Chine-Afrique: des accords « mines contre infrastructures» qui tournent au profit de la Chine
Les deals Chine-Afrique sur les « ressources minières contre infrastructures » n’ont pas atteint leurs objectifs, mais tournent au profit de la Chine. C’est le constat fait par cinq ONG Africaines lors d’un webinaire au mois de mars 2026. La République de Chine s’en sort gagnante pendant que les infrastructures envisagées dans les accords peinent à se matérialiser. Pourtant, les contrats se révélaient gagnant-gagnant. C’est la Chine qui bouffe l’Afrique sur ses propres mines et continue de profiter des ressources au détriment de ses partenaires africains.
Pourtant la Chine est perçue comme un modèle économique et d’infrastructure fiable. Pour plusieurs gouvernements africains, il fallait s’appuyer sur la coopération Chine-Afrique. L’ambition était celle de faire sortir des bâtisses et des routes modernes des terres africaines. Un espoir qui repose sur les accords « ressources minières contre infrastructures». Plus de deux décennies après les signatures des accords, cinq ONG africaines comme Action Mines Guinée et Afrewatch dénoncent des accords en sens unique. Elles estiment qu’ils sont improductifs pour les pays africains.
Du Cameroun en passant par la République démocratique du Congo (RDC), la Guinée, la Zambie ou le Zimbabwe, les accords d’échange de ressources contre infrastructures conclus avec la Chine ont eu selon l’ONG Afrewach internationale des impacts mitigés, voire négatifs. Pendant ce temps, les relations Chine-Afrique se montrent indestructibles.
L’accord Chine-RDC
L’accord sino-congolais formalisé en 2008 a été renégocié en 2024. Il représente l’un des accords d’infrastructures financés par les ressources naturelles les plus ambitieux au monde. Des infrastructures comme des routes, des hôpitaux, des écoles devraient être financées par des prêts chinois contre l’accès aux ressources minières congolaises. C’est principalement par le cuivre et le cobalt via l’entreprise minière Sicomines. Près de 20 ans après, le bilan du contrat Sicomines reste mitigé. Un audit de l’Inspection Générale des Finances indique que sur les 3 milliards USD promis pour les infrastructures, moins de 888 millions USD ont été réellement investis.
RDC- Mines : Renégociation du contrat Sino-Congolais,le déséquilibre persiste
Selon Jean-Pierre Lwamba de l’ONG Afrewatch, le pays n’a pas encore réceptionné la moitié des infrastructures, alors que le projet minier se poursuit. « Seuls 11 des 23 projets du volet mines prévus dans l’Accord Chine-RDC ont été entièrement exécutés. Tandis qu’aucune des obligations relatives aux infrastructures n’a été intégralement respectée avec un taux d’exécution de seulement 47,8%.», a-t-il précisé.

Même après la signature de l’avenant 5, le 14 mars 2024, la CNPAV indique dans son rapport qu’il s’agit d’un partenariat toujours désavantageux pour la RDC. « La RDC pourrait perdre jusqu’à 7,5 milliards USD de recettes fiscales d’ici les 17 prochaines années. Montant équivalent au soutien total annoncé par les entreprises chinoises». Par contre, la Chine poursuit la surproduction de ressources minières en RDC pour son compte.
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Le Cameroun et la Guinée face aux accords chinois
Si la RDC est l’illustration parfaite de ce rendez-vous manqué ,néanmoins elle n’est pas la seule à subir les manœuvres chinoises dans la rotonde Chine-Afrique.
Au Cameroun aussi c’est la déception de l’accord signé avec la Chine. Le résultat de l’ONG YPD démontre que l’expérience du Cameroun est illustrée par le barrage hydroélectrique de Mékin. Un projet de 15 MW sur le fleuve Dja. Ce projet est financé par un prêt concessionnel dominé par la Banque d’import-export de Chine (85 %). Sur le plan opérationnel, le barrage a été décevant. Sa mise en service a été retardée de 18 mois et la production d’électricité effective n’a atteint que 75 à 80 % de la capacité installée. C’est en raison de défauts de conception et d’une installation incomplète des turbines, indique l’ONG YPD.
En Guinée aussi, l’accord conclu avec la Chine en 2017 n’a pas atteint ses ambitions. Il visait à mobiliser jusqu’à 20 milliards de dollars américains sur 20 ans. L’accord devait financer les infrastructures grâce aux ressources de bauxite. Le pays abrite aussi le fer, le graphite, le lithium, et le nickel. La Guinée occupe donc une position stratégique dans la transition énergétique mondiale et attire naturellement la Chine. Toutefois, l’expérience de la Guinée présente un bilan mitigé selon l’ONG Action Mines Guinée. Cette ONG insiste sur le fait que certains projets ne sont pas réalisés par la partie chinoise alors qu’ils devraient déjà être livrés. Ce sont principalement les projets de reconstruction de quatre universités régionales. Ils figuraient dans l’accord qui a octroyé le gisement de bauxite à la Chine.
La Chine et l’Afrique Anglophone
Contrairement à une étude de l’ONG PWYP, en Zambie les projets liés aux ressources minières contre infrastructure étaient axés sur les routes, l’énergie, l’eau et les infrastructures urbaines. Certaines réalisations chinoises ont été constatées. Par contre, la mise en œuvre est marquée par une transparence restreinte et un contrôle parlementaire limité. Les marchés publics opaques au profit de la partie chinoise ont été signalés.
Par ailleurs,l’accord sino-zimbabwéen proposé en 2009 visait à échanger 50 % des parts d’une vaste concession de platine contre un financement concessionnel de 5 milliards de dollars. Selon l’ONG ZELA, l’accord s’est heurté à de sérieuses difficultés. C’est notamment à cause d’une évaluation minière contestée . C’est sans ignorer la forte opposition de hauts responsables du pays. Ces derniers ont estimé que l’arrangement favorise largement la Chine au détriment du Zimbabwe.
Au-delà de ces cinq exemples, la quasi-totalité des pays africains qui ont signé des accords « ressources minières contre infrastructures» avec la Chine ont des points communs. Il s’agit notamment des déséquilibres financiers et de la mauvaise valorisation des ressources. Mais aussi le faible impact local et la corruption. C’est sans oublier un décalage persistant entre les ambitions de développement et les réalités exprimées par la mauvaise qualité des routes réalisées.
Dans tous les cas, c’est la Chine qui alimente ses ambitions technologiques en confirmant sa puissance énergétique. Pendant ce temps, les pays africains gardent le statu quo des pays pauvres et du sous-développement.

