Lubumbashi : Jardins maraichers, l’eau polluée menace la sécurité alimentaire
À Lubumbashi, les légumes issus de la culture maraîchère occupent une place importante dans l’alimentation des ménages. Cependant, la qualité de l’eau utilisée pour leur arrosage soulève des inquiétudes. Entre risques de contamination et manque de contrôle, des nutritionnistes appellent à renforcer les bonnes pratiques afin de protéger la santé des consommateurs.
Dans la commune de Kampemba, des dizaines de personnes cultivent des légumes le long du canal Naviundu. L’eau qui coule est de couleur noire et dégage une odeur nauséabonde. Plus préoccupant encore, certains riverains y déversent les eaux usées provenant de leurs fosses septiques. Sur le littoral de ce canal, on y cultive notamment des choux pommés, des choux de Chine, des amarantes ainsi que des oignons. Il est 9 heures ce mardi matin, des femmes, des jeunes et même des messieurs arrosent les jeunes plantes.
Esther Tshitshi, une maraîchère, affirme que les cultivateurs n’utilisent pas directement l’eau du canal. « Nous utilisons l’eau des puits pour arroser les légumes. Nous ne recourons pas à l’eau du canal Naviundu », explique-t-elle. Cependant les puits évoqués par les maraîchers sont ouverts. En outre, ils sont près de cinq mètres seulement du canal. Cette proximité entre les puits et une source d’eau fortement polluée soulève donc des questions sur la sécurité sanitaire des produits maraîchers.
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Des risques de contamination
Malgré cette exposition, ces légumes à feuilles sont consommés quotidiennement par une partie des habitants de Lubumbashi. Et pourtant, leur surface retient facilement les impuretés transportées par l’eau d’arrosage.
Selon le nutritionniste Étienne Mpoyo, cette pratique représente un risque pour la santé publique. « Lorsque les maraîchers utilisent une eau contaminée pour arroser des aliments consommés frais, notamment les choux utilisés en salade, les consommateurs s’exposent à des maladies d’origine alimentaire », explique-t-il.
D’après lui, les microbes présents dans l’eau peuvent se retrouver directement sur les légumes. Une fois consommés sans précaution, ces aliments peuvent favoriser la propagation de certaines maladies, notamment la fièvre typhoïde.
Le spécialiste recommande ainsi l’utilisation d’une eau saine pour l’irrigation des cultures. Il insiste également sur la nécessité de sensibiliser les producteurs et les consommateurs.
La mauvaise qualité de l’eau d’arrosage expose aux maladies.
Par ailleurs, le nutritionniste attire l’attention sur les risques liés à la pollution industrielle minière du cours d’eau. Selon lui, certaines substances chimiques rejetées dans le canal peuvent contenir des éléments toxiques. Ces résidus peuvent être absorbés par les cultures et se retrouver dans l’alimentation. « Si les légumes sont contaminés par des métaux lourds comme le plomb, la cuisson ne suffit pas toujours à éliminer le danger », prévient-il.
Il estime que l’exposition répétée à ces substances peut entraîner des problèmes de santé à long terme, notamment des intoxications chroniques et certaines formes de cancer.
Face à cette situation, Étienne Mpoyo appelle les autorités à renforcer le contrôle de la qualité de l’eau utilisée dans les zones maraîchères. Il plaide également pour une surveillance accrue des activités susceptibles de polluer les cours d’eau.
En attendant, ce nutritionniste recommande de laver soigneusement les légumes avant leur préparation. Pour les aliments destinés à être cuits, il conseille une cuisson suffisante qui dure au moins 30 minutes afin de réduire les risques liés à certains micro-organismes.

