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Les femmes schizophrènes enceintes, quand la violence se xuelle passe sous silence à Lubumbashi

Photo/Fidele Bwirhonde

A Lubumbashi, deuxième ville de la RDC, les femmes schizophrènes communément appelée « femmes folles », sont victimes de violence sexuelle. Sur quelques grandes artères, les femmes schizophrènes sont aperçues enceintes ou portant un nourrisson dans leurs bras. Les auteurs de leurs grossesses demeurent inconnus, des membres des familles et de leur environnement. Dans leur état, ces femmes portent leurs grossesses, de la conception à la fin de la gestation, sans accès aux soins de santé de base. Elles accouchent pour la plupart, dans des conditions inhumaines avant d’être secourue par des personnes de bonne foi. Les femmes schizophrènes enceintes sont ainsi exposées aux risques très élevés de mortalité maternelle, au regard de leur état psychique qui les rend plus vulnérables que les femmes normales. Et personne ne s’en soucie.

La femme schizophrène est, selon un médecin psychiatre de Lubumbashi ayant requis l’anonymat, celle ayant atteint le plafond des maladies mentales déclarées en clinique après six mois de troubles et de déséquilibre de personnalité permanents. Elle perd la notion du temps et de l’espace qui la mène à la déconnection  avec le monde réel. Les propos incohérents, la dissociation, le repli sur soi, l’agitation, l’agressivité et les délires sont autant de signes constatés  chez elle. Le psychiatre souligne que la femme schizophrène vit avec des fonctions cognitives dégradées, telles le langage, l’efficience et l’intellect, qui ne lui permettent pas la prise de décision raisonnée. Et par conséquent tout acte sexuel avec une femme schizophrène est un viol. Par ailleurs, il signale que ce déséquilibre n’affecte nullement les fonctions reproductives de la femme. Elle peut avoir une libido élevée ou ne pas du tout ressentir l’envie d’une activité sexuelle. Toutefois, elle a un cycle menstruel et un appareil génital normaux.

Les soins pré et postnataux de la femme schizophrène   

La grossesse nécessite un accompagnement et un suivi médical délicat de la femme porteuse, souligne Pauline Kyeso, une infirmière d’un centre hospitalier de Lubumbashi, ayant dirigé l’accouchement d’une schizophrène. « La femme schizophrène ne bénéficie pas des soins prénataux, à cause du manque de structure sanitaire capable de les lui donner. Elle mène une vie de haut risque tant pour elle que pour le fœtus, du fait de l’inconscience de son état » s’inquiète-t-elle. Une religieuse de la communauté salésienne, ayant également requis l’anonymat, ayant fait profiter à une schizophrène des vaccins prénataux,  avoue : « il m’arrivait de lui injecter les vaccins prénataux, et de lui donner certains médicaments, du fait qu’entre nous deux est née une certaine amitié et confiance, mais ce n’était pas facile ».

L’infirmière et la religieuse témoignent de la grandeur divine que ces femmes accouchent dans des conditions très précaires mais que leur enfant soit, dans des rares cas malades à la naissance. Elles assurent que l’établissement du dialogue est difficile pour amener la femme schizophrène à coopérer, car les soins sporadiques lui sont donnés en l’absence d’un psychiatre qualifié. « Diriger l’accouchement d’une femme souffrant des troubles mentaux est pénible  et requiert une grande patience et surtout un sens élevé d’altruisme » concluent-elles.

L’enfant né d’une schizophrène bénéficie des premiers soins gratuitement grâce à la bonté de cœur du personnel soignant. « Mais il est compliqué d’assurer un suivi médical rigoureux quand sa mère est agressive et fuit l’hôpital avec l’enfant» dit la religieuse. Elle poursuit « nous identifions la famille, si celle-ci est dans la ville, et ensemble avec le service des affaires sociales, nous remettons l’enfant à la famille ou le plaçons dans un orphelinat pour lui assurer une bonne croissance hors du danger ».

Des grossesses aux auteurs inconnus

Les femmes schizophrènes sont enceintées par des auteurs inconnus. Cependant, l’entourage de leur milieu de vie presque quotidienne affirme que, ce sont des hommes normaux qui en sont des auteurs. Un jeune homme commerçant exerçant ses activités à côté du logis d’une schizophrène dans la commune Annexe de Lubumbashi, déclare que les messieurs qui stationnent la nuit à ce lieu reflètent une vie aisée. Certains lui donnent de l’argent, d’autres des vivres ou habits, arrivent à la maitriser et la viole.

L’état psychique de ces femmes ne leur permet pas de se rappeler de leurs bourreaux qui les engrossent. Le psychiatre confirme qu’une telle femme peut arriver à relater les faits, bien qu’avec des incohérences, ce qu’elle vit. Dans le cas où ses troubles mentaux ne sont pas au top, elle peut, lorsqu’elle voit un homme qui abuse d’elle, le reconnaître. Mais ce deuxième cas est hypothétique d’autant plus qu’elle vit dans un monde de délire.

La religieuse quant à elle souligne qu’il arrive que la femme schizophrène lui raconte ses ébats nocturnes avec des hommes qu’elle n’a jamais vus dans son entourage. Il faut beaucoup de courage et de patience pour qu’elle s’ouvre et explique ses problèmes sexuels, bien que d’une manière désordonnée.

