RDC: Lancement de la coalition nationale des défenseurs des droits humains

RDC: Lancement de la coalition nationale des défenseurs des droits humains

Lancement ce jeudi 30 Avril à Kinshasa de la Coalition nationale des défenseurs des droits humains en République démocratique du Congo. Un événement qui intervient malgré les avancées juridiques enregistrées en 2023 avec l’adoption d’une loi spécifique protégeant les défenseurs des droits humains. Cette initiative du gouvernement congolais est une première en Afrique centrale. La cérémonie a connu la participation des diplomates accrédités en RDC, des défenseurs des droits  humains ainsi que des hommes et femmes de la presse.

Soutenue par Defend Defenders et African Defenders, la nouvelle coalition veut avant tout renforcer la coordination entre acteurs. Ensuite, elle entend améliorer les mécanismes d’alerte et de protection, ainsi que mutualiser les ressources. La rencontre de ce jeudi à Kinshasa a permis d’adopter une stratégie de  gouvernance commune. En outre, elle a permis de renforcer les capacités des participants et d’intensifier le plaidoyer auprès des instances africaines et des Nations unies.

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Situation des défenseurs des droits humains toujours préoccupante

Alors que sur le plan juridique, des avancées ont été enregistrées en RDC, cependant sur le terrain, la situation reste critique. En effet, les militants sont confrontés à l’insécurité. Ils font face aux intimidations, aux arrestations arbitraires et aux violences. Cette situation est encore plus préoccupante, dans l’est du pays marqué par les conflits armés.

En 2025, 157 cas de violations des droits des défenseurs ont été documentés par le bureau des Nations Unies aux droits de l’homme BCNUDH.  De janvier à mars 2026, 29 nouveaux cas ont également été documentés », a indiqué Koulibali Fanan du BCNUDH.

De plus, l’augmentation du nombre de demandes d’asile illustre la faiblesse du mécanisme de protection des défenseurs des droits humains en RDC. « 327 en 2024, le nombre de demandes est passé à 500 en 2025 » indique encore Koulibali Fanan.

Par ailleurs, les statistiques portant sur les assassinats de ces acteurs de la société civile interpellent, a déclaré de son côté Vicar Batungu Hangi de l’ONG FDAPI.  » Depuis 2006, 44 défenseurs des droits humains ont été assassinés en RDC. Parmi ces cas, 21 assassinats ont eu lieu depuis seulement 2023, soit 47,7 % », a -t-il déploré.

Création d’une coalition, un impératif

Face à l’absence d’un mécanisme fort de protection des défenseurs des droits, il s’est avéré impératif de mettre en place cette coalition. L’idée s’est concrétisée après des consultations auprès des différents acteurs. D’après l’étude menée par DefendDefenders et Africain Defenders, l’écosystème de protection  en RDC est jusqu’à présent fragmenté. Il est concentré principalement dans les milieux urbains et absent dans les localités rurales.  » D’où la nécessité de mettre en place une coalition nationale » a indiqué Jonathan Magoma,directeur exécutif du partenariat pour la protection intégrée, PPI.

Tout en présentant le résumé de cette étude, Jonathan Magoma a également indiqué que la coalition est une solution stratégique. Elle donnera la possibilité aux défenseurs de poursuivre leur combat malgré les circonstances ardues. Ce regroupement ne fait pas la concurrence aux structures existantes. Il va plutôt servir à amplifier la voix des défenseurs, a-t-il insisté.

Pour sa part, Asan Sir, directeur exécutif de DefendDefenders a rappelé que son organisation regroupe 22 coalitions. La RDC vient ainsi s’ajouter à cette liste. La lutte pour la défense des droits humains et la protection des acteurs nécessite une solidarité, a-t-il déclaré.  »On a besoin d’une solidarité pour réussir. Sans cela, il est difficile d’assurer une protection mutuelle ». Aussi, il a lancé un appel à une mobilisation des ressources au niveau local.

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Soutien des partenaires

La coalition nationale des défenseurs des droits humains bénéficie déjà du soutien des partenaires. C’est notamment celui de l’ambassade du Royaume des Pays-Bas. Il affirme sa volonté de continuer à assumer son rôle dans la sauvegarde des défenseurs grâce à cette nouvelle structure.

Quant à la CNDH, son directeur Paul Sapu s’est également engagé à collaborer avec la coalition. Objectif : amener les défenseurs à exercer librement et sans intimidation. Le professeur Emile Ngoy, rapporteur spécial à la Commission africaine des droits de l’homme, a été plus direct. Il a qualifié ces acteurs de  »globules blancs » dans l’écosystème des droits humains. Le BCNUDH est aussi prêt à accompagner cette initiative. Ce bureau a d’ores et déjà recommandé aux acteurs de plaider pour la révision de la loi. Celle-ci devrait garantir davantage la protection des défenseurs des droits humains.

Un autre moment fort de la cérémonie a été la commémoration des défenseurs des droits humains, morts arme à la main. Enfin, le rapport de l’étude sur la situation des défenseurs des droits humains en RDC a été rendu public.