RDC: Uranium dans le cobalt : Kinshasa réagit et promet des analyses indépendantes
Le gouvernement congolais a décidé de sortir du silence. Une semaine après la publication d’une étude qui évoque la présence de traces d’uranium dans certaines exportations d’hydroxyde de cobalt, il a réagi. À travers un communiqué publié le 6 août, les autorités contestent plusieurs conclusions des chercheurs. Elles annoncent également une série de mesures destinées à vérifier les résultats et à renforcer la confiance dans la filière minière congolaise.
Tout est parti d’une étude publiée le 30 juillet dans la revue scientifique Nature Communications. Les chercheurs estiment qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient quitté la République démocratique du Congo entre 2020 et 2024 avec les exportations d’hydroxyde de cobalt.
Selon leurs calculs, près de 40 tonnes continueraient d’être exportées chaque année. Toutefois, ils précisent qu’il ne s’agit pas d’un commerce d’uranium destiné au secteur nucléaire. L’uranium se retrouve naturellement dans certains minerais de cuivre et de cobalt exploités dans la Copperbelt. Les auteurs recommandent néanmoins un renforcement des contrôles radiologiques tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Ces conclusions ont rapidement trouvé un écho dans les médias internationaux. Elles ont aussi relancé les interrogations sur la qualité des contrôles appliqués aux minerais stratégiques produits par la RDC, premier fournisseur mondial de cobalt.
Le gouvernement réagit.
En réponse, le gouvernement rappelle que la présence de faibles quantités d’uranium dans les gisements du Lualaba et du Haut-Katanga est connue depuis plus d’un siècle. Selon lui, cette réalité géologique ne constitue ni une anomalie, ni un incident récent. Elle ne remettrait pas non plus en cause les engagements internationaux pris par la République démocratique du Congo.
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En revanche, les autorités contestent la méthode utilisée par les chercheurs. Elles estiment que les estimations avancées reposent sur une modélisation scientifique et non sur des analyses réalisées directement sur les cargaisons exportées. Pour cette raison, elles jugent indispensable de confronter ces résultats à de nouvelles analyses.
Une campagne de contre-expertise
C’est pourquoi une campagne de contre-expertise sera lancée dans les prochains jours. Des échantillons représentatifs d’hydroxyde de cobalt seront analysés par un laboratoire national ainsi que par un laboratoire international accrédité. Le Comité national de protection contre les rayonnements ionisants (CNPRI), le Commissariat général à l’énergie atomique (CGEA), le Centre d’expertise, d’évaluation et de certification (CEEC) et plusieurs services techniques de l’État participeront à cette opération.
Parallèlement, un groupe de travail interministériel mènera les investigations. Sa mission consistera à vérifier les allégations. Il aura également pour mission de mesurer les éventuels risques sanitaires et environnementaux. Il proposera aussi, si nécessaire, des mesures correctives. Le gouvernement attend son rapport dans un délai de 60 jours.
En outre, des échanges seront engagés avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Kinshasa souhaite bénéficier de son expertise technique afin d’accompagner les analyses et d’assurer la crédibilité de la démarche.
Enfin, les autorités promettent de publier l’ensemble des résultats, quels qu’ils soient. Elles affirment vouloir privilégier la transparence afin de préserver la confiance des partenaires internationaux dans le cobalt congolais.
Une affaire qui dépasse le débat scientifique
Cette controverse intervient à un moment où le cobalt congolais occupe une place centrale dans la transition énergétique mondiale. Les batteries des véhicules électriques et des systèmes de stockage d’énergie en dépendent largement. Dans ce contexte, les conclusions des chercheurs, tout comme les analyses annoncées par le gouvernement, seront suivies de près par les industriels, les investisseurs et les organismes internationaux.
Les contre-expertises promises ainsi que le rapport attendu dans les 60 jours devraient permettre d’apporter de nouveaux éléments au débat. Elles seront déterminantes pour confirmer, nuancer ou contester les conclusions de l’étude scientifique et pour mesurer leurs éventuelles conséquences sur la filière du cobalt congolais.

