RDC: ces enfants qui ont quitté les mines pour retrouver un avenir
Dans les collines de Kawama et de Kambove dans le Haut-Katanga, les mines artisanales ont longtemps remplacé les salles de classe pour des centaines d’enfants. Chaque matin, certains descendaient dans les carrières avec l’espoir de rapporter quelques milliers de francs à leur famille, au prix de leur santé, de leur sécurité et de leur avenir. Aujourd’hui, quelques-uns de ces enfants se trouvant dans les mines ont quitté les puits pour retrouver les bancs de l’école ou apprendre un métier. Leurs histoires témoignent des progrès réalisés, mais rappellent aussi l’ampleur du défi.
“Je voudrais étudier pour devenir maîtresse, puis, plus tard, ministre de l’Enseignement. Je conseille aux autres filles de quitter les mines, car il y a beaucoup de maladies. ”
À seulement 10 ans, Faïla Nyembo ne parle plus de minerais. Elle parle d’école. Son rêve a remplacé la poussière des carrières. À quelques kilomètres de là, Michel Kavamba Kajoba, 12 ans, imagine déjà un autre futur.” Je voudrais devenir chauffeur des gros véhicules pour aider mes parents, car ils n’ont pas beaucoup d’argent. ”
Ismaël Ilunga, 18 ans, se souvient encore de ses journées passées dans les mines artisanales. ” C’était un travail très difficile. Nous travaillions 24 heures sur 24 pour gagner à peine 20 000 francs congolais par jour. Les plus âgés nous poussaient aussi à consommer les mêmes drogues qu’eux et nous prenaient notre argent. Aujourd’hui, je suis heureux d’être ici. Quand j’aurai terminé ma formation, je compte trouver un emploi ou créer mon propre atelier afin de devenir autonome. “
Un autre jeune, lui aussi retiré des mines de Kawama, résume son parcours en quelques mots : « Grâce à l’UNICEF, je suis aujourd’hui une formation à l’INPP après avoir quitté les mines. »
Ces témoignages raporter par l’UNICEF racontent une autre réalité de l’exploitation minière au Haut-Katanga . C’est celle des enfants qui tentent de reconstruire leur vie après avoir travaillé dans les carrières artisanales.
Une réalité encore alarmante
Selon les données présentées par l’UNICEF, 7 948 enfants ont été identifiés parmi ceux qui travaillaient dans les mines artisanales de Kawama, Kambove et Lubumbashi. Parmi eux figurent 3 688 filles et 4 260 garçons.
L’organisation indique également que près de 3 992 enfants vivent dans les rues de Lubumbashi. Et ces enfants sont exposés à la violence, aux abus et à l’exploitation.
Le tableau est plus large encore. Dans le Haut-Katanga, 83 % des enfants qui travaillent exercent dans des conditions dangereuses. Beaucoup sont privés d’école. D’autres ne possèdent même pas d’acte de naissance . Selon seuls 35,8 % des enfants de la province sont enregistrés à l’état civil. Les filles restent particulièrement vulnérables, avec une sur dix mariée avant sa majorité.
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« Empêcher que les enfants retournent dans les mines »
Pour Miriame Scylla, de l’UNICEF, la priorité n’est plus seulement de retirer les enfants des sites miniers, mais d’éviter qu’ils y reviennent.
« Nous avons travaillé beaucoup avec la DIVAS pour prévenir que les enfants n’entrent dans les mines ou n’y retournent. »
L’organisation a mis en place un réseau de travailleurs para-sociaux chargés de repérer les enfants autour des carrières.
« Dès qu’ils constatent qu’il y a des enfants autour des mines, ils font le signalement auprès du ministère provincial. »
Les plus jeunes sont réinsérés à l’école. Les adolescents sont orientés vers des formations professionnelles, notamment à l’INPP. Les familles les plus pauvres reçoivent également un appui financier.
« Ces enfants travaillent parce que les familles sont vulnérables. Elles n’ont pas les moyens de s’occuper de leurs enfants. »
Sortir un enfant des mines ne suffit pas
Grâce à l’approche TPS+, l’UNICEF indique que 474 enfants ont déjà été retirés des mines artisanales de Kawama et de Kambove. Parmi eux, 200 ont repris le chemin de l’école, tandis que 274 suivent une formation professionnelle.
Mais pour l’agence des Nations unies, le véritable défi se trouve ailleurs. « Il faut adresser les causes structurelles. »
Miriame Scylla rappelle que la législation congolaise réserve 23 % des redevances minières aux provinces, 14 % aux entités territoriales décentralisées et prévoit que 0,3 % du chiffre d’affaires des entreprises minières finance les cahiers des charges communautaires.
Selon elle, ces ressources devraient permettre de construire des écoles, renforcer les centres de santé et soutenir les familles afin que les enfants ne soient plus contraints de chercher leur survie dans les carrières.
“Le défi est de transformer cela en réalité pour les enfants et pour les communautés. Si ces ressources sont bien gérées, elles peuvent beaucoup contribuer à empêcher le travail des enfants. ”
Aujourd’hui, Faïla rêve d’enseigner. Michel veut conduire des camions. Ismaël espère ouvrir son propre atelier de mécanique. Leurs ambitions sont ordinaires. Pourtant, dans les communautés minières du Haut-Katanga, elles représentent déjà une victoire celle d’une enfance qui recommence.

