Ex-Katanga: des reactions autour du dialogue entre congolais
Les réactions continuent de se multiplier au sein de la classe politique et sociale congolaise après l’annonce par le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, des conditions préalables à l’organisation d’un dialogue entre Congolais. Devant le corps diplomatique accrédité en RDC, le chef de l’État a indiqué que ce dialogue se tiendra sur le sol congolais, exclura les personnes impliquées dans des crimes et ne remettra pas en cause les décisions judiciaires déjà prononcées.
Plusieurs acteurs politiques estiment que cette position traduit une volonté de préserver la souveraineté nationale et d’éviter toute forme d’impunité. Pour eux, l’exclusion du dialogue des personnes impliquées dans des crimes constitue un signal fort en faveur de la justice et de la responsabilité politique. À Lubumbashi, l’analyste politique Victor Mulamba partage cet avis. Selon lui, le dialogue demeure nécessaire, mais il ne doit pas se faire avec les ennemis de la République. « Le dialogue, oui, mais avec qui ? Aujourd’hui l’opposition réclame que l’on libère des prisonniers. Pourtant ceux qui ont été arrêtés à ce jour, la plupart, c’était pour d’autres faits, notamment la corruption. « Si il doit y avoir le dialogue, la justice doit aller jusqu’au bout, comme le président l’a dit« , dit-il.
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Dialoguer, mais avec qui ?
Dans la même logique, certains analystes politiques saluent le choix d’organiser le dialogue sur le territoire national. Ils estiment que cette décision renforce l’appropriation nationale du processus. Et il permet aux institutions congolaises de garder le contrôle du cadre juridique. Dibwe Ken, politologue et professeur lushois, explique que la position du chef de l’État s’inscrit également dans le contexte des crises sécuritaires liées aux groupes armés. Selon lui, dialoguer avec des acteurs ayant pris les armes pourrait être perçu comme une légitimation de la violence.
« La finalité du dialogue est le partage de pouvoir. Comment est-ce que la population prendra le fait de voir ceux qui ont tué, violé devenir un jour ministre ou encore un officier de l’armée ? Parce que ceux qui sont dans l’opposition armée devront, à l’issue du dialogue, avoir des responsabilités dans le pays. « Le dialogue doit se faire avec l’opposition non armée », indique-t-il.
Toutefois, il suggère que la question judiciaire mérite d’être examinée au cas par cas étant donné que certaines condamnations sont contestées par l’opposition. « Ce n’est pas à l’opposition de choisir un médiateur et de poser des conditions sur la tenue du dialogue. On ne peut pas exiger du président. Aujourd’hui elle exige la libération de certains prisonniers, c’est une question complexe. Il y a des opposants qui sont arrêtés pour des causes justifiées. Il faut étudier cas par cas, « ajoute-t-il. Par ailleurs, il précise que dans des circonstances, les Congolais doivent se mettre ensemble afin de chasser l’agresseur. Et après on pourrait envisager un dialogue afin de trouver les solutions en interne.
Plusieurs partis appellent à un dialogue inclusif.
Cependant, plusieurs formations politiques et organisations de la société civile émettent des réserves sur ces conditions. Pour certains responsables politiques, ces restrictions risquent de limiter l’inclusivité du dialogue. Ils estiment qu’un véritable processus de réconciliation nationale nécessite la participation d’un maximum d’acteurs, y compris ceux en conflit avec le pouvoir. Ceci est pour ; en effet, garantir des solutions durables à la crise actuelle. « Un dialogue qui n’est pas inclusif ne saurait nullement donner de solution à la crise qui se vit dans notre pays. Étant père de la nation, il faut un peu d’humilité de sa part. Il lui faudrait se mettre autour d’une table même avec ceux qui ont pris les armes pour l’intérêt du pays. « Il doit planter un décor favorable à ce dialogue, un climat de confiance« , explique Ledoux Mulolo, jeune analyste politique lushois.
De son côté, le Cadre de concertation des forces politiques et sociales insiste sur la nécessité d’un dialogue national inclusif et représentatif. Cette plateforme estime que le chef de l’État ne devrait pas définir seul les modalités. ni le lieu ni le périmètre du dialogue. Elle plaide pour une « médiation neutre et indépendante« , notamment sous l’égide des initiatives portées par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), soutenues par l’Union africaine.
Une position partagée par Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, qui réaffirme son attachement à un dialogue sincère et inclusif. Ce regroupement politique rejette ce qu’il qualifie de « simulacre de dialogue ». Ce parti exige plusieurs mesures préalables. C’est notamment la libération des prisonniers politiques et la levée des poursuites judiciaires jugées instrumentalisées à des fins politiques.
La société civile craint un dialogue ouvert à une catégorie de personnes.
Au niveau de la société civile, les avis restent partagés. Michel Mujike, acteur de la société civile dans le Haut-Katanga, reconnaît que le dialogue constitue un moyen important pour restaurer la paix. Et il est nécessaire de défendre la souveraineté nationale qui est à ce jour menacée. Toutefois, il estime que certaines conditions évoquées par le président pourraient freiner le caractère inclusif du processus. Il suggère également que le dialogue puisse se tenir sur un terrain neutre pour des raisons de sécurité. « Ce dialogue ne doit pas être vu comme une occasion de voir l’intérêt personnel de parties prenantes. Les conditions données par le président risquent de freiner cette démarche de paix entre Congolais », déclare-t-il.
Dans le Haut-Lomami, des organisations de la société civile soutiennent que le dialogue devrait inclure toutes les composantes politiques. Pour elle, même l’opposition armée doit prendre part, afin de favoriser une réconciliation durable. « C’est un dialogue qui est fermé à une catégorie de personnes. « Pourtant si nous voulons tous la paix, tout Congolais doit être impliqué« , précise Gillard Ndayi de la société civile Haut-Lomami.

