes ainsi que des oignons.
Interrogée sur les pratiques d’irrigation, la maraîchère Esther Tshitshi affirme que les cultivateurs n’utilisent pas directement l’eau du canal. « Nous utilisons l’eau des puits pour arroser les légumes. Nous ne recourons pas à l’eau du canal Naviundu », explique-t-elle.
Toutefois, les observations réalisées sur le terrain soulèvent des interrogations quant à la qualité de cette eau. Les puits évoqués par les maraîchers sont ouverts à l’air libre et situés à seulement cinq mètres du canal. Or, celui-ci charrie une eau noirâtre dégageant une forte odeur nauséabonde.
Le long de son parcours, le canal sert également de réceptacle à divers déchets ménagers. Des sacs et bouteilles en plastique, des détritus organiques et d’autres immondices y sont visibles. Plus préoccupant encore, certains riverains y déversent les eaux usées provenant de leurs fosses septiques.
Des risques de contamination du champ à l’assiette
Dans ces conditions, le risque de contamination des nappes superficielles alimentant les puits ne peut être écarté. Les eaux utilisées pour l’arrosage pourraient ainsi contenir des bactéries, des virus, des parasites ou d’autres agents pathogènes susceptibles de se déposer sur les légumes cultivés dans cette zone.
Cette proximité entre les puits d’irrigation et une source d’eau fortement polluée soulève donc des questions sur la sécurité sanitaire des produits maraîchers consommés quotidiennement par la population de Lubumbashi.
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Malgré cette exposition, ces légumes à feuilles, sont très appréciés sur les marchés de la ville. Et pourtant, leur surface retient facilement les impuretés transportées par l’eau d’arrosage.
Selon le nutritionniste Étienne Mpoyo, cette pratique représente un risque pour la santé publique. « Lorsque les maraîchers utilisent une eau contaminée pour arroser des aliments consommés frais, notamment les choux utilisés en salade, les consommateurs s’exposent à des maladies d’origine alimentaire », explique-t-il.
D’après lui, les microbes présents dans l’eau peuvent se retrouver directement sur les légumes. Une fois consommés sans précaution, ces aliments peuvent favoriser la propagation de certaines maladies, notamment la fièvre typhoïde.
Le spécialiste recommande ainsi l’utilisation d’une eau saine pour l’irrigation des cultures. Il insiste également sur la nécessité de sensibiliser les producteurs et les consommateurs.
L’eau d’arrosage, un maillon essentiel de la chaîne sanitaire
Par ailleurs, le nutritionniste attire l’attention sur les risques liés à la pollution industrielle minière du cours d’eau. Selon lui, certaines substances chimiques rejetées dans les canaux peuvent contenir des éléments toxiques. Ces résidus peuvent être absorbés par les cultures et se retrouver dans l’alimentation humaine. « Si les légumes sont contaminés par des métaux lourds comme le plomb, la cuisson ne suffit pas toujours à éliminer le danger », prévient-il.
Il estime que l’exposition répétée à ces substances peut entraîner des problèmes de santé à long terme, notamment des intoxications chroniques et certaines formes de cancer.
Face à cette situation, Étienne Mpoyo appelle les autorités à renforcer le contrôle de la qualité des eaux utilisées dans les zones maraîchères. Il plaide également pour une surveillance accrue des activités susceptibles de polluer les cours d’eau.
En attendant, le spécialiste recommande de laver soigneusement les légumes avant leur préparation. Pour les aliments destinés à être cuits, il conseille une cuisson suffisante (30 minutes de cuissons), afin de réduire les risques liés à certains micro-organismes.
A noter que, la sécurité sanitaire des aliments commence dès le champ. À Lubumbashi, l’amélioration de la qualité de l’eau d’arrosage et le respect des bonnes pratiques agricoles apparaissent comme des conditions essentielles pour garantir aux consommateurs des légumes sains et sans danger pour leur santé

