Ebuteli : un sondage relance le débat sur les libertés civiles en RDC

Ebuteli : un sondage relance le débat sur les libertés civiles en RDC

En RDC, le non respect des libertés civiles  inquiète plus d’un Congolais. C’est l’un des principaux constats du sondage réalisé en avril 2024 par Ebuteli et GeoPoll, et publié en avril 2026. L’étude a interrogé des Congolais sur leur perception de la démocratie, de la gouvernance, de la situation économique ainsi que des libertés civiles. Elle s’est également penchée sur les arrestations de membres de l’opposition, de journalistes et de militaires.

Selon le rapport, l’appréciation des congolais sur le respect ou non des libertés civiles dépend d’une province à une autre. Elle varie selon que l’on se retrouve dans les provinces acquises à l’opposition ou pas. Au Maniema, province d’origine de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo et d’Emmanuel Ramazani Shadary, 70 % des personnes interrogées se disent préoccupées par la répression de l’opposition. En revanche, dans les provinces du Kasaï-Central et du Kasaï-Oriental, 50% de personnes sont inquiètes. Les auteurs du rapport indiquent que des écarts comparables sont observés concernant la liberté d’expression et la liberté de réunion.

Interrogé sur ces conclusions, le coordonnateur national de l’ASBL Justicia, Timothée Mbuya, estime que ces chiffres reflètent une réalité observable. « Même sans être expert des droits humains, on sait que les temps que nous traversons sont très durs et que les opposants politiques éprouvent énormément de difficultés. »

Selon lui, les événements survenus en juin dernier, lors de la répression d’une tentative de sit-in de l’opposition devant l’Assemblée nationale, illustrent cette situation.

Des avis convergents, mais une lecture différente du sondage

Pour étayer son analyse, Thimothé  Mbuya cite le cas récent d’un communicateur du parti Ensemble pour la République arrêté à Kolwezi. « Il y a deux jours seulement, il a été appréhendé par des services de renseignement et amené à une destination inconnue. C’est un cas qui prouve que l’opposition politique est en difficulté dans le pays. »

De son côté, le directeur général de l’Institut de recherche en droits humains (IRDH), Hubert Tshiswaka, dit partager le principe de protection des libertés publiques. Toutefois, il se montre plus réservé sur la méthodologie du sondage réalisé par l’Institut Ebuteli. Selon lui, la question ne devrait pas porter sur le pourcentage de personnes préoccupées, mais plutôt sur le nombre de manifestations effectivement réprimées. « Normalement, tous les Congolais devraient se préoccuper de la répression de l’opposition. Les libertés publiques sont garanties par la Constitution et par les instruments juridiques internationaux ratifiés par la RDC. On ne peut pas réprimer quelqu’un en raison de son opinion. »

Le défenseur des droits humains explique que son organisation n’a pas réalisé de suivi permettant de quantifier les manifestations réprimées. « Il faudrait monitorer les manifestations qui ont été réprimées. En principe, tout le monde doit être contre la violation des droits de l’homme. » Pour lui, la défense des libertés publiques relève d’abord du respect de l’État de droit et non d’un débat sur des pourcentages.

Le Conseil national de cyberdéfense au centre des préoccupations

Ebuteli s’intéresse également aux récentes arrestations attribuées au Conseil national de cyberdéfense (CNC). Au total, 58 % des personnes interrogées affirment être préoccupées par ces arrestations. À l’inverse, 33 % déclarent être peu ou pas du tout préoccupées. Une situation qui trouve également un écho auprès de Timothé Mbuya, directeur de Justicia Asbl. « Nous avons documenté des cas d’enlèvements et de détentions irrégulières par le Service national de la cybercriminalité. » Selon lui, cette structure exerce aujourd’hui un rôle qui dépasse largement sa mission initiale. « Ce service a pratiquement remplacé l’ANR. Il a même supplanté les autres services de sécurité et de renseignement. »

Timothée Mbuya estime que ce service se concentre principalement sur les acteurs politiques de l’opposition non armée. Il rappelle que Justicia plaide soit pour la suppression de cette structure, soit pour son retour à sa mission d’origine. « La cyber défense n’a pas été créé comme un service d’espionnage avec des lieux de détention et des officiers chargés d’interroger des personnes. Aujourd’hui, il est dévoyé de sa mission. »

L’IRDH appelle au strict respect de l’État de droit

A lire aussi, RDC :L ’exercice des libertés publiques dans l’ex-Katanga connait un recul Hubert Tshiswaka partage les inquiétudes sur le fonctionnement du Conseil national de cyberdéfense. Le directeur général de l’IRDH affirme être préoccupé par les méthodes attribuées à cette structure. « On arrête des personnes, on les place au cachot sans les entendre. On ouvre des dossiers en dehors des juridictions judiciaires. » Il s’interroge également sur le fondement légal des interventions de ce service. « Les agents de ce conseil ont quel statut ? Sont-ils des officiers de police judiciaire, des magistrats ou des policiers ? Même l’ANR est régie par une loi. Mais à ce conseil, nous allons opposer quelle loi ? »

Pour revenir au résultat du sondage réalisé par Ebuteli, Hubert Tshiswaka estime que le débat ne doit pas se limiter aux chiffres. « Les pourcentages donnent l’impression d’un sondage politique. Ce qui importe, c’est le respect de l’État de droit et des lois de la République », conclut-il. Les résultats de ce sondage réalisé il y a deux ans,a fait l’objet d’une discussion avec des internautes sur X.