La RDC peut-elle tirer profit du marché carbone souverain africain ?
La République démocratique du Congo possède l’un des plus colossaux atouts environnementaux de la planète. Il s’agit des vastes forêts du bassin du Congo. Pourtant, le pays peine encore à mobiliser les financements nécessaires pour sa protection. Dans ce contexte, l’adhésion du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à la Fondation du Registre africain du carbone souverain (ASCR Foundation) relance le débat sur les nouvelles sources de financement climatique dont pourraient bénéficier les pays africains, dont la RDC.
Cette initiative vise à générer des ressources à partir de contributions carbone appliquées aux émissions du transport maritime et aérien international. Les fonds ainsi collectés soutiendront des projets liés à l’adaptation au changement climatique, à la transition écologique et au développement durable.
Lire aussi:RDC: ouverture de la première tour à flux de carbone du bassin du Congo à Yangambi
La RDC sur la voie ?
Dans les pays comme le Djibouti, plus de 80 projets ont été soutenus depuis 2023 dans plusieurs secteurs grâce à cette initiative. Selon le communiqué du 22 juin de l’ASCR Foundation, ce sont notamment des projets liés aux énergies renouvelables, la restauration de la biodiversité, la gestion des déchets, la santé rurale et l’autonomisation des femmes.
En RDC, experts et membres de la société civile pensent que cette initiative pourrait être bénéfique aussi à la RDC. “Une très bonne initiative pour aider le pays à mettre en place son propre registre carbone souverain national”, pense le professeur Faustin Boyemba du Fonds national pour la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (FONAREDD). Il explique par ailleurs que la RDC est en réflexion pour mettre en place un registre carbone afin d’y prendre part. “Des discussions ont déjà commencé, bien que des efforts soient nécessaires pour mettre en place plusieurs outils obligatoires pour la conformité et la crédibilité.” Si le pays y arrive, il pourrait lui aussi s’appuyer sur ce modèle pour financer ses propres priorités environnementales.
Financer les priorités environnementales
L’un des principaux arguments avancés par les promoteurs de cette initiative est la possibilité pour les États de mobiliser de nouvelles ressources sans augmenter les impôts nationaux. “La RDC est l’un des pays africains qui auraient le plus à gagner d’un registre carbone souverain bien structuré”, explique pour sa part le professeur Augustin Nge Okwe, docteur en sciences agronomiques de l’université de Lubumbashi. Pour lui, cela aidera le pays à améliorer la traçabilité des crédits carbone et à rassurer les investisseurs. Cela pourrait aussi “renforcer la capacité du pays à négocier directement avec les acheteurs internationaux”, indique-t-il encore. Dans le cas de la RDC, ces financements pourraient également soutenir divers programmes.
Cependant, le professeur Okwe indique que pour intégrer ces genres d’initiatives, il y a des préalables à remplir. “Il faut un cadre juridique robuste et une agence nationale carbone forte”, explique-t-il encore. Il souligne par ailleurs qu’il faut mettre en place des systèmes MRV (Mesure, Reporting, Vérification) crédibles et une gouvernance transparente.
Alors que le modèle est déjà expérimenté à Djibouti et au Gabon, la RDC pourrait suivre cette voie pour valoriser davantage son rôle dans la lutte mondiale contre le changement climatique. De plus, cela pourrait être bénéfique à sa population. Car le pays dispose déjà d’une législation qui règlemente la répartition des bénéfices issus de la vente du crédit carbone.

