Du Nepal aux Grands Lacs : Goma, Bukavu ,Bujumbura sous alerte d’El Niño

Du Nepal aux Grands Lacs : Goma, Bukavu ,Bujumbura sous alerte d’El Niño

Alors que le monde entier a le regard tourné vers le Népal, frappé par de dramatiques effondrements de terrain, une menace invisible mais imminente plane sur la région des Grands Lacs africains. En cette fin d’année, les scientifiques alertent sur le retour du phénomène « El Niño ». Son intensité pourrait être historique. El Niño menace de transformer la configuration géographique de Goma, Bukavu et Bujumbura. Si les autorités et la population n’agissent pas immédiatement, le risque d’une catastrophe est imminent.

 

Ce qui s’est passé au Népal n’est pas un événement isolé propre aux sommets de l’Himalaya. En effet, au cours de la semaine, une terrible crue a fait plus de 700 morts. De plus, des villages entiers ont été engloutis et on compte 3 000 disparus.

Ce phénomène est la démonstration brutale de ce qui arrive lorsque des reliefs instables sont soumis à des dérèglements climatiques extrêmes.

Certes, la région des Grands Lacs ne craint pas l’effondrement de glaciers. Cependant, les villes de Goma, de  Bukavu et  de Bujumbura partagent avec le Népal un point vulnérable critique. Il s’agit notamment des populations denses vivant au pied ou sur les flancs de reliefs montagneux. Ceux-ci sont hautement instables dans une région à fort potentiel sismique.

L’effet multiplicateur du «  El Niño »

El Niño n’est pas une simple saison de pluies. C’est un amplificateur de catastrophes. Les climatologues internationaux et le WWF ont lancé ce 26 août 2026 une alerte mondiale. ” El Niño” se développe sur une planète aux températures déjà anormalement élevées. De ce fait, il va pousser les précipitations à des niveaux jamais observés par les communautés locales. Le centre climatique de l’IGAD  prévoit une probabilité accrue de précipitation supérieure à la normale. Une grande partie de la région des Grands Lacs sera affectée.

C’est le cœur du problème hydrogéologique. En effet, quand les pluies s’enchaînent sans interruption, la terre s’imbibe comme une éponge jusqu’à saturation totale. Cela déclenche ainsi la liquéfaction du sol et des coulées de boue meurtrières. Par ailleurs, les systèmes de drainage urbains, déjà obsolètes ou bouchés, vont saturer instantanément. Par conséquent, les eaux usées contamineront les sources d’eau potable.

Au drame des effondrements de sols, succédera inévitablement la crise sanitaire. De ce fait, la résurgence des maladies à transmission hydro-fécale comme le choléra pointe à l’horizon. Les données de l’ONU (OCHA) rappellent d’ailleurs que les sols de la région sont déjà fragilisés par les crises hydro-météorologiques du début de l’année 2026. Ce qui augmente drastiquement le risque de ruptures et d’effondrements des terrains.

Trois villes, trois bombes à retardement hydrogéologiques

L’arrivée de ces pluies torrentielles hors normes risque de frapper trois villes les plus fragiles  de la région. Il s’agit des villes de Goma, de Bukavu en RDC et de Bujumbura au Burundi. Prise en étau entre le lac Kivu et la chaîne des Virunga, la ville de Goma subit déjà des inondations éclair. Ici, le danger est composite : l’absence de drainage adéquat sur un sol volcanique fracturé favorise des crues torrentielles violentes. Ensuite, ces infiltrations extrêmes peuvent déstabiliser des terrains et des dépôts de cendres. Ceux-ci sont déjà fragilisés par l’activité tectonique et volcanique locale.

Bukavu est la ville aux mille collines. L’urbanisation anarchique a poussé des milliers de familles à bâtir sur des pentes abruptes et des lits de rivières. C’est le cas des constructions dans le lit de la rivière Wesha. Des pluies continues vont liquéfier ces sols argilo-limoneux hautement instables. Elles risquent ensuite de déclencher des glissements de terrain massifs qui menacent d’emporter des quartiers entiers.

La ville de Bujumbura, elle, est coincée entre les montagnes des Mirwa et le lac Tanganyika. La capitale  burundaise fait face à un double péril. Les roches fracturées des surplombs menacent de s’effondrer, tandis que les rivières comme la Ntahangwa, la Muha, la Kanyosha et la Rusizi risquent de déborder. Elles risquent de submerger à nouveau des zones entières comme Gatumba. Face à l’imminence du danger, le ministère de l’Environnement du Burundi est monté au créneau le 28 août 2026. Il exige des mesures d’anticipation strictes de la part des citadins et des agriculteurs.

Appel à l’action : rompre avec le fatalisme

Les chercheurs sur des questions climatiques lancent un appel à l’action. Les autorités sont invitées à initier  des travaux d’urgence. Il faut libérer immédiatement les lits des rivières. Il faut également élargir les collecteurs d’eaux pluviales et curer les caniveaux avant les grandes pluies diluviennes.

De plus, les autorités devraient identifier dès aujourd’hui les habitations situées dans les zones rouges. C’est notamment celles qui sont sur  les pentes à haut risque à Bukavu, zones inondables à Gatumba et le long du littoral à Bujumbura. Les gouvernements devraient aussi planifier la relocalisation temporaire des familles.

Par ailleurs, il faut mettre en place le système d’alerte précoce. Cela implique des mécanismes de vigilance météo communautaires pour évacuer les quartiers vulnérables dès les premières heures de pluies continues.

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À la population

Quant aux populations, les chercheurs les invitent à suivre les directives officielles. Elles doivent creuser des rigoles de dérivation et ne pas boucher sous aucun prétexte les caniveaux publics avec des ordures.

les communautés sont aussi appelées à respecter scrupuleusement les consignes des autorités s’il s’agit d’évacuations. “Si des fissures apparaissent sur vos murs, sur vos fondations ou sur le sol de votre colline, quittez les lieux immédiatement. Le sol vous parle, écoutez-le“, indiquent les chercheurs.

Il faut dire que les prévisions climatiques pour les mois d’octobre, novembre et décembre 2026 font craindre une saison plus humide que d’ordinaire dans la région des Grands Lacs. Le risque d’inondations et d’autres événements extrêmes est accru.

 

Avec

Dr Ekongo Lofalanga J.R., expert en changement climatique basé à Bujumbura.