Tanganyika: des inquiétudes face à la fermeture de la pêche

Tanganyika: des inquiétudes face à la fermeture de la pêche

La fermeture temporaire des activités de pêche dans le Tanganyika prévue du 15 mai au 15 août 2026, dans le cadre des mesures de gestion durable des ressources aquatiques, suscite de nombreuses réactions dans la province. Les autorités provinciales indiquent que cette décision vise à préserver les espèces et à protéger l’écosystème du lac. Cependant, plusieurs acteurs sociaux alertent sur les conséquences économiques et humanitaires. Selon eux, les populations de cette province dépendent fortement de la pêche.

En effet, le ministère provincial de l’Agriculture, Pêche, Élevage, a informé les pêcheurs, les détenteurs d’unités de pêche ainsi que l’ensemble de la population que cette mesure est prise conformément aux dispositions de la Charte régionale des États membres de l’Autorité du Lac Tanganyika. Cette charte signée en 2021 porte sur la gestion durable de la pêche. Elle  met aussi l’accent sur la préservation des ressources du lac et de son bassin. Durant toute la période concernée, toute activité de pêche sera strictement suspendue.

Cette décision est cependant vivement discutée sur le terrain. Nathan Mugisho, coordonnateur de l’association Umoja ni Nguvu, estime que les effets de cette mesure dépassent largement le cercle des pêcheurs. « Une grande partie de la population, notamment les femmes commerçantes, dépend directement du poisson frais et sec pour survivre. Notre association accompagne beaucoup des mamans et je vous assure que ça ne sera pas facile pour elles » déclare t il.

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En outre, il indique que cette interdiction risque de fragiliser davantage les ménages. Ils tirent leurs revenus du commerce du poisson . Ces ménages sont déjà affectés par la situation économique difficile dans la province du Tanganyika .

Le Tanganyika face au défi de la sécurité alimentaire

D’autres acteurs de la société civile expriment également leurs inquiétudes face à cette décision. Une cadre de la société civile du Tanganyika souligne que la province traverse une période particulièrement difficile. Actuellement la province accueille de déplacés de guerre venus du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette situation exerce une pression supplémentaire sur les ressources alimentaires et les services de base. « La province continue de recevoir des réfugiés. Cette fermeture va favoriser une crise alimentaire déjà présente » indique- t- elle.

Notre source estime que la fermeture du lac devrait être faite avec des mesures d’accompagnement concrètes afin d’atténuer les impacts sociaux. Selon elle, la vie quotidienne est déjà marquée par la hausse du prix du poisson et une forte insécurité alimentaire. « Selon les enquêtes, la malnutrition est très présente dans la province. Le gouvernement devrait s’approvisionner dans les poissons frais tout comme secs comme il a fait avec la farine. Ceci permettra à la population de survivre pendant ce temps » a-t-elle dit lors de la rencontre avec le ministre de l’agriculture, pêche et élevage.

Les pêcheurs déplorent le manque d’accompagnement

A travers leur président, les pécheurs déplorent l’absence des mesures concrètes d’accompagnement. Ils estiment que cette décision bien qu’inscrite dans le cadre de la charte régionale, devrait normalement s’accompagner d’un dispositif de soutien pour atténuer ses effets sur les communautés dépendantes de la pêche. Selon Ali Kabeza, président de pêcheurs, dans les pays voisins concernés par la charte, des mécanismes d’appui sont mis en place afin d’accompagner les pêcheurs pendant cette période.

 » Nous n’avons pas bien accueilli cette décision car aucune mesure d’accompagnement n’a été respectée. Il fallait qu’on nous construise des étangs qui pouvaient nous permettre de vivre lors de la fermeture de la pêche sur le lac Tanganyika. Les pays voisins accompagnent quand même les pécheurs. Ici chez nous le gouvernement ne le fait pas. Il nous sera vraiment difficile de stopper les activités sur le lac » explique t il.

Pour rappel, lors de la dernière prise de cette mesure, elle n’avait pas été appliquée. En cause, les pécheurs n’avaient pas été associés aux discussions. De plus, le gouvernement n’avait mis en place aucune mesure d’accaompagnement.