66 ans d’indépendance : la science congolaise en quête de son décollage
Le 30 juin 1960, la RDC comptait très peu de chercheurs, d’ingénieurs et de laboratoires. Soixante-six ans plus tard, le pays dispose d’universités, de centres de recherche, d’inventeurs reconnus à l’échelle internationale et d’une jeunesse passionnée par les nouvelles technologies. Pourtant, la science congolaise peine à décoller réellement.
” Je suis un chercheur en chimie et je tiens un laboratoire. Avec mon équipe, nous faisons des expérimentations. Là, nous avons inventé une bière locale, un produit pour réparer le sol. ”
Directeur de l’académie Mulema à Kalemie, Urbain Mulema mène des recherches en chimie industrielle. Cependant, sa petite unité peine à se développer faute des ressources financières.
Sur le marché, nous sommes encore limités. On fabrique sur commande par manque de moyens. Nous avons besoin d’équipements . Dans notre laboratoire, nous travaillons avec des vieilles machines ”, dit-il.
Financement de la science congolaise, de la recherche et de l’innovation
Depuis plusieurs décennies, les scientifiques congolais dénoncent le faible niveau des investissements consacrés à la recherche.
Selon le ministère de la Recherche scientifique, le secteur recevait entre 0,5 % et 0,8 % du budget national jusqu’à récemment. Cependant, ce niveau de financement est jugé insuffisant pour appuyer les laboratoires, les équipements et les projets d’innovation.
En 2024, le gouvernement a annoncé une hausse significative de cette enveloppe à 3 % du budget national, soit environ 400 à 500 millions de dollars selon les estimations officielles. Cette augmentation marque une rupture avec les années précédentes . Cependant, elle reste encore modeste au regard des besoins du secteur le professeur Jules Kwamba, expert en aquaculture.
” Toute recherche a un coût, même un échec dans la recherche est un résultat. De ce fait, la recherche doit être fiancée, soutenue et appuyée”, dit- il.
Des universités nombreuses, mais des laboratoires fragiles
Dans de nombreux établissements, les chercheurs travaillent avec des équipements vieillissants, des bibliothèques peu fournies et un accès limité aux financements.
Résultat : une grande partie de la recherche reste théorique et peine à déboucher sur des innovations commercialisées ou industrialisées.
Plusieurs chercheurs interrogés ces dernières années soulignent que l’absence de financement régulier constitue le principal obstacle à la production scientifique nationale.
”Parfois le secteur privé et les partenaires étrangers offrent des bourses pour la recherche. Mais elles sont assorties des conditions très rigoureuses auxquelles les jeunes chercheurs ne peuvent pas répondre, déplore encore le professeur Jules Lwamba.
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Pourquoi les chercheurs quittent-ils le pays ?
La fuite des cerveaux constitue l’un des défis majeurs de la recherche congolaise.
Chaque année, des scientifiques, médecins, ingénieurs et universitaires formés en RDC poursuivent leur carrière en Europe, en Amérique du Nord ou dans d’autres pays africains.
Les raisons sont multiples indique le professeur Loyola
”La fuite des cerveaux en RDC s’explique principalement par la faiblesse des conditions de travail et de rémunération des chercheurs, enseignants et professionnels hautement qualifiés.”
Ce professeur soutient également que l’insuffisance des infrastructures de recherche, le manque d’équipements modernes, l’instabilité institutionnelle renforcement cette fuite.
Cette situation entraîne plusieurs conséquences négatives explique encore le recteur de l’Université de Mano. ” La perte de compétences stratégiques pour le développement national, le ralentissement de la production scientifique. En outre, il y a la faible capacité d’innovation technologique, la dépendance accrue vis-à-vis de l’expertise étrangère.” De ce fait , on observe une moindre contribution des universités à la résolution des problèmes économiques, sociaux, sanitaires et environnementaux du pays, dit -il encore.
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Paradoxalement, plusieurs chercheurs congolais brillent aujourd’hui à l’étranger. Ce qui démontre que le problème n’est pas le manque de talents mais l’environnement dans lequel ils évoluent.
Le génie congolais existe
Malgré les difficultés, les exemples d’innovation dans la science congolaise ne manquent pas.
Lors du premier Conclave du Génie Scientifique Congolais organisé à Kinshasa, près de 300 inventeurs et innovateurs venus du pays et de la diaspora ont présenté leurs projets.
Parmi eux figuraient des innovations dans les domaines de la santé , de l’agriculture ,de l’énergie ,des transports ,des technologies numériques.
À l’issue de cette rencontre, 47 projets innovants ont été retenus par le gouvernement pour un éventuel financement estimé à près de 600 millions de dollars.
Cette initiative a permis de mettre en lumière un potentiel souvent méconnu du grand public.
Combien de brevets congolais ?
L’une des faiblesses du système d’innovation congolais et de la science congolaise réside dans la protection de la propriété intellectuelle.
Le nombre de brevets déposés chaque année par des inventeurs congolais reste très faible comparé aux pays industrialisés. Les données disponibles montrent que peu d’innovations passent du stade de prototype à celui de produit commercialisable.
De nombreuses innovations développées dans les universités ou les centres de recherche ne dépassent jamais le stade expérimental.

