RDC : 120 enfants gardés à la BCRS de Lubumbashi
120 enfants en rupture familiale sont actuellement gardés au cachot de la Brigade criminelle de recherche et de surveillance (BCRS) à Lubumbashi. Une descente y a été effectuée ce lundi 9 mars 2026 par la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), en collaboration avec l’Asbl Alerte violation des droits de l’homme (VDH). L’objectif de la mission était de s’enquérir de la situation de plusieurs enfants arrêtés lors d’une opération de retrait des enfants de la rue menée il y a environ un mois. Dès l’arrivée sur les lieux, une situation jugée alarmante a été constatée.
Sur place, un grand nombre d’enfants a été aperçu dans le hangar et dans les cellules du cachot de la BCRS, décrit ainsi Joseph Kongolo, coordonnateur provincial de la CNDH. Le hangar est constitué de simples piliers et de grillages. Aucune vitre n’y est installée. Par conséquent, avec la pluie et le froid, les enfants sont directement exposés aux intempéries. La nuit, ils dorment à même le sol sans aucune couverture. Les conditions d’hygiène sont également préoccupantes. L’accès aux installations sanitaires adéquates ne leur est pas garanti.
« Ils n’ont pas accès à l’eau pour se laver. Quand vous les voyez, vous constatez qu’ils ne prennent pas bain », a expliqué Joseph Kongolo.
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Une opération de retrait des enfants de la rue
Par ailleurs, selon les informations fournies par les autorités locales, la nourriture serait prise en charge par le gouvernement provincial à travers le ministère provincial du Genre. Toutefois, une version différente a été confiée par certains enfants. Lors de l’échange avec la délégation de la CNDH, plusieurs ont affirmé qu’ils ne mangeaient pas régulièrement.
Plus inquiétant encore, l’existence de décès parmi les enfants a été évoquée par certains d’entre eux. Cependant, cette information n’a pas été confirmée par les autorités présentes sur place. Dans l’ensemble, les enfants sont maintenus dans des conditions jugées contraires aux normes de protection de l’enfance, selon la CNDH.
Selon les informations recueillies par la CNDH, lors de l’opération 130 enfants auraient été récupérés dans les rues de Lubumbashi . Aujourd’hui, 120 enfants sont encore gardés dans les locaux de la BCRS. Entre-temps, 10 enfants ont été hospitalisés à l’hôpital Laurent-Désiré Kabila (LDK). Aucune précision n’a toutefois été donnée sur les maladies dont ils souffrent.
« On nous a seulement dit que nos amis sont tombés malades et qu’ils ont été évacués à l’hôpital, mais on ne nous a pas précisé de quelle maladie il s’agit », rapporte un enfant se confiant à Maitre Joseph Kongolo. Parmi les 120, enfants, un petit garçon souffrant d’une hémorroïde externe a été identifié.
Au cours de la visite, d’autres situations préoccupantes ont également été constatées. La présence de six bébés appartenant à de jeunes adultes vivant dans la rue, communément appelés « chégués », a été signalée. Par ailleurs, huit personnes souffrant de troubles mentaux ont été observées dans les mêmes installations que les enfants.
Une détention jugée irrégulière
Pour la CNDH, cette situation pose un sérieux problème juridique. La question de la légalité de la détention a été soulevée.
« Vu le nombre et les lieux où ils sont gardés, la CNDH conclut qu’ils sont en détention, alors que la procédure n’a pas été respectée », a déclaré le coordonnateur provincial.
En droit congolais, a-t-il rappelé, la garde à vue ne peut dépasser 48 heures sans présentation devant une autorité judiciaire.
Or, dans ce cas précis, les enfants sont gardés depuis plus d’un mois. « Garder les enfants pendant plus d’un mois constitue une détention irrégulière et illégale. Je dirais même arbitraire », a insisté Joseph Kongolo.
Face à cette situation, une réaction rapide des autorités provinciales a été demandée par la CNDH.
« Nous demandons au gouvernement provincial et à la mairie de Lubumbashi de sortir ces enfants de ces lieux le plus rapidement possible », a plaidé l’institution.
A noter que la CNDH recommande le transfert des enfants vers des centres d’accueil spécialisés. Une telle mesure devrait permettre leur identification et leur orientation vers leurs familles. Les cas nécessitant une prise en charge judiciaire pourraient, quant à eux, être confiés aux juridictions compétentes pour mineurs. « Parce que là, nous sommes en train de vivre des violations flagrantes et manifestes des droits de l’homme, notamment à l’égard des enfants en rupture familiale », a conclu la CNDH.

