Kasulo : le lancement de la ZEA 786 suscite des interrogations
La semaine dernière, le ministère des Mines a lancé officiellement la Zone d’exploitation artisanale (ZEA) 786 à Kasulo, dans la province du Lualaba. Selon les autorités, cette zone constitue la première ZEA pilote viable du pays. Le gouvernement a travers le ministère des Mines parle d’une avancée majeure. Pourtant, sur le terrain, plusieurs acteurs nuancent ce discours.
Selon le ministère des mines, plus de 5 000 creuseurs artisanaux ont été transférés du site T17, situé dans le périmètre de Kamoto Copper Company (KCC). Désormais, ils sont censés travailler dans un cadre légal et sécurisé.
Une ancienne ZEA?
Cependant, cette présentation ne fait pas l’unanimité. Pour Maître Schadrack Mukad coordonnateur de Comprendre et Agir dans secteur minier industriel et artisanàASMIA-G, la ZEA 786 n’est pas une nouvelle création. Selon lui, elle existe depuis plusieurs années. “Cette zone avait déjà été créée sous l’ancien gouverneur Richard Muyej” explique-t-il. Il explique par ailleurs que c’est l’entreprise Kamoto Copper Company qui “a financé son aménagement afin d’y installer les creuseurs qui travaillaient autour de T17 “.
Il estime donc que le gouvernement ne devrait pas présenter cette initiative comme une nouveauté. “Il faut reconnaître les efforts de KCC. Aujourd’hui, il s’agit davantage d’une officialisation que d’une création”, ajoute-t-il.
Même son de cloche chez Léonard Zama. Il est coordonnateur de l’Initiative pour la Protection des Droits de l’Homme et la Réinsertion Sociale (IPDHOR ).Selon lui, la ZEA 786 figure déjà dans les rapports de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-RDC). “Cette zone existait bien avant cette cérémonie”, affirme-t-il.
Effectivement le rapport ITIE 2023 ITIE 2023 sur le secteur artisanale , repertorie la ZEA 786 comme l’une de deux viable dans la ville de Kolwezi.
Au-delà de cette controverse, les deux experts pointent un problème plus important. En effet, le gouvernement a annoncé la création de 33 nouvelles ZEA. Pourtant, selon eux, la plupart sont situées loin de Kolwezi. De plus, elles concernent principalement l’or et d’autres minerais. Or, les creuseurs de Kolwezi cherchent surtout des zones où ils peuvent exploiter légalement le cuivre et le cobalt. Pour eux, le véritable défi ne consiste donc pas seulement à créer des ZEA.
Il faut aussi les rendre viables.
Autrement dit, ces zones doivent contenir des réserves suffisantes. Elles doivent également être accessibles et offrir des conditions de travail adaptées. Sans cela, préviennent ces acteurs du secteur, les exploitants risquent de retourner dans les concessions des sociétés minières.

