Kolwezi : des creuseurs de Kamilombe indemnisés mais à quel prix ?

Kolwezi : des creuseurs de Kamilombe indemnisés mais à quel prix ?

Le gouvernement de la RDC procède depuis ce  lundi à l’indemnisation des creuseurs artisanaux delogés du site de Kamilombe à Kolwezi. Le processus ne cible que les propriétaires des puits d’extraction du cuivre et du cobalt. Pour les milliers d’autres creuseurs, rien n’est prévu. Cependant, les exploitants estiment que la compensation est de loin inférieure aux dépenses déjà engagées .

” Je reviens du centre de négoce de Musompo avec 2 400 USD. C’est rien par rapport à ce que j’ai investi depuis plus de 20 ans“, déclare Daniel ( le nom a été modifié) , un creuseur artisanal de Kamilombe. En effet, ce creuseur exploitait quatre puits. Trois produisaient du cobalt et le quatrième, du cuivre.

La commission gouvernementale chargée d’indemnisation a fixé un forfait. Pour un puits d’extraction du cuivre, la compensation s’élève à 1 200 USD. Elle est de 400 USD pour un puits de cobalt. Au total, la commission a identifié 1 750 puits à Kamilombe.

Dépenses pour un puits d’extraction à Kamilombe

Les exploitants artisanaux de Kamilombe affirment qu’il y a un coût à creuser un puits jusqu’à la roche minéralogique du cuivre et du cobalt. Il peut atteindre une profondeur de 60 à 80 mètres. Ainsi, pour y arriver, cela exige une main-d’œuvre de 7 à 10 creuseurs et une prise en charge.

” Si par exemple j’emploie sept  mineurs pour creuser le puits, je dépense par jour  140 000 CDF de ration et le transport”, explique un autre exploitant. Il affirme par ailleurs que chaque weekend, les creuseurs retournent dans leurs familles. De ce fait,  chacun a droit à 50 000 francs. De plus, dit-il encore, le creusage manuel du puits dure des mois. Le travail peut aller jusqu’à 8 mois avant de commencer l’extraction. Par conséquent,  les dépenses peuvent aller jusqu’à 1 600 000 francs soit environ 8 000 USD pour un seul puits, déclare-t-il.

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Indemnisation dérisoire ?

La commission d’indemnisation  a ainsi fixé un montant forfaitaire à attribuer aux creuseurs artisanaux de Kamilombe. Cependant, ces exploitants  affirment que la compensation reçue ne représente pas la valeur du puits de minerais. « Pour avoir quatre puits d’extraction de minerais, j’ai investi près de 50 000 USD. Mais, on ne  me remet que 2 400 USD“, soutient Daniel. Pour lui, l’État n’a pas pris en compte toutes les dépenses. Et pourtant, affirme-t-il encore, le montant reçu devra être partagé avec ceux qui ont creusé le puits.

Ainsi, les 2 400 USD devront être répartis entre Daniel, qui a engagé ses fonds, et une vingtaine de creuseurs qui ont travaillé sur ses quatre puits. “Vous vous imaginez combien chacun de nous aura“, dit-il d’un ton triste.

En faisant la simulation sur la situation de Daniel, chaque creuseur qui a travaillé pour son compte pourrait toucher un peu moins de 80 USD. Or, selon le rapport de 2024 sur le site de Kamilombe publié par  l’Alliance du cobalt Equitable, le revenu mensuel déclaré d’un creuseur est de 127 USD.

Respect de la loi

Si les exploitants artisanaux de Kamilombe n’élèvent pas la voix, la plupart disent qu’ils craignent pour leur sécurité. Cependant, des acteurs de la société civile à Kolwezi dénoncent une violation du règlement minier. En effet, l’annexe 18 du règlement minier prévoit des dispositions en matière de délocalisation et d’indemnisation.

Il faut avant tout procéder à une évaluation du bien qui fait l’objet d’indemnisation, rappelle maitre Shadrack Mukad, directeur de l’ong CASMIA.  Cependant pour les  creuseurs de Kamilombe, le gouvernement a juste fixé un forfait. “ C’est un préjudice grave causé aux creuseurs artisanaux“, déplore cet acteur de la société civile. Il indique par ailleurs que la loi dispose qu’il faut majorer de 50 % la valeur du bien. Pour le site de Kamilombe, le bien qui fait l’objet de l’indemnisation est le puits d’extraction de minerai. « Je demande au gouvernement de bien faire le calcul afin de délocaliser les creuseurs dans les meilleures conditions. De ce fait, ils auront les moyens de poursuivre leur travail sur un autre site”, insiste Me Shadrack Mukad. 

Pour l’heure, le processus d’indemnisation se poursuit pour près de 6 000 propriétaires des puits. Tandis que les milliers d’autres creuseurs doivent attendre la relocalisation sur la ZEA 371.