Kalemie: la ville que le lac Tanganyika devore

Kalemie: la ville que le lac Tanganyika devore

Depuis l’année 2023, la ville de Kalemie, dans l’est de la République démocratique du Congo enregistre des conséquences des inondations . Celles-ci sont provoquées non seulement par les fortes précipitations mais également par la montée des eaux du lac Tanganyika. Selon les chiffres officiels, plus de 22 000 personnes ont été affectées et plus de 11 000 maisons ainsi que plusieurs infrastructures ont été détruites. 

Chaque jour qui passe, le lac Tanganyika grignote le littoral. A certains endroits, le banc de sable blanc de la  plage a disparue. Des quartiers sont progressivement engloutis. Et pour les habitants qui vivent encore au bord du Tanganyika, l’inquiétude est devenue un mode de vie.

 

Le quartier DAV de Kalemie ,l’un des plus touchés

 

Au quartier Dav situé entre le marché Maendeleo et la rivière Lukuga est l’un des plus touchés de la ville de Kalemie. En effet, des avenues entières ont été englouties sous les eaux du lac Tanganyika. Le lac a avancé d’environ 20 mètres , constatent certains habitants. Dans certains coins du quartier, les ruines de maisons détruites par les inondations témoignent encore de l’ampleur du désastre.

Par ailleurs, d’autres maisons d’habitation sont encore menacées par le lac. Assise à l’entrée de sa maison, Véronique Kanunu observe le lac qui se rapproche dangereusement de son habitation. impuissante, elle attend son tour pour quitter le quartier.

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« Nous étions à une bonne distance du lac. Devant nous, une dizaine de maisons sont déjà englouties. Aujourd’hui, nous sommes en danger » raconte-t-elle. La jeune femme d’une vingtaine d’années indique que son domicile n’est protégé que par les murs de la clôture. En outre, du coté gauche de sa maison, les murs d’une église inondée atténuent les vagues du lac. Comme de nombreux habitants, elle vit dans l’incertitude permanente, au rythme des vents et des variations du niveau de l’eau. » Si les murs de la cloture s’écroulent, nous serons envahis par l’eau et nous serons obligés de déménager’‘, dit-elle.

 Le lac a détruit nos maisons et nos vies

À quelques mètres de là sur la dernière rangée des maisons avant le lac, Esther prépare le repas de sa famille. Sa maison ne se trouve plus qu’à environ un mètre du Tanganyika. Lorsqu’il vente, les vagues atteignent la maison. Les murs sont déjà fissurés et elle craint pour ses enfants.

« Nous sommes inquiets. Au mois de juillet, les vents sont particulièrement forts sur le lac et je me demande si nous allons résister. Ici, le lac a détruit non seulement nos maisons mais aussi nos vies. Les gens ont tout perdu et sont devenus pauvres », explique-t-elle.

Cette dame témoigne que certains de ses voisins ont même perdu la vie à cause du choc subi après l’écroulement de leurs maisons. Au-delà des habitations, les inondations ont endommagé de nombreuses infrastructures essentielles de la ville : écoles, églises, commerces, routes et voie ferrée. Le quartier Kamkolobondo  est également frappée de plein fouet. Même le port public de Kalemie est aujourd’hui menacé par l’avancée des eaux.

Transformer une menace en opportunité

Face à cette situation, une question s’impose : comment faire du lac Tanganyika un moteur de développement plutôt qu’un obstacle au développement urbain ? Cette problématique a été au cœur des discussions lors de la récente édition d’Expo Béton. Ce salon consacré à la construction et à l’aménagement des villes a été organisé à Kalemie.

Pour l’ingénieur Prince Amuri, chercheur spécialisé dans l’aménagement des zones côtières, la première étape consiste à sensibiliser davantage les populations aux réalités naturelles du lac. « Les autorités doivent expliquer à la population que le lac sera toujours avec elle. Son niveau peut monter comme il peut baisser. De ce fait, il faut apprendre à vivre avec cette réalité », souligne-t-il.

De plus, ce chercheur appelle le pouvoir public à mettre en place un système d’alerte précoce. Ce qui permettra d’éviter l’effet surprise chaque fois que le niveau d’eau du lac augmente  ou encore  qu’il y a la tempête.

Une gestion locale et régionale indispensable

Le chef des travaux Prince Amuri soutient également que  plusieurs mesures urgentes s’imposent. Il recommande notamment la réhabilitation des talus c’est – à-dire des ouvrages de protection destinés à freiner l’avancée des eaux. Ensuite, le pays doit mettre en place une politique de curage régulier de la rivière Lukuga , le seul exutoire du lac.  Aussi, dit-il encore,  lac Tanganyika doit être curé à certains endroits.

« Si le lac n’est pas curé, les sédiments vont continuer à s’accumuler, notamment dans la zone portuaire. Ce qui réduira progressivement sa profondeur », prévient-il. Le risque est de voir l’économie de la ville de Kalemie s’effondrer car les gros beautaux ne pourront plus accoster.

Prince Amuri rappelle également que le lac Tanganyika est partagé entre quatre pays : la RDC, la Tanzanie, le Burundi et la Zambie. Pour cette raison, la gestion des risques liés à la montée des eaux ne peut être uniquement nationale. « Certaines questions dépassent la RDC. La gestion du lac doit être collégiale afin de mettre en place une politique durable pour les villes côtières », insiste-t-il.

Le chercheur Prince Amuri appelle à mise  mise en œuvre urgente de ces solutions.  » Sinon, l’ancienne ville construite à l’époque coloniale pourrait disparaitre dans les prochaines vingt ans », conclut-il.