Petro, l’un des hommes victimes de viol oubliés
En RDC, les hommes et les garçons sont également comptés parmi les victimes de viol et de violences sexuelles, principalement dans les zones où sévit le conflit armé. Cependant, ces cas ne sont pas généralement déclarés. Ainsi, ces hommes victimes de viol et de violences sexuelles liés aux conflits armés sont oubliés. Petro, un homme d’une quarantaine d’années, déclare avoir été abusé par des hommes armés. Les faits se sont produits dans la localité de Luvungi lors de la prise de la ville d’Uvira par l’AFC-M23.
” Je ne me sens plus comme un homme. J’ai de la peine à regarder mes filles droit dans les yeux. Six hommes armés ont abusé de moi devant mes enfants. On m’a volé ma dignité, ensuite ma santé “, déclare Petro rencontré au camp des déplacés de Katanika à Kalemie.
Il est arrivé au camp des déplacés dans la ville de Kalemie à la fin du mois de mai. Ce survivant de viol a accepté de témoigner à visage découvert. Petro avait été surpris par des hommes armés alors qu’il se trouvait sur son lieu de travail non loin de son domicile. ” Je surveillais le four à brique quand six hommes armés sont arrivés. Ils ont d’abord exigé de l’argent. Ensuite, ils m’ont amené à la maison où tous ont abusé de moi devant mes enfants, dit-il le cœur serré.
Par la suite, lui et sa famille ont trouvé refuge au Burundi voisin. Petro assure que dans le camp de réfugiés, il a reçu une prise en charge médicale. Vint ensuite le temps de rapatriement des réfugiés congolais du Burundi. Petro refuse de retourner dans la cité de Luvungi. Ainsi, il demande son transfert au camp de déplacés à Kalemie où il y séjourne jusqu’à ce jour.
Victime de viol ,l’état de santé de Petro se dégrade.
Le transfert de ce survivant de viol à Kalemie ne s’est pas fait sans conséquence. En effet, depuis son agression sexuelle, il souffre terriblement. “J’ai de la peine à m’asseoir. Mon anus est endommagé et laisse échapper du pus. Quand il me faut sortir, je n’ai pas d’autre choix que de mettre une serviette hygiénique.”
A lire aussi, RDC: BCNUDH préoccupé par l’ampleur de violences sexuelles
Petro estime que sa prise en charge médicale n’est pas bien assurée à Kalemie. Il dénonce par ailleurs ce qu’il qualifie de discrimination. Pour lui, les victimes féminines bénéficieraient de beaucoup plus d’attention que les victimes masculines. Avec une voix tremblante et presque en larmes, il se désole de son propre sort. ” Mon état de santé s’aggrave. Est-ce parce que je suis un homme qu’on ne veut pas me croire ? Si j’étais une femme, peut-être que j’aurais été transférée dans une structure de santé appropriée.”
L’ONG AFEMDCO qui assure le suivi des survivants de viol, indique qu’il n’y a pas de discrimination dans la prise en charge. Nenette Mwange, sa directrice, déclare que toutes les victimes, hommes ou femmes, sont soumises au même traitement sanitaire, psychologique et juridique. La seule distinction est que dans les trois jours suivant le viol, les femmes reçoivent également une prise en charge pour éviter une grossesse.
Entre-temps, sur place à Kalemie, Petro a été conduit à l’hôpital général de référence pour un suivi médical. Son cas est suivi par l’Ong APDC financée par UNFPA.
Des victimes oubliées des statistiques
Les cas de viol chez les hommes ne sont pas souvent rapportés. Pourtant, dans les zones en conflit, notamment à l’Est de la RDC, ils ne sont pas épargnés. En 2025 par exemple, le BCNUDH a rapporté 1 534 cas de victimes de violences sexuelles documentées. Parmi ces victimes, 854 sont des femmes et 672 sont des filles. Le rapport indique que les victimes masculines représentaient une minorité. sans donner le chiffre exact. Pourtant ,lorsque nous faisons un simple calcul, sur 1 534 victimes, 1 526 sont des femmes et des filles. Deduction faite : 8 victimes seraient des hommes et des garçons.
Ce phénomène est moins documenté car très peu des victimes masculines brisent le silence. Elles craignent la stigmatisation sociale et ont peur de ne pas être crues. Petro, lui, ne demande qu’une chose : être pris en charge car, il craint pour sa vie.

