AMI 10 : après dix ans , le défi de donner davantage la parole aux communautés minières
Dix ans après sa création, l’Alternative Mining Indaba (AMI) a progressivement installé le dialogue entre les différents acteurs du secteur minier en République démocratique du Congo. Autorités publiques, entreprises minières, organisations de la société civile et représentants des communautés se retrouvent désormais autour d’une même table. Maître Fabien Mayani du Centre Carter insiste sur la nécessité d’impliquer davantage les populations directement touchées par les activités minières dans les décisions qui concernent leur avenir .
C’est l’un des défis soulevés à la clôture de la 10e édition de l’AMI. Pour Maître Fabien Mayani, du Centre Carter, le bilan de ces dix années reste marqué par la création d’un espace où la société civile et les communautés peuvent faire entendre leurs préoccupations. “La plateforme AMI a vraiment permis de structurer la parole de la société civile et des communautés sur les questions de gouvernance du secteur minier” , souligne-t-il.
Lire aussi:DRC-AMI 2026 : le Centre Carter et Fabien Mayani récompensés
Plus d’acteurs
Au fil des éditions, la plateforme a également évolué dans son fonctionnement. En RDC, les discussions ne sont plus réservées aux organisations de la société civile et aux communautés. Les autorités nationales, provinciales et locales, ainsi que les entreprises minières, sont aussi associées aux échanges. Cette diversité permet de confronter les points de vue et d’aborder les difficultés du secteur sous différents angles.
L’autre évolution concerne l’étendue géographique de la plateforme. Longtemps centrée sur le Haut-Katanga et le Lualaba, l’AMI accueille désormais des représentants d’autres provinces. Lors de cette 10e édition, des participants du Tanganyika, du Kasaï-Oriental et du Kongo-Central ont également pris part aux discussions. Les questions liées aux hydrocarbures ont également été abordées.
Mais pour Fabien Mayani, cette ouverture doit aller plus loin. La plateforme doit désormais se rapprocher des territoires où les activités minières ont des conséquences directes sur les populations. Car, malgré leur exposition aux effets de l’exploitation, ces communautés restent encore insuffisamment associées aux décisions.” Les communautés directement impactées ne sont pas suffisamment associées dans la planification, dans l’évaluation des impacts. Elles doivent avoir voix au chapitre et leurs préoccupations doivent être prises en compte au début, pendant la mise en œuvre et après “, insiste-t-il.
Cette participation ne devrait donc pas se limiter aux rencontres organisées dans les grandes villes. Elle doit aussi permettre aux populations concernées de s’exprimer sur les projets miniers. Elle doivent aussi dénoncer les conséquences environnementales et les retombées attendues pour leurs territoires.
Délocalisation d’AMI
Dans cette perspective, Manono, dans la province du Tanganyika, pourrait accueillir la prochaine édition. La mairie de cette ville a déjà manifesté son intérêt pour l’organisation de l’AMI 11. La proposition a été soumise au comité de pilotage, qui devra examiner les possibilités de sa mise en œuvre.
Un éventuel déplacement qui marquerait une nouvelle étape pour la plateforme. Jusqu’ici, Lubumbashi, Kolwezi et Kinshasa ont accueilli les dix éditions. Une organisation dans une autre ville permettrait d’élargir les lieux de discussion et de rapprocher les échanges des communautés concernées par l’exploitation minière.
Au-delà du choix du prochain site, Fabien Mayani insiste également sur la nécessité de mieux prendre en compte les droits des populations, les préoccupations environnementales et les effets positifs attendus de l’activité minière.
Après dix éditions, l’AMI a ainsi consolidé un cadre de dialogue entre les acteurs du secteur. La prochaine étape reste celle de son ancrage dans les territoires et d’une participation plus effective des communautés aux discussions sur la gouvernance des ressources naturelles.