Femmes aux multiples droits fondamentaux violés

Les femmes schizophrènes sont, de par leur état psychique, vulnérables car étant considérées comme des êtres humains incapables de prise de décision raisonnée.  Les instruments juridiques tant nationaux que régionaux renferment des lois et articles protégeant les droits fondamentaux de cette catégorie de femme. Ils sont toutefois violés sans que justice ne leur soit faite. Leurs droits humains et légaux en souffrent.

Les bourreaux qui abusent sexuellement de ces femmes violent leurs droits à l’intégrité physique en usant de ruse pour obtenir une faveur sexuelle de leur part. Cet acte  est qualifié, par la loi du 20 juillet 2006 modifiant et complétant  le code pénal congolais, de viol. Son article 14, stipule que le consentement ne peut en aucun cas être inféré  des paroles ou de la conduite d’une victime lorsque la faculté de celle-ci à donner librement son consentement valable a été altérée par l’emploi de la force, de la ruse, de stupéfiant, de la menace ou de la contrainte ou à la faveur d’un environnement coercitif ; cet acte est une infraction relative aux violences sexuelles.

Les droits à la santé et au contrôle de fonctions reproduction de cette catégorie de femme sont également foulés au pied. Elle n’exerce pas un contrôle sur leur fécondité, et par conséquent, ne décide de leur maternité. Elle n’est pas protégée contre les infections sexuellement transmissibles, notamment le VIH. La police de protection de la femme et la division provinciale du genre ne mènent pas des actions de grande envergure pour la protection des droits de ces femmes.

Un cas récent vécu à Lubumbashi de violation grave des droits fondamentaux d’une femme schizophrène est celui de Linda Nsamba. Elle fut une schizophrène qui avait expérimentée la maternité à trois reprises. Ces enfants sont issus des viols perpétrés sur elle par des hommes inconnus de sa famille. Elle est morte à la suite d’un viol atroce. Ses bourreaux l’ont violée, et ont introduit dans son canal vaginal un morceau de bois jusqu’à ramener dehors la matrice. La garde de ses enfants est assurée par son oncle maternel habitant la commune de Kampemba.

L’Etat congolais a pourtant ratifié des protocoles, tels celui de Maputo, consacrant la protection des femmes vulnérables telles les handicapées, les veuves et  les femmes de troisième âge. Il doit penser à assurer aux femmes schizophrènes une protection spécifique pour la garantie de leurs droits humains en général, et de leurs droits à la santé maternelle et sexuelle, en particulier.

La campagne « Lubumbashi sans personne vivant avec troubles mentaux », un modèle de protection de femmes schizophrènes

La campagne « Lubumbashi sans personne vivant avec troubles mentaux », initiée par l’ancienne adjointe au Maire, Mme Clotilde Mutita, est un modèle de protection de femmes schizophrènes. Cette campagne avait pour objectif primordial d’assainir la ville sur les plans environnemental et sécuritaire, en plaçant les personnes  atteintes de maladie mentale dans un centre psychiatrique spécialisé pour bénéficier des soins et faciliter leur réintégration familiale.

Cette campagne avait sorti de la rue 25 personnes atteintes de troubles mentaux dont 13 femmes. Sur les 13  femmes schizophrènes, 7 étaient enceintes, dont trois ont connus des avortements spontanés, et 4 ont accouchés dans des maternités viables. Les 13 ont suivi un traitement dans un centre neuropsychiatrique de Lubumbashi. Et 9 ont été guéries et réintégrées soit dans leurs familles biologiques, soit dans les familles d’accueil. Les 4 autres ont des troubles mentaux modérés, exigeant un suivi médical pour éviter une rechute grave.

Mme Clotilde souligne qu’il a fallu un travail ardu d’une équipe composée des services urbains de l’environnement, des affaires sociales, du genre et famille, de la santé et de la sécurité pour un meilleur aboutissement de cette campagne.  Elle rapporte que le cas des femmes schizophrènes a été un volet délicat de cette campagne. Il leur a fallu trouver un endroit et des soins très appropriés à leur état mental, physique et biologique pour celles qui portaient les grossesses ou les bébés, pour la protection de leurs droits fondamentaux.

« Lubumbashi sans personne vivant avec troubles mentaux » a été financée par la mairie et le ministère provincial de la santé. Mme Clotilde évalue le taux de réussite de cette campagne à 50%, à cause du manque des fonds conséquents alloués à cette activité qui mobilisaient plus d’expertise, de ressources humaines et financières. Cette campagne a nécessité un accompagnement rigoureux et une prise en charge sérieuse. Aujourd’hui, elle salue l’engament de la population de Lubumbashi qui s’en était appropriée pour la protection des personnes schizophrènes, spécialement les femmes.

Les femmes schizophrènes enceintes de Lubumbashi sont délaissées à leur triste sort sans que personne ne se préoccupe de la protection de leurs droits. L’Etat congolais doit concevoir des structures spécifiques  de protection des femmes atteintes de troubles mentaux, comme il en est des femmes handicapées physiques. Les dirigeants tant au niveau urbain, provincial et national doivent garantir  le droit à la dignité, à l’intégrité, à la santé sexuelle en mettant sur pied des services pré et postnataux et nutritionnel qui s’occuperont d’elles. Enfin, l’Etat doit renforcer l’application des lois en vue de promouvoir le respect des droits de femmes schizophrènes.

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