RDC-Forêts : la politique forestière sous le feu des critiques

RDC-Forêts : la politique forestière sous le feu des critiques

La République démocratique du Congo a adopté il y a peu sa politique forestière nationale 2025-2035. À peine adoptée, elle suscite déjà le débat. Présentée comme une feuille de route pour mieux protéger les forêts congolaises tout en favorisant leur exploitation durable, elle est saluée par une partie de la société civile. Mais certains experts estiment qu’elle n’est pas suffisamment armée pour faire face aux incertitudes des prochaines décennies.

C’est notamment le point de vue du professeur Bidoc Augustin Nge Okwe, spécialiste de la gouvernance forestière. Dans une tribune, il regrette que le document ne repose pas sur une véritable démarche prospective. Selon lui, la politique décrit  seulement les objectifs à atteindre . Cependant, elle n’envisage pas les différents scénarios qui pourraient transformer le secteur forestier au cours des dix prochaines années. “Une politique publique ne doit pas seulement répondre aux problèmes d’aujourd’hui. Elle doit aussi préparer les réponses aux défis de demain », soutient-il.

Pour l’universitaire, plusieurs hypothèses auraient mérité d’être analysées. C’est par notamment une augmentation des financements climatiques, une chute des marchés du carbone, une accélération de la déforestation, l’arrivée de nouvelles technologies ou encore des crises économiques susceptibles de bouleverser la gestion des forêts. À défaut, prévient-il, la RDC risque de disposer d’une politique qui pourrait rapidement devenir inadaptée face aux changements du contexte international.

Augustin Nge soutient également que cette politique souleve des préoccupations.  C’est par exemple la gouvernance des ressources financières issues du carbone forestier. “Les mécanismes de distribution des primes ou des avantages liés aux projets carbone sont souvent perçus comme insuffisamment transparents” ,dit-il.

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“Un grand résultat” pour la société civile

Ces critiques ne sont toutefois pas partagées par tous. Pour Omer Kabasele, coordonnateur national de l’ONG Green World, le document constitue une avancée importante. Il rappelle que la société civile a participé activement à son élaboration. “Nous avons proposé plusieurs amendements qui ont été acceptés par la cellule chargée de rédiger cette politique. C’est donc une approche véritablement participative, explique-t-il.

À ses yeux, la RDC dispose désormais, pour la première fois, d’un document qui fixe clairement les orientations de la gouvernance forestière. « Ce document définit les grandes lignes de la gestion des ressources forestières et sécurise leur exploitation durable au profit des générations présentes et futures », affirme-t-il.

L’un des points que la société civile revendique est la place accordée aux communautés locales et aux peuples autochtones. Pendant plusieurs années, ces organisations ont plaidé pour que leurs droits soient mieux protégés dans les politiques publiques. “On ne peut pas parler de gestion durable des forêts si les communautés qui vivent autour sont oubliées ou si leurs droits sont violés. Nous avons défendu cette position et elle a été prise en compte », dit-il encore. Pour lui, cette reconnaissance représente l’une des principales avancées du texte.

Un document appelé à évoluer

Le coordonnateur de Green World reconnaît néanmoins qu’aucune politique publique n’est figée. Face à l’évolution des enjeux environnementaux et internationaux, il estime que le document pourra être révisé. “Une politique n’est jamais parfaite.” Si des limites apparaissent avec le temps, il sera toujours possible de l’actualiser, affirme-t-il.