66 ans d’indépendance de la RDC : l’enseignement a-t-il tenu sa promesse ?

66 ans d’indépendance de la RDC : l’enseignement a-t-il tenu sa promesse ?

Lorsque la RDC accède à l’indépendance le 30 juin 1960, le pays compte quelques cadres nationaux. On estime qu’à peine 30 Congolais disposent alors d’un diplôme universitaire. Soixante-six ans plus tard, le paysage éducatif s’est profondément transformé. Plus de 30 millions d’élèves fréquentent aujourd’hui les écoles du pays et les universités se sont multipliées. En 2025 et 2026 par exemple, le pays a enregistré plus d’un million de candidats à la session des examens d’Etat. Mais derrière ces chiffres, les défis liés à la qualité de l’éducation demeurent considérables.

 

Au lendemain de l’indépendance, l’éducation constitue l’une des priorités du jeune État congolais. Le pays manque d’ingénieurs, de médecins, d’enseignants, de magistrats et d’administrateurs capables de remplacer les cadres coloniaux.

Six décennies plus tard, les progrès sont indéniables. La RDC compte aujourd’hui plus de 30 millions d’élèves dans les cycles primaire et secondaire. Il compte également des centaines de milliers d’étudiants répartis dans plus d’un millier d’établissements d’enseignement supérieur publics et privés.

Cette expansion a permis à des millions de jeunes d’accéder à l’école, un privilège réservé à une minorité en 1960.

La gratuité, une révolution pour l’accès à l’école

L’un des tournants majeurs de l’histoire récente de l’éducation congolaise reste la gratuité de l’enseignement primaire instaurée en 2019.

Selon l’UNICEF, cette réforme a permis à plus de 4 millions d’enfants supplémentaires d’intégrer les salles de classe. Pour de nombreuses familles modestes, le coût de la scolarité constituait le principal obstacle à l’éducation des enfants. ” Avec cinq enfants, je ne pouvais pas payer les frais scolaires. Je privilégiais les garçons. Mais le programme de la gratuité nous a allégé la tâche. Aujourd’hui, je ne m’occupe que de mes deux enfants qui sont déjà au niveau du secondaire “, témoigne Jean, un habitant de Kamina.

Photo/Guardia

Cependant, cet afflux massif d’élèves a également mis en lumière les faiblesses structurelles du système. En effet, dans plusieurs provinces, des classes accueillent parfois 60 à 100 élèves pour un seul enseignant. Certaines écoles fonctionnent encore sous des hangars, soit avec des classes couvertes en paille, soit dans des bâtiments dégradés. Le déficit en salles de classe, en bancs et en matériels pédagogiques reste important, particulièrement dans les zones rurales.

Le défi de la qualité de l’enseignement

L’accès à l’école ne garantit pas nécessairement l’acquisition des connaissances. Les enseignants dénoncent régulièrement des classes surchargées, l’insuffisance des formations continues et la faiblesse des moyens mis à leur disposition. “Depuis des décennies, il existe dans les écoles les frais d’appoint des parents, FAP notamment au niveau du secondaire. Ce qui a affaibli l’enseignement. Conséquence, dans certaines écoles, tous les élèves réussissent. Il n’y a plus d’échec, déplore M. Augustin , directeur d’une école publique à Lubumbashi. Il affirme que dès qu’un enfant échoue alors que ses parents payent les frais scolaires, nous perdons notre source de revenus.”

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Cet enseignant de longue date dénonce également la faible rémunération et l’absence de formation continue. Le recyclage n’existe plus, dit-il. Par ailleurs, le programme d’enseignement en RDC a connu des réformes. Cependant, indique encore M. Augustin, les écoles ne sont pas dotées de manuels d’enseignement. ”On a introduit de nouveaux cours dans le programme mais sans support pédagogique.”

Le peu d’école qu’on avait en 1960 visait la qualité. Aujourd’hui, l’école vise plutôt la quantité et non la qualité, dit-il le cœur meurtri.

Universités : le défi de l’employabilité

L’enseignement supérieur a lui aussi connu une croissance spectaculaire depuis l’indépendance. La RDC compte aujourd’hui plus de 1 000 établissements d’enseignement supérieur et universitaire, contre seulement quelques institutions au début des années 1960.

Chaque année, des milliers de diplômés arrivent sur le marché du travail. Pourtant, beaucoup peinent à trouver un emploi correspondant à leur qualification. Pour le professeur Jules Lwamba, enseignant à la faculté d’agronomie de l’UNILU, on a mal copié le système colonial. “À l’époque, les jeunes faisaient l’université en fonction d’un poste qui les attendait déjà dans les entreprises. Exemple, un finaliste en géologie savait qu’il sera directement embauché à la Gecamines. 

Cet enseignant déplore le fait qu’aujourd’hui, la formation ne prépare pas le jeune à être un entrepreneur indépendant. ” Nous formons des cadres qui passent la moitié de leur temps à formuler des demandes d’emploi sans réponse.”

Conséquence, les employeurs évoquent régulièrement un décalage entre les compétences enseignées et les besoins réels de l’économie. De plus, l’enseignement aujourd’hui devrait être adapté aux nouvelles technologies et à l’usage de l’intelligence artificielle, estime encore le professeur. Sinon, cette inadéquation alimente le chômage des jeunes diplômés et renforce le recours au secteur informel.

Une promesse encore inachevée

Soixante-six ans après l’indépendance, l’enseignement congolais a réussi un pari majeur . C’est celui de démocratiser l’accès à l’éducation. Les chiffres témoignent d’un progrès considérable. Des millions d’enfants fréquentent aujourd’hui l’école, des milliers de diplômés sortent chaque année des universités.

Mais l’autre promesse de l’école, celle de former une main-d’œuvre qualifiée capable de soutenir le développement du pays, reste encore à consolider, soutient de son côté l’enseignant Augustin..