RDC: le financement d’un satellite relance le débat sur la mission du FOMIN
Un satellite congolais doit bientôt prendre le chemin de l’espace. Le projet RDC-SAT est présenté comme un pas vers la souveraineté numérique de la République démocratique du Congo. Depuis l’espace, l’engin doit notamment permettre d’observer le territoire, l’environnement et certaines activités économiques, dont les mines. Selon une dépêche de l’Agence congolaise de presse , le fond de la mise en œuvre proviendrait du Fond pour le génération future (FOMIN).
Le 16 juin 2026, l’entreprise belge Spacebel a annoncé la signature d’un contrat avec le ministère congolais de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation. L’accord porte sur la fourniture, la mise en service, l’entretien et la maintenance de RDC-SAT, un satellite d’observation de la Terre de 250 kilogrammes. Spacebel cite notamment des applications dans les mines, l’agriculture, la forêt, la sécurité et la recherche scientifique. Communiqué de Spacebel
Toutefois, le communiqué ne donne pas le prix du contrat. Un précédent marché attribué à Spacebel pour RDC-SAT avait été évalué à 100,599 millions de dollars.
L’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) avait déjà été saisie du dossier en 2023. Sa décision du 8 décembre porte sur l’acquisition, la mise en service, l’entretien et la maintenance d’un système satellitaire d’observation de la Terre pour la RDC. L’ARMP avait alors demandé au ministère de poursuivre le processus d’attribution au bénéfice de Spacebel.
Ce satellite selon l’ACP est une initiative du Fomin. Ce qui soulève la question de savoir que fait le FOMIN avec l’argent destiné aux générations futures?
Le Fomin et ses missions
Mais le satellite n’est finalement que la porte d’entrée d’une question plus large . Celle de l’affection de revenus de ce fond. Le nom du Fonds dit déjà beaucoup. Il s’agit du Fonds minier pour les générations futures. Son principe repose sur une idée simple. La RDC tire aujourd’hui des revenus d’une richesse qui se trouve dans son sous-sol. Mais le cuivre, le cobalt ou d’autres minerais ne sont pas éternels. Une fois extraits, ils ne repousseront pas. L’enjeu est donc de transformer une partie de cette richesse en patrimoine durable. Selon le décret sur la mission du FOMIN, celui-ci peut notamment intervenir dans la recherche minière et géologique, mais aussi dans certains investissements et prises de participation.
Pour un Mike Lameki expert en question minière c’est précisément là que le Fonds devrait concentrer ses efforts. “On connaît qu’on est au Congo, mais on ne connaît pas ce qu’il y a en dessous du Congo “, explique-t-il. Selon lui, le pays connaît encore mal son sous-sol. Le Fonds devrait donc financer davantage la recherche géologique afin de produire des données fiables sur les ressources disponibles.
Son raisonnement va plus loin. Il estime que le FOMIN devrait aussi prendre des participations dans des entreprises capables de générer des revenus.
“Ce ne sont pas des participations à titre gratuit. Ce sont des participations payantes », explique-t-il. Pour lui, ces investissements peuvent permettre de laisser des revenus aux générations qui viendront après. ” C’est ça même que veut dire générations futures », résume-t-il.
FOMIN et affectation des fonds
Sur le terrain, les interventions du Fonds racontent une histoire plus large. AFREWATCH et La Sentinelle ont documenté plusieurs engagements du FOMIN, notamment 100 millions de dollars pour le barrage de Katende, 100 millions sous forme de souscription à des obligations de la Banque centrale du Congo, 17 millions pour le laboratoire du CEEC et 50 millions pour une participation dans Primera Gold, devenue DRC Gold Trading SA.
Le Fonds est également intervenu dans des projets d’infrastructures. Le cas de Katende est particulièrement parlant. En 2025, son directeur général a confirmé une contribution de 100 millions de dollars au projet. AFREWATCH s’est interrogée sur la nature exacte de cette opération. S’agissait-il d’un prêt ? D’une participation ? D’un financement définitif ? L’organisation a également demandé des explications sur les garanties de remboursement.
« Le FOMIN est devenu un fonds à la disposition des politiciens »
Pour Jean-Pierre Okenda directeur de la Sentinelle des ressources Naturelles, le problème se situe justement dans cette multiplication des interventions. Selon lui, les décisions concernant les ressources du Fonds sont devenues trop dépendantes du pouvoir politique. « Le FOMIN est devenu un fonds à la disposition des politiciens », affirme-t-il. Il cite plusieurs projets d’infrastructures et revient notamment sur Katende. À ses yeux, cette évolution éloigne le Fonds des efforts qui avaient été engagés pour mieux encadrer son fonctionnement. « On est sortis de tous les efforts que nous avons faits en 2023 pour essayer d’encadrer et mettre le FOMIN à l’abri des intérêts politiques », estime-t-il.
Le choix du satellite interroge également. Il est vrai qu’un satellite d’observation peut effectivement servir au secteur minier. Il peut aider à surveiller les sites, à observer les changements du territoire ou encore à produire des données utiles à la recherche.
Son utilité pour le pays n’est donc pas difficile à comprendre. Mais cela ne répond pas à la question de savoir pourquoi le FOMIN devrait-il le financer et sous quelle forme ?
Entre investissement et financement public
Le FOMIN défend l’idée d’un Fonds capable d’investir et de faire fructifier ses ressources Dans cette logique, financer une entreprise ou une infrastructure n’est pas nécessairement contraire à sa mission. Tout dépend du montage financier et du rendement attendu. Mais encore faut-il que ces résultats soient prévus, documentés et vérifiables. C’est précisément ce que demande Jean-Pierre Okenda. Pour lui , il est nécessaire de privilégier les investissements qui laisseront quelque chose aux générations futures.
Il redoute par ailleurs que les décisions politiques finissent par prendre le dessus sur la logique d’investissement du Fonds. Alors, lorsqu’il finance un satellite, une route, un barrage ou une entreprise, la question n’est pas forcément de savoir si le projet est utile au pays. Elle est aussi de savoir ce qu’il rapporte au Fonds et ce qu’il laissera aux générations futures.
Le satellite peut produire des données pendant des années. Une entreprise peut verser des dividendes. Une infrastructure peut générer des revenus. Un prêt peut revenir avec des intérêts. Mais si une partie importante de l’argent du FOMIN sert à répondre à des besoins publics sans rendement clairement établi, une question finit forcément par se poser : le Fonds est-il encore principalement une réserve pour les générations futures, ou devient-il progressivement une autre source de financement pour l’État ?

