Lualaba: la cimenterie CARRILU accusée de pollution ( enquête)
Les communautés voisines de la cimenterie-carrière du Lualaba CARRILU, filiale du groupe chinois Zijin à Kolwezi, accusent cette entreprise de pollution. Elles dénoncent la pollution de l’air, du sol et les nuisances sonores qui affectent leur santé. Entre-temps, les promesses de développement social faites par la société tardent à se concrétiser.
Dans les périmètres d’exploitation de CARRILU, un voile blanchâtre de la chaux recouvre le paysage. Tout est blanc au quartier Mwana Bute : les plantes, les tôles, le sol, les arbres. Une poudre semble avoir été vaporisée pour obtenir une couleur identique à la nature. Pourtant, ce sont des particules de la chaux que le vent a transportées . « Il arrive des moments où il est impossible de rester dehors pendant la journée à cause de la quantité de chaux dégagée de l’usine. Parfois nous passons des journées entières enfermés dans la maison avec les enfants », explique Sylvie, debout en face de l’usine à chaux.

Pollution de l’air par CARRILU
Dans l’air, une odeur âcre est perceptible à plusieurs mètres des installations de CARRILU. L’usine dégage également une fumée qui irrite le nez. Les riverains qui avaient approuvé l’installation de cette cimenterie dans leur quartier ne cachent pas leur déception.
« Nous étions heureux de voir cette entreprise s’installer chez nous. Nous pensions qu’elle allait apporter le développement. Mais, en moins de dix ans, nous ne voyons que les conséquences environnementales, déplore Delphin Mumba, chef du quartier Mwana Bute. De plus, il a actuellement une autre perception de la cimenterie. « Nous avons l’impression que l’entreprise est venue nous tuer avec la pollution. »
Pour André Yav, un habitant du quartier, la qualité de l’air s’est fortement détériorée. « Nous sommes étouffés et respirer devient difficile. Parfois, l’air est accompagné d’une odeur piquante. La toux est devenue quotidienne, aussi bien chez les personnes âgées que chez les nourrissons. Nous mourons à petit feu», affirme ce sexagénaire. Les riverains dénoncent également les effets de cette poussière sur les cultures vivrières. Plusieurs femmes ont raconté les troubles digestifs en cas de consommation des légumes locaux. « Les feuilles de manioc et les feuilles de patate douce sont devenues amères. Malgré cela, beaucoup continuent de les consommer à cause de la pauvreté», confie Théthé Kaj.
Pollution sonore impacte la santé
Les installations industrielles de l’usine chinoise fonctionnent jour et nuit. Elles dégagent par ailleurs un bruit continu. Les communautés riveraines jugent insupportable la pollution sonore.
Différents membres des communautés voisines soutiennent que la situation s’aggrave pendant la nuit. « Ce que vous entendez maintenant n’est rien. La nuit, les activités s’intensifient et le bruit devient insupportable. Nous risquons de devenir fous », témoigne Jolie Kahij, rencontrée devant sa parcelle située à quelques mètres de l’usine.
Son voisin, Mathieu Yav, affirme souffrir de douleurs aux oreilles depuis deux ans maintenant. Sa maison est séparée de l’usine uniquement par la clôture de CARRILU. « Avant l’arrivée de l’entreprise, je n’avais aucun problème d’oreille. Aujourd’hui, j’ai constamment mal aux oreilles », raconte-t-il.
Les médecins constatent une multiplication des maladies.
Ce cas de pollution du sol, de l’air aurait un impact sur la santé des communautés riveraines de la cimenterie. En effet, dans les centres de santé proches de l’usine, des médecins disent observer une fréquence élevée de certaines pathologies. Ils estiment que cela est dû à l’exposition des populations aux activités de l’entreprise CARRILU.
« La majorité des patients provenant des quartiers voisins de l’usine présentent des infections pulmonaires. Il y a également des cas de diarrhées parfois accompagnées de sang ainsi que des vomissements », explique Yav Musans, médecin au Centre médical La Guérison. Selon lui, les patients provenant d’autres quartiers présentent rarement lesdits symptômes.
Le docteur Japheth Guma, responsable du centre de santé Saint-Raphaël, ajoute qu’il constate également une augmentation des infections cutanées ainsi que des irritations oculaires. « Nous observons également des cas de prurit oculaire, avec des yeux rouges suite aux chatouillements. Ces cas sont particulièrement enregistrés chez des enfants vivant proches de l’usine», indique-t-il.
En effet, un rapport publié par le centre américain CDC, intitulé Health Hazard Evaluation Report, indique que l’exposition à la poussière de la chaux provoque une irritation des yeux. En outre une exposition prolongée à la chaux peut provoquer des rougeurs et des irritations de la peau. Enfin, une exposition importante à la poussière de la chaux vive peut irriter le nez, la gorge et les voies respiratoires, selon le centre CDC.
S’agissant de la consommation des légumes ayant été couverts par la poussière de la chaux, le professeur Célestin Banza Lubaba relativise. Le toxicologue et spécialiste en santé publique estime que leur consommation ne présente pas nécessairement un danger. « Il suffit de bien les laver avant de les préparer », a répondu le scientifique. En revanche, il reste sceptique quant à la qualité de l’air au quartier Mwanabute. Pour lui, il faut des études approfondies pour déterminer le niveau de toxicité de l’air que respire la population vivant autour de la cimenterie qui produit également de la chaux.
Des revendications restées lettre morte
Depuis quelques années, les communautés riveraines de la cimenterie dénoncent ce cas de pollution dont elles sont victimes. De ce fait, les chefs des quartiers disent tous, avoir mené des démarches pour alerter sur la pollution par CARRILU. Cependant, ils n’ont obtenu aucune solution de la part des responsables de l’entreprise, encore moins des autorités provinciales. « Nous avons entrepris plusieurs démarches pour faciliter la cohabitation avec l’entreprise, mais la société refuse de nous recevoir », affirme Delphin Mumba.
Certains acteurs de la société à Kolwezi interrogés sur les plaintes des communautés voisines de la cimenterie sont unanimes. « Les faits sont déjà connus, mais il y a un silence suspect qui s’impose sur le cas CARRILU. Même au sein de l’entreprise, les plaintes sur la pollution par CARRILU sont connues. Par contre, on n’en parle pas et ça fait peur de s’y pencher » raconte sous l’anonymat un acteur de la société civile de Kolwezi.
Au-delà des préoccupations sanitaires et environnementales, les communautés dénoncent aussi l’absence de réalisation des engagements sociaux pris par l’entreprise. Cependant, une source interne de l’entreprise chinoise affirme que CARRILU aurait construit une école et réalisé des forages d’eau au bénéfice de communautés situées le long de la route Solwezi.
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Réaction de l’entreprise
Au terme de l’enquête, la cimenterie n’a donné suite à nos sollicitations et même à nos correspondances. Plusieurs tentatives pour rencontrer les responsables de la société sont restées vaines.

